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Mercredi, 19 mars 18751
Je crois enfin toucher ce que je désire tant, est-ce bien vrai et ne tomberai-je pas cette fois encore du haut de mes espérances ?
Nous étions au milieu du jardin, ma tante, moi et Biasini, quand en levant les yeux je vis Terffidua qui regardait ainsi aussi longtemps qu’on pouvait voir.
Décidément amo hune puerum . Pas d’amour on le comprend bien.
J’ai grande envie d’un roman, cet été, été à Nice et pendant lequel je m’ennuierai horriblement sans cela. Toutes mes pensées sont pour le voyage de Russie. Maman croit, elle est sûre que je ramènerai le Russe, mais aussi sûre que je l’étais d’avoir Alcibiade. Certes un amoureux de plus me ferait grand plaisir, mais je ne désire pas cet homme pour mari. Encore s’il avait véritablement dix mille roubles de rente, on ne peut être sûr de cela et puis on le dit avare.
Je me promenais avec ma tante, conduisant moi-même, juste à la hauteur du jardin public un monsieur venait à cheval en face de nous, et comme il est d’usage en France de tenir la droite, je l’ai tenue, mais le cavalier ne le sachant pas sans doute ne m’a donné passage de sorte qu’il se vint heurter assez rudement contre mes chevaux, humilé et fâché il eut l’impudence de dire que je ne savais pas mener mais d’un ton assez faible, néanmoins je devins furieuse.
— Et vous, vous ne savez pas monter, insolent, lui répondis-je.
Pauvre imbécile, que c’est ridicule quand le cheval est le maître du cavalier. Le soir sans dire à personne et comme si nous faisions mal, moi et Nadinka allâmes nous promener prenant Sacha pour protecteur. Il faisait un clair de lune voilé ravissant et j’étais toute fière de paraître si grande en ma robe de cachemire blanc et mon chapeau, le front découvert.
Notes
Ainsi dans le manuscrit : le mercredi tombait le 17 mars 1875. Marie a écrit « 19 » ; suivent le jeudi 18 et le vendredi 19 mars. ↩