Mardi 25 février 1873 (Mardi Gras)

Temps très beau. Nous allâmes en voiture avec des masques de fer et des manteaux orientaux blancs très jolis, avec une quantité énorme de bouquets, nous fîmes les tours cinq ou six fois en suivant la file des voitures qui était sans fin. Aujourd’hui il y avait encore plus de monde. On nous jetait une quantité de petits et de grands bouquets. A l’estrade de la place de la Préfecture se trouvait presque toute la société, ils nous jetèrent des grands bouquets. Toutes les personnes que nous connaissons de vue nous souriaient et nous inondaient de fleurs. Un jeune homme avec quatre chevaux et postillons, me présenta à moi, par son domestique, un cornet de bonbons et un bouquet.
Je jetais pour le plaisir des bouquets, des confettis, seulement à la foule. La cavalcade nous passa au galop. Boreel était la même chose que dimanche, je lui jetai des bouquets, d’une main il tenait son cheval, de l’autre il s’empressait d’attraper mes bouquets (en galopant). Il me regardait. [Une ligne cancellée] Après avoir fait deux tours la cavalcade se divisa, les bons s’en allèrent, les mauvais restant. Je me suis énormément amusée. J’ai jeté des fleurs à toute la société, ils me parlaient presque.
Puis à la maison vers les six heures. Il ne reste qu’un regret, c’est que c’est fini. Ah ! non il y en a un plus grand, un énorme, c’est que le duc de Hamilton n’y prenait pas part. Gioia n’y était pas non plus.
dans la marge
dans la marge Boreel à travers la gaieté du carnaval, galopant, me regardait quand je lui jetai les bouquets, son regard était si bon, si bon, que vraiment on ne peut pas ne pas l’aimer. il était même ému. Oh ! non c’est mon imagination.
Pièce inséréepage intercalée
[Page intercalée: Je comprends maintenant seulement à la page 46. Je disais que Boreel savait que je l’aime, que je lui ai montré, que je voudrais faire sa connaissance, que je voudrais qu’il m’aime etc. etc. Tout cela est très juste Je voulais dire que tout cela était, et comme il ne savait rien du changement, il devait agir en conséquence. Mais quant à moi tout amour pour lui était bien fini. Je disais que son regard était bon et qu’on ne pouvait ne pas l’aimer mais je croyais que l’on comprendrait comme aimer et comment bon. Je me suis accusée en vain. J’étais loin de lui et si près de Hamilton que je ne pensais pas pouvoir pouvoir parler de Boreel sans qu’on y voit rien de mal. J’en parlais trop pour faire croire qu’il est bien fiché, car s’il ne l’était pas j’en parlerais comme du duc de Hamilton. (Je mean parler dans mon journal, pas ailleurs). Comme c’est incommode de mal s’expliquer. Par ces éloges de Boreel je voulais prouver qu’il fut. Et je me suis mal comprise.]
Avec quel empressement il ramassait les bouquets que je lui jetais. Cela m’a fait un grand plaisir.
La journée d’aujourd’hui a été très bien employée. En voiture, nous étions, maman, Sophie, Dina et moi, le baron Bach une partie du temps, puis Tarnakoff, mais lui pas longtemps.
Nous fîmes le tour de toute la ville. Malgré toutes les raisons que je présentais, en disant que c’est très inconvenant de mener Dina voir « La Belle Hélène », elle y est allée ce soir.