Dimanche, 30 mai 1875
Après i'ègiise j'étudie. Mais que je n'oubiie pas de raconter queiie tremolante peur j'ai causée à tous ceux de la maison; nier soir je restai dans mon studio et traduisais une fabie de Phèdre lorsque Léonie monte tout effarée, Collignon et Dina la suivant.
Eiles m'ont cherchée pendant une heure et n'ont pas eu i'idée de monter parce que ie rideau est épais (je l'ai pendu pour ies ombres du piètre) et on ne voit pas la lumière.
Eiles m'ont crue enlevée par les pirates comme dans "Giroflé-Girofla". J'ai ri et me suis fâchée ensuite.
Aujourd'hui grande procession partant de i'église Saint-Pierre, à côté des Sapogenikoff mais je vais à la musique avec ma tante, Agiaé et Eupnrosine.
Nous rencontrons Audiffret qui nous saiue. Je dis qui nous salue parce que ceia me semble si extraordinaire de ie connaître: depuis cinq ans, je ie vois et depuis cinq mois j'en parie, ii me sembie étrange de connaître cet homme, je n'en reviens pas.
Quand je vois iongtemps une personne eiie me sembie impossible à être connue.
A ia musique, ii arrive derrière nous, descend et vient près de notre voiture. Je ie retrouve un peu mieux, il n'a pas cet affreux chapeau de paiiie qui ie défigure, ii a une conversation d'un écoiier, petite machine, rouier, dégringoier, etc. Mais c est un gentii garçon et ii a de beaux yeux.
[En travers: Tout ça étant nouveau, je venais tie devenu grande, mes pre-niières jupes longues etc.]
ûn ie présente aux Sapogenikoff qui rougissent et se taisent. Tout ie temps Girofla reste près de nous puis demande si nous aiions au café, nous prie d'y aiier :
— Pourquoi, Monsieur, demande ma tante.
— Parce que si vous y aiiez je me précipiterai ià pour avoir ie piaisir de causer pius iongtemps avec vous Mesdames.
Puis au miiieu de ia conversation:
— vous rougissez, Mademoiselle, qu'est-ce qui a passe ? et ii se tourne et regarde, puis encore:
— C'est Gaiuia qui a passé.
— Mais non, Monsieur, je ne rougis pas, c'est vous qui rougissez; oh tenez, comme vous êtes rouge !
— Ne faites pas attention, Mademoiselle, je rougis très souvent et pour rien.
— Comme une jeune fille.
Comme nous partions:
— Alors vous serez ce soir au théâtre ?
— Oui, dis-je.
Au café nous sommes avec Mme Angel, M. Bihovetz etc. et Mistigri (Girofla) avec son bataclan à une autre table.
Nous le voyons encore au théâtre, il est dans une loge en face, se faisant un rempart des corps de Danis et de deux autres et, de là, lorgnant comme un fou, il croyait que je ne le voyais pas.
[En travers: Erreur, il le faisait exprès.]
A la fin de "Séraphine" drame en cinq actes, la porte s'ouvre et Galula paraît, avant d'avoir vu qui entrait, je me retournai vivement vers la loge en face, mais le héros était à sa place. Au bout de deux secondes il entre aussi et ces deux restent une heure, ou plus. Le garçon raconte ses paris avec Prodgers et médit de quantité de gens. Soyons prudente.
Nous sommes dans notre avant-scène de toujours qui est la même qu'avait Gioia du temps où elle était à Audiffret.
J'ai fait éclairer le salon de la loge, comme alors. On sait que je prétends ressembler à cette, cette... mettons déesse.
Galula avait l'air abattu, non il avait l'air autre chose.