Lundi 19 mai 1873
Gris, un peu de pluie, puis un peu de soleil, très beau.
Ma tante est très malade, on est très inquiet, moi aussi. Mon Dieu, encore ici c'est à Toi que je m'adresse. Toi seul peut tout, et si les médecins guérissent, c'est Ta volonté et c'est par eux que Tu fais tes miracles.
A la promenade (robe noire, chapeau marin, pas mal) mes cheveux dorés me charment, j'attendais la voiture, lorsque ma tante a voulu de la gelée, j'ai appelé Solominka (Mlle Collignon malade, capricieuse, insupportable, méchante). Nous avons marché puis, ayant rencontré un fiacre, nous le prîmes. J'ai acheté la gelée, je l'ai portée à la maison et nous allâmes nous promener. J'ai donné un pourboire pour que le cocher aille vite. Nous étions très gaies. Je l'aime beaucoup Solominka.
Rentrée à la maison, j'ai appelé la marchande d'une petite boutique à la rue de France pour acheter des cerises. Elle accourut avec empressement. Je vois tous les jours ces femmes et j'étais curieuse de leur parler. Quand je lui payais, elle a compté l'argent, cela m'a fait rire. Elles sont très amusantes ces femmes, et si respectueuses que c'est un plaisir de leur parler. Elles sont si simples et savent leur place.
Je voudrais que Mlle Collignon s'en aille: elle est insupportable et néglige son devoir, me fait perdre le temps.