Lundi, 31 mai 1875

Girofla hier au théâtre a demandé si nous irions au bain, j’ai dit que oui, et il est au bain.
Mais je n’y vais pas.
Ce soir dernière représentation de Ravel et clôture du théâtre. Miserere !
Je me coiffe adorablement et mets la robe de soie blanche avec laquelle j’ai, comme a dit Caroline, l’air d’une gravure anglaise.
Je suis charmante.
Depuis ces derniers cinq ou six jours j’ai embelli à vue d’œil. Il y a dans toute ma figure une certaine animation, les yeux brillent, le teint et les lèvres n’ont jamais eu tant d’éclat, les cheveux n’ont jamais été aussi dorés.
Notre loge est une boîte à sardines ce soir ou, pour mieux dire, une corbeille de roses. Maman, Collignon, ma tante, Marie, Dina, Olga et moi.
Je suis assise à la place de Gioia et exactement comme elle. Je voudrais savoir si le petit l’a remarqué.
Ravel joue ses folies, je jette deux bouquets, dont un pour sa femme, la gentille Elisa Dechamps. Ravel me remercie avec un sourire de singe et je lui fais un signe de tête sous l’éventail, et à sa femme aussi.
Je ris comme une folle.
Girofla est en bas, en paletot-sac gris, et ne vient pas.
Nous sortons par un corridor vivant, le côté gauche est formé par Girofla et compagnie.
Bonsoir Mademoiselle
Bonsoir Monsieur.
Bonsoir Mademoiselle, dit Galula, c’est la dernière soirée.
Et oui, Monsieur, c’est dommage.