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Jeudi, 7 janvier 1875
Je monte à cheval avec Zoé, nous allons à Villefranche presque tout le temps au grand trot ou au grand galop.Rien de plus charmant que de galoper sur cette route qui monte, d’un côté des rochers et de l’autre un précipice peuplé de villas, de jardins, et en bas la mer, bleue, calme, immense. Nous avons le soleil dans le dos et une brise fraîche nous inondait la figure, refoulant nos jupes et les crinières de nos chevaux en arrière.
J’avais mon amazone bleue de l’année dernière et c’est la seule qui me va bien.
Maman est encore malade. Je suis de nouveau inquiète.
Notre femme de chambre Marie, la première qui sut me plaire, grande belle, blonde, toujours gaie, rieuse et intelligente. Elle ressemble, en laid et en chambrière, à Venise peinte par Paul Véronèse sur le plafond de la grande salle du palais ducal à Venise.
Cette femme s’est mariée il y a deux mois poussée par je ne sais quel diable car elle déteste l’homme qu’elle a épousé, mais déteste comme je déteste le comte polonais, pour l’éviter elle est venue chez nous mais son cher époux veut la prendre et à cet effet vient souvent la réclamer, et prie maman de la persuader de venir chez lui, maman fait ce qu’elle peut, mais ne réussit pas. Il y a trois jours il vint et donna un si violent coup de poing à cette pauvre Marie, qu’elle alla heurter le lit et tomba sans connaissance, lui s’enfuit croyant l’avoir tuée.
Enfin hier il vint de nouveau et la prie de descendre, elle obéit mais, une fois au bas de l’escalier, il la saisit d’une main par le cou et de l’autre par la taille et veut ainsi l’étouffant la tirer hors de la maison, elle crie, lui l’étouffe, aux cris Adam accourut heureusement, et l’empoignant par derrière le jette au loin, pendant ce temps la femme se sauve.
Adam envoie chercher les gendarmes, tout cela pendant que nous étions à l’église, hier c’était Noël pour nous.
Quel scandale Bon Dieu ! (j’écris avec une encre chimique de ma préparation, elle n’est pas excellente).
Quand on demande à Marie pourquoi elle a pris cet homme pour mari elle répond qu’elle ne sait pas elle-même comment cela est arrivé. Elle a l’air étrange cette Marie, je lui parle souvent, et plus en plus m’étonne.