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Mercredi, 20 janvier 1875
On m’a apporté mes robes, toutes sont tout à fait jolies.Après force tribulations ma tante a pris une loge au Nouvel Opéra, n° 16 au deuxième. Ma coiffure et la nouvelle robe blanche, longue, en taffetas blanc uni, le corsage collant et long, de côté une aumonière en broderies blanches, longs gants blancs, pas de bijoux, ma coiffure très bien, mais face, pas mal.
Je ne décrirai pas l’édifice, il est superbe mais je vois mieux et j’aime quelque chose de plus grand, de plus majestueux.
C’est grand comme dimensions, mais presque petit comme caractère.
Je ne dirai non plus rien du monde, je ne connais personne et sans binocle ne pouvais bien voir, la salle était pleine et les dames étaient décolletées mais les toilettes étaient fort ordinaires ou fanées.
Nous allâmes voir le foyer, je me promenais fort majestueusement en ma longue robe, ma première robe longue, et cependant j’étais à mon aise et loin de m’embarrasser cette traîne me plaisait et c’est avec une traîne que je me sens réellement bien, rien de plus laid le soir que ces robes ni longues ni courtes, que ces créatures n’étant plus enfants et pas encore jeunes filles.
On m’a beaucoup regardée, je suis une personne que partout on remarque, je ne me vante pas car ce n’est pas pour mon mérite mais pour ce que Dieu m’a faite.
On donnait « La Juive » avec la Strauss, la mise en scène est magnifique, la scène est si grande que les acteurs paraissent mouches et quinze chevaux ne purent la rendre peuplée.
A la sortie nous ne trouvâmes pas de voitures et après être restées longtemps à attendre je ne sais quoi, pendant lequel longtemps ma tante faisait de telles mines qu’on la regardait, nous allâmes à pied, moi furieuse, oh ! mais furieuse, dans deux minutes nous prîmes une voiture et une fois dedans je donnais des coups de poings dans le côté de ma tante qui était vraiment exaspérante, alors, elle, ce qui est très naturel, sauta hors et alla à pied, pendant que moi continuai en voiture.
N’est-ce pas monstrueux !
Mais ma rage n’était pas passée et je me mis à lire jusqu’à trois heures du matin, m’endormis à quatre heures et me réveillai le lendemain à quatre heures de l’après-midi.