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Jeudi, 2 décembre 1875
Prédiction de Cassandre à M. Léon d’Audiffret.
1 Ton fils d’ici partira Et très grand bruit mènera Chantera criera rira mais pourrira mais pourrira. A Paris il s’en ira, Chez Bignon déjeunera Au Bois se promènera et pourrira et pourrira.
Tous les sales lieux fréquentera Des cocottes entretiendra Un nabab s’estimera et pourrira et pourrira !
Au Moulin Rouge soupera Beaucoup de champagne boira Des assiettes des verres brisera et pourrira et pourrira.
A Mabille dansera Tant que son habit ôtera Ses gants jaunes salira et pourrira et pourrira.
Son chapeau tube bosselera La chemise déchirera Puis par terre se roulera et pourrira et pourrira.
Grand scandale produira Honteusement se conduira Et enfin se grisera Il pourrira, il pourrira !
La police le pincera Au violon le fourrera Où la nuit il passera et pourrira et pourrira.
Quand de là il sortira Encore pire recommencera Jouera au cercle et perdra et pourrira et pourrira.
Ayant tout perdu pleurera Les cheveux s’arrachera Andriot regrettera et pourrira et pourrira.
Puis le bonnet grec mettra Chez Gioia se présentera De l’amour demandera et pourrira et pourrira.
« Je suis gueux » il lui dira Et la belle le chassera Car payer il ne pourra Il pourrira il pourrira.
13 Vers Laura se tournera A l’hôtel l’amènera Plusieurs jours la retiendra et pourrira et pourrira.
14 Quand s’habiller elle devra Comment s’y prendre ne saura Et Emile l’habillera Il pourrira il pourrira !
15 Tant de joie exprimera Que l’hôtel révoltera Et chassé, chassé sera Il pourrira, il pourrira.
16 Enfin a Nice reviendra Dans la mer se plongera Toutes ses saletés y laissera Mais pourrira, mais pourrira.
17 Au chateau remontera Son fichu père embrassera L’habit blanc endossera Et pourrira et pourrira.
18 Qu’il est sage t’assurera Mille balivernes te contera Comme une vieille bête te dupera Et pourrira et pourrira.
19 Avec Saëtone dînera Au Français se montrera Des regards de feu lancera Mais pourrira mais pourrira !
20 Des leçons de chant prendra Mais sa voix ne retrouvera Toussera et hurlera Et pourrira et pourrira.
21 A speculer songera L’Opéra dirigera Mille dépenses supprimera Mais pourrira, mais pourrira.
22 Les decors barbouillera Les actrices fardera Aux entrées assistera Mais pourrira, mais pourrira.
23 Son ouvrage admirera Dans sa loge se pavanera Au deuxième acte se couchera Sur son siège s’endormira Et pourrira et pourrira.
24 En sursaut s’eveillera Au cri aigu que poussera L’actrice dont la voix craquera Et pourrira et pourrira.
25 Le public se recriera Chez Emile en foule montera Et d’en haut le lancera Et pourrira et pourrira.
26 Brise il se relevera Au château boiteux courra Comme toi fourbu demeurera Et pourrira et pourrira.
27 Le theatre on fermera Des effets on disposera Emile une perruque aura Et pourrira et pourrira.
28 Pour battu ne s’avouera L’arrosage entreprendra Mais là aussi échouera Et pourrira et pourrira.
29 Tous ses biens dissipera Son joli château vendra Toi-meme il t’hypothéquera Et pourrira et pourrira.
30 Ces epaves ramassera De nouveau tout dépensera Un dernier jour brillera Et pourrira et pourrira.
31 Aux amis empruntera Jamais rien ne leur rendra Tous les derniers sous gobera Et pourrira et pourrira.
32 Enfin se repentira Le métier il reprendra Et le drap mesurera Mais pourrira mais pourrira.
33 Jamais ne se corrigera La boutique bouleversera Les commis ameutera Et pourrira et pourrira.
34 Du metier s’indignera Du bon temps se souviendra Et enfin s’échappera Et pourrira et pourrira.
35 Son oncle sur lui crachera Scélérat le nommera Et ensuite le maudira. Il pourrira, il pourrira.
36 Alors il s’arretera Son bonnet grec enfoncera Autour de lui regardera Et pourrira et pourrira.
37 Un beau jour se mariera Sur sa femme comme toi tirera Et par elle chassé sera Il pourrira, il pourrira.
38 Comme une pale ombre errera Chavirera et tournera Mais pourrir toujours devra Et pourrira et pourrira.
J’ai comme on a pu le voir augmenté et revu ce poème de trente-huit couplets.
Nous avons fait cela avec Collignon qui est une femme sérieuse.
J’ai déjà commencé à copier et l’on recevra cette beauté sous peu de temps.
Suis-je assez misérable quand il pleut ! Je ne suis pas sortie, je n’ai vu personne. Je ne sais rien de ce qui ce fait ! Sommes-nous assez seuls, assez abandonnés !
Varpahovsky a dîné ici.
Que la vanité des hommes est grande ! pensai-je en regardant le château, si Audiffret n’avait pas cette grande masse de pierres je n’en parlerais même pas.
Chaque fois que je suis prête à l’abandonner je n’ai qu’à regarder son château pour me dire: Non, il a un trop beau château.
Et pourtant que me fait ce château, puisque je ne désire même pas l’avoir. Tout seul oui, mais avec Audiffret dedans non.
Georges, cet homme chéri, est ici dans un état impossible à imaginer. Heureusement il ne fait pas de tapage, et on le cache de moi.
Ah ! que c’est embêtant, la vie !