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Jeudi 13 avril 1876 – suite
dans la marge
J’autorise un éditeur intelligent à supprimer les pages où je répété les mêmes lamentations sur Antonelli dans les livres précédents et ici. Laissez quelques pages pour en donner une idée et supprimez le reste, au fait, non, laissez tout, le lecteur sautera.
dans la marge
J’ai biffé les répétitions mais si l’éditeur de génie tient à les conserver il les conservera.
Jeudi 13 avril 1876 – suite
C’est le 13 du mois dernier que Torlonia a été présenté.
Après tout je n’ai pas à me plaindre. N’est-ce pas le Jeudi Saint ces jours-ci, ne sont-ils pas ceux pendant lesquels a souffert notre Seigneur Jésus-Christ ? Lui, un Dieu ! N’est-il pas juste que je souffre. Plus que juste. Je n’allai pas écouter l’Evangile à l’église, je voulais m’amuser, quand il fallait passer mon temps en prières. Quant à l’église ce n’est pas un péché, on n’y va que pour se montrer, voir, critiquer et être critiquée. D’accord, mais il fallait prier à la maison. J’ai prié chaque soir, mais je ne priais que pour demander.
Ce n’est pas cela qu’il faut. Je vois bien à présent, pourquoi je suis tourmentée; pour mon impiété, bien que seulement apparente. Je faisais fi, et me moquais du manger maigre.
Enfin, c’est ma faute, c’est ma faute, c’est ma faute.
Il faut être plus religieuse, je ne faisais que croire en Dieu, cela ne suffit pas. Il est vrai que lorsqu’on suit toutes les règles de l’Eglise, l’amour et la croyance en Dieu s’éparpillent imperceptiblement sur les prêtres, les images et les pratiques insignifiantes.
Enlevez à la plus ardente catholique la confession, l’église, ses pompes, ses prêtres, ses images, et voyez ce qui lui restera ! Rien ! car peu à peu elle a fait de tous ces vains appareils son Dieu, et le vrai Dieu à qui tout cela est destiné s’efface.
Pour aérer ma chambre pleine de fumée de mes cigarettes, mes indispensables compagnons de tristesse, j’ai ouvert la fenêtre, pour la première fois depuis trois longs mois j’ai vu un ciel pur, et la mer à travers les arbres noirs, la mer éclairée par la lune. J’en suis si ravie que je cours l’écrire. Dieu que c’est beau après les rues noires et étroites de Rome ! Il est une heure, pas une âme sur le quai. Une nuit si calme, si belle ! Ah ! s’il était là. Si vous prenez cela pour de l’amour !
On ne peut pas dormir quand il fait si beau.
Lâche, faible, indigne, indigne de la dernière de mes pensées.