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Lundi 21 avril 1873
Gris et frais, assommant. Toute la Semaine Sainte je ne me couchais ni ne [me] levais régulièrement, aujourd’hui c’est le premier jour.
J’ai pris un bain de mer, je suis allée avec maman (tunique écrue, chapeau neuf, bien). Quand j’ai mis ce chapeau maman a dit:
— Ah ! la duchesse de Westminster !
On a dit que ce chapeau est charmant et moi-même je trouve la même chose, il donne un air si noble, gracieux, élégant.
On a beau dire, la toilette fait énormément, moi, avec deux petites tresses, un chapeau niçois, une robe de petit lainage gris; et moi les cheveux relevés, bien coiffée, une robe de Paris et ce chapeau sont deux choses différentes.
dans la marge
Notre jour. Il est venu une quantité de monde même Mme Patton, en un mot tous les Russes que nous connaissons et étrangers.
Je suis si extraordinairement triste ! A la promenade (robe bleue et grise, bien) presque personne. Ça n’est pas l’absence de monde qui me rend triste, je ne sais pas ce que c’est, mais je ne puis trouver de place, je suis toute malheureuse; et sans cause. Serait-ce un pressentiment ? Oh ! mon Dieu, sauve-moi ! Epargne-moi les malheurs ! Ecarte les malheurs de moi ! Rends-moi ma gaieté, je suis si malheureuse comme cela.
Mme Prodgers partie.
Je ne désire plus rester à Nice. C’est un endroit pour des joueurs et des mauvaises femmes. Il ne convient pas que je sorte dans le monde d’ici. Bien que je n’en suis pas encore là, mais le temps passe si vite ! On n’aura pas le temps de se tourner en arrière, lorsque je me trouverai une grande demoiselle. Naples serait l’endroit où je voudrais vivre. C’est une grande ville, au bord de la mer, vues splendides, promenades. Les étrangers sont en foule. Il y vient souvent. Le monde est convenable, je pourrais le fréquenter sans inconvénient, trouver un bon parti pour me marier... et lui ? Mais si lui ne voudra pas de moi, il faudra bien ! Mais même pour lui, il vaut mieux Naples, il est là sans elle. Nice, Bade, etc. sont des endroits où il ne me convient pas de vivre.
Que sont les demoiselles d’ici ? Elles font plusieurs saisons, ont des historiettes avec des jeunes gens et s’en vont vieillies et fanées. Je ne dis pas, ces endroits sont jolis pour des femmes mariées. Par exemple, moi, mariée, je serais venue à Nice, mais pour des jeunes filles, non.
Oh ! mais pourquoi suis-je si triste ? Mon Dieu soutenez-moi ! Aidez-moi ! Si je pouvais le voir une minute, de loin !