Mercredi, 3 juin 1874

Je résume ces deux jours en peu de mots. Hier nous eûmes un désagrément à l’hôtel.
Il y a eu des plaintes que nous nous couchons trop tard, que je chante tard et enfin, oh horreur ! Que l’on nous voit déshabillées le soir. L’indignation et la colère de tous sont impossibles à décrire.
en travers
Par ces chaleurs atroces nous laissions les fenêtres donnant dans la cour entrouvertes, on se croyait à Nice.
Le résultat est qu’après avoir fait appeler le propriétaire maman lui fit une scène et qu’aujourd’hui nous avons déménagé à l’hôtel des Iles Britanniques, rue de la Paix.
Il pleut. Berthe devait venir me voir aujourd’hui à quatre heures, elle ne vint pas, hélas.
Les cerises m’ont rendue malade. Ces fruits me font toujours la tête lourde et me donnent mal au cœur, rien que de l’écrire je puis être malade.
Je fus obligée de quitter le dîner, nous prîmes un fiacre, je devins malade en route, je pus heureusement rentrer et là encore... et encore. Je suis malade, ou plutôt fort faible à peine ai-je le courage d’écrire mais c’est que je voulais absolument dire qu’en passant par la rue de Rivoli déjà presque sur la place de la Concorde (robe grise, il pleut) un monsieur passa en fiacre rapide comme le duc de Hamilton. Il me parut très beau. Il m’a semblé être un gentilhomme, d’ailleurs on peut se tromper.
Si j’étais homme et non femme, je le suivrais, je saurais qui il est, et...
Il ressemble au duc, il est jeune. Sapristi, qu’il est beau, pensai-je et je fermai deux ou trois fois les yeux pour le revoir, et de plaisir d’avoir vu un homme aussi beau et bien.
C’est canaille ce que j’ai dit.