Lundi, 30 novembre 1874

Il pleut ! Saprelotte je grelotte, je crois que je vais m’enrhumer ! comme chante Malézieux.
J’ai étudié, joué et me suis promenée.
On ne voit personne, mais j’aime beaucoup ce weather gris et humide, je ne sais pourquoi il me rappelle Hamilton. Cet animal quitte, d’ailleurs, c’est dit dans le bout de journal qui è attaccato qui.
L’Impératrice de Russie, passe demain par Nice se rendant à San Remo où elle restera jusqu’à Pâques.
L’héritier et Alexis sont à Paris, Wittgenstein a dîné à l’Elysée avec eux, voir le bout de journal du Figaro que voici. Wittgenstein en tenue de général ! Et si on le voyait en jaquette jaune et Rosalie Léon au bras ! Ah ! voilà qui serait drôle. Ce gaillard est très bien placé, juste comme il me conviendrait et je crois qu’en ce moment je n’ai rien de mieux à faire que de le désirer, d’autant plus que j’aurais plutôt de la peine à ne pas l’aimer qu’à l’aimer.
J’écris toujours devant mon miroir et ce soir je suis amoureuse de ma personne. J’ai découvert que j’ai un joli nez et que mon cou s’est allongé, que non seulement je suis blanche et rose comme j’ai dit en me décrivant, mais que je suis d’une blancheur éclatante, que mes mains, si je les soigne, sont plus que passables, que mes pieds sont jolis et que sur les tempes mes cheveux à leur naissance sont dorés si clair qu’on dirait de l’argent, surtout les quelques cheveux qui précèdent le duvet, que mes joues et mes tempes sont d’un rose tendre admirable, en un mot je me trouve tout à fait jolie.
Tout le monde dit qu’il est difficile d’être plus blanche que moi, et beaucoup que c’est impossible, moi je suis de cet avis à moins qu’on se farde.
Foi de Marie ! La fille de Manchester n’estl ne peut pas être aussi bien que moi.