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Vendredi, 7 janvier 1876
Dieu, quels prix à Rome ! à moins de mille deux cents francs par mois nous ne pouvons rien trouver. Et encore pour mille deux cents francs on n’a que le nécessaire, quant au superflu inutile d’y penser à moins de deux mille à trois mille francs par mois ! Miséricorde ! A l’hôtel de Rome j’ai visité un appartement si grand et si beau que j’en eus mal à la tête.
En France on n’a pas l’idée de ces grandeurs, de cette vieille majesté. Après bien des recherches infructueuses nous finissons par prendre un à l’hôtel de Londres même, au premier étage, avec balcon sur la place d’Espagne, un appartement composé de deux chambres à coucher, d’un salon, d’une antichambre, d’une chambre d’études et de deux chambres pour domestiques.
Nous étions dans l’atelier de Botkine, il a un très joli talent.
Ce soir enfin nous avons déménagé du rez-de-chaussée au premier et j’ai déballé autant que j’ai eu le temps.
J’ai en outre écrit cette lettre:
Note des éditeurs
[MOITIÉ p. 113 à 116 rayées, remplacées p. 116 bis à 116 quater]
Note des éditeurs
ECRIT par Marie EN LETTRES MAJUSCULES (Voir extrait p.267)
Lettre recopiée · Lettre de Marie à Emile d’Audiffret, signée des moines de Cimiez, janvier 1876O fils du péché, enfant égaré, païen ! Tu voulais, homme plein d’impiété et de malice, entrer dans notre sainte demeure, être un des nôtres, revêtir notre habit, avoir tes vilains cheveux tondus, porter la croix ! Et tu le voulais à l’heure même peut-être où ton âme était honteusement, ignominieusement vendue à la criée, (au nouvel établissement de la vente à la criée). Tu voulais introduire parmi nous un corps sans âme ! Un corps dont l’âme a été adjugée pour 7 Fr. 50 c. à Gogery du London House et le dit Gogery prenant la dite âme pour une huître et y ayant trouvé beaucoup de monstres inconnus, en fit un pâté qu’il vendit pour le prix exorbitant de 4 Fr. à Mme Prodgers, qui l’ayant mangé en compagnie du baron Roissard, son ami, et de Miss Robenson, sa cliente, s’en trouva fort incommodé ainsi que ses hôtes, le baron Roissard et Miss Robenson. (C’est à ce pâté que la dite Miss Crusoé doit en partie sa maigreur. Les autres causes nous sont inconnues. Heureusement pour toi, ô sac de toutes les turpitudes ! Heureusement pour toi, un de nos frères, un de ceux dont tu voulais prostituer l’habit, passant près des égouts du Paillon vit ton âme, qu’il reconnut à la grande quantité de noirceurs qu’elle contient, ton âme qui s’en allait dans le fleuve avec les autres saletés, ton âme dans un état à faire frémir ! Notre frère se dévoua, il entra jusqu’au cou dans la vase et en tira héroïquement ton âme indigne, qui fraternisait déjà avec ses compagnons d’infortune, il l’en tira donc, et l’apporta dans notre béate demeure où elle se trouve pour le moment enfermée dans la boîte à bois du Supérieur. Tu ne pourras la ravoir qu’en venant la chercher toi-même, pieds nus, nu jusqu’à la ceinture et t’administrant le long du chemin des coups d’étrivière sur les épaules, le dos et plus bas encore. Tu devras en outre faire amende honorable devant le couvent, jeûner pendant trois jours, recevoir une sévère admonestation du frère Ardigo (c’est lui qui sauva ton âme, est-il besoin de le dire !) et puis accomplir un pèlerinage à Lourdes en compagnie du digne frère Ardigo qui te guidera dans le sentier du bien comme il te guidait jadis dans le sentier du mal... Nous te conseillons, pauvre enfant égaré, de te hâter et d’accomplir les petites formalités sus-dites; tu ne sais peut-être pas qu’un corps sans âme est livré à toutes les tentations du malin esprit, comme un bateau sans gouvernail est livré à toutes les tempêtes de l’Océan ! Hâtez-vous, ô restes infortunés de celui qui fut Emile d’Audiffret, et le Seigneur aura pitié de vous... peut-être ! Les frères moines de Cimiez 1876 Janvier, Cimiez.
Demain je l’envoie à ma tante qui la mettra à la poste.