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Samedi 7 août 1875
En pensée Girofla m’est indifférent aujourd’hui. Ce sont mes éternels désirs de grandeur qui me taquinent.
Si un pareil état continue je n’aurai qu’à me casser la tête ! [Deux lignes cancellées] infâme peut tout renverser,
[Huit pages arrachées] satisfaction de crier et de pleurer, je retiens mes sanglots mais à leur place viennent des soupirs qui ressemblent à des râles.
En effet il n’y a personne de plus malheureux; habituée au luxe, adorant le monde, penser à la misère et au scandale, à la honte. Oh ! je jure que, si ce n’étaient mes mères, je n’hésiterais pas un instant, je mourrais à l’instant, mais en me tuant je tue toute ma famille.
Mais non, cela n’arrivera pas ! Dieu ne me punira pas tellement, je n’ai commis aucun crime, je viens au monde à peine. Je suis si jeune, je n’ai fait de mal à personne !
Mon Dieu, mon Dieu entendez ma voix, ne m’abandonnez pas ! Ne me faites pas si malheureuse ! Ne me tuez pas. Ou bien faites-moi mourir tout simplement et avec mes deux mères, sans moi elles seraient trop misérables.
Faites cela mon Dieu au lieu de l’autre malheur, si je vous ai tellement déplu. Mais non, il ne nous est pas permis de choisir, et la mort n’est pas un châtiment. Vous voulez me martyriser, oh non, ne le faites pas. Mon Dieu, pardonnez si je suis coupable envers Vous, Vous êtes si grand, ne Vous abaissez pas jusqu’à mépriser la plus humble de vos créatures.
Oh ! je n’ai plus de paroles, oh ! si je pouvais crier !
Mon Dieu pourquoi m’envoyez-vous ces tristes pensées, pourquoi ? Est-ce pour me préparer au malheur ! Mais non Vous m’épargnerez, Vous ne me martyriserez pas !
O Sainte Vierge Marie, mère de notre Sauveur, priez Dieu pour moi ! Vous êtes ma dernière espérance ! N’est-ce pas que vous me prendrez en pitié, ô sainte Marie.
Quand je prie mentalement mes pensées s’égarent, je ne sais plus ce que [je] dis, en écrivant seulement je me comprends.
Pardonnez-moi si c’est mal d’écrire mes prières, je ne savais pas que c’était ce fût mal. Ce n’est pas mal.
Personne ne le lira outre moi !
Je n’ai plus de paroles, que mon silence soit compris. Qu’on comprenne tout mon tourment !
Que c’est désolant, je croyais au bonheur, je me croyais née pour être heureuse.
Voyez comme on se trompe. Eh ! bien non ! non ! non ! Malgré tout j’espère ! Dieu m’entendra !
Je suis un peu calmée. Nous n’avons pas d’avocat, Alexandre traîne car c’est son intérêt de tenir tout le monde dans ses griffes. Pendant que les ennemis travaillent, on ne fait rien pour se défendre ! Nous n’avons que Dieu pour nous: ce serait bien assez s’il voulait nous être propice. Mais j’ai idée qu’il se détourne.
Pourtant je Le prie tant, pour tout je m’adresse à Lui. Est-ce qu’il ne me prendra pas en considération mon humilité envers Lui, ma foi.
Je me suis demandée si je pouvais aller dans un couvent ou me tuer. Je ne puis ni l’un ni l’autre.
en travers
C’est le procès qui me rendait folle. Il n’y avait rien de si violent à craindre.
Je veux vivre, vivre, vivre ! Si le malheur arrivait nous irions en Amérique.
Que cela me chagrinerait. Mon Dieu prenez-moi en pitié, protégez-moi !
Je suis assez calme maintenant pour parler de tout et je commence par dire qu’il faisait un temps superbe et je suis fâchée de n’être pas allée au Bois.
Stiopa vient de rentrer, il frappe à ma porte et demande si je veux prendre du thé. Je réponds que je m’endors. En effet comment me montrer avec cette face désolée et ces yeux rouges.
Personne ne s’amuse comme moi et aussi personne ne sait s’affliger comme moi. Je suis extrême dans tout.
Il est minuit, depuis dix heures et demie je fais les cartes, je les fais trop souvent pour qu’elles puissent compter. Cependant elles disent assez vrai, puisqu’elles disent des larmes et des chagrins.