Journal de Marie Bashkirtseff

Hier soir est venu Patton, on a parlé de cette affaire, rien de grave.
A l'église nous ne sommes pas allés. Ma tante toujours malade, cela m'inquiète. A trois heures sont venus les Howard. Nous restions dans la maison tout le temps. J'ai montré mes bijoux. Elles étaient étonnées à mon indifférence pour ces bijoux. Ils me croient tellement spirituelle, etc. etc. que j'en suis honteuse.
J'ai parlé de mon départ pour Vienne, de mes plans, de mon voyage autour du monde (que je veux faire en vérité avec lui, avec l'aide de Dieu), de mes goûts, de la toilette, je disais que je veux la réformer, je veux être simple et je veux demander à maman qu'elle me donne l'argent et je m'achèterai tout moi-même. C'est ce que je ferai (j'ai déjà parlé de cela il y a quelque temps). Elles m'ont dit que leur mère me donne toujours comme exemple pour elles. Comme c'est drôle et maman me les donne pour exemple à moi. J'en étais très flattée. Il n'y a rien qui me fait tant plaisir qu'une bonne opinion de moi, pas de la figure et toilette, mais de mes raisonnements, de mon esprit et surtout par des personnes honorables. Tous ces enfants me croient un oracle, et tout ce que je dis est la loi. Je suis flattée. Hélène m'écrira, m'ont-elles dit. J'ai donné à Lise et à Jean une breloque et à Willy une coquille, pour Aggie je n'ai rien trouvé. Lise a dit en parlant de Paul (il vient dans une semaine, je ne m'y attendais pas, il quitte la pension pour étudier sérieusement):
— Oh ! il a treize ans, je suis plus âgée que lui.
Elle a dit ça d'un ton de regret. A dîner maman a dit que c'est une fiancée pour Paul. Lise avait-elle la même pensée ? Il me semble que oui. Ça serait très bien.