Mardi, 13 avril

Oh ! la terrible chose ! Brunet m’apporte une Clef des songes et je lis: Voir tomber des étoiles: mort. - Fi ! l’horreur. Je crois aux rêves, mais aux explications pas toujours. Et puis, mort, mort pour moi ou pour un proche ?
Où peut-être, n’ayant pas mérité le bonheur je mourrai. Dieu ne voulant me donner ce que je veux me fait mourir par pitié.
Non ce serait indigne.
J’ai quatre fois désiré être duchesse de Hamilton, en rêve chaque fois que tombait une étoile. La cinquième n’était pas une étoile, mais un brin de papier argenté que j’ai détaché avec le pouce. J’ai aussi vu un ciel parsemé d’étoiles brillantes, ce qui d’après le même livre veut dire toutes sortes de prospérités, puis chaque nuit je rêve de jardins et jardin veut dire mariage. Comment accorder tout cela ?
Tout simplement je me marierai, serai très heureuse, aurai beaucoup d’enfants (ciel parsemé d’étoiles veut dire beaucoup d’enfants. Comment diable ai-je pu dire prospérités de toute sorte !) et puis mourrai, puiqu’il le faut.
Selon moi, ces quatre étoiles signifient que je verrai tomber quatre grandes fortunes ? Et la cinquième tombera par moi, et sur ces cinq fortunes j’élèverai la mienne puisque, en les voyant toutes, j’ai désiré et puis j’ai étendu la main et sans aucune difficulté j’ai touché le ciel. Il est vrai que ce ciel était de carton.
Basta ! Les rêves agréables prédisent des choses agréables, les rêves désagréables des choses désagréables. Voilà la vérité.
Maman arrive de Cannes et nous restons chez elle. On rit de mes rêves:
Oui, dis-je, moquez-vous, moquez-vous. Je serai quatre fois veuve de quatre illustres maris et mon cinquième fiancé mourra. Je serai quatre fois duchesse au risque de vous déplaire et deviendrai si célèbre que vous en serez éblouis.
- Eh ! bien en vérité je le crois.
(Oh ! que je suis jolie ce soir).
A quatre heures nous sortons, moi, Dina, Marie et Olga.
Il y a musique. Nous sommes convenues de ne pas regarder Terffidua.
Il avait l’air de nous poursuivre ce qui faisait pâmer de bonheur mes trois compagnes, et ce qui m’amusait assez, moi.
Il semble que Collignon n’était jamais absente.
Je suis si amoureuse de Johnstone que j’en parle à tout propos, et ma tante se fâche. Ce soir j’énumérais les hommes que je trouvais beaux je n’ai pas nommé Hamilton, Marie l’a nommé:
- Non, celui-là n’est pas beau.
- Vous êtes folle ! me dit rudement ma tante.