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Thursday, 17 July 1884
Jeudi 17 juillet 1884
The Orthodox priest’s wife and daughter came.
La femme et la fille du pope sont venues.
This time they say it is serious — cholera is in Paris.
Cette fois on dit que c’est sérieux, le choléra est à Paris.
And how could it be otherwise?
Et comment n’y serait-il pas ?
Seventy people a day are dying in Marseille and thirty in Toulon, and travellers come and go constantly between these two plague-ridden cities and Paris. All the same, they do have odd ways of going about things.
Il meurt soixante-dix personnes par jour à Marseille et trente à Toulon, et les voyageurs circulent continuellement entre ces deux villes empestées et Paris. C’est égal on a de drôles de procédés tout de même.
Toulon has cholera — isolate Toulon and you save Europe.
Toulon a le choléra, isolez Toulon et vous sauvez l’Europe.
No, one does not dare isolate Toulon — how is one to prevent people from leaving?! Absurd. What is the interest or the death of a few in comparison with the interest of all? It would cause an outcry but it would be quite right. Now cholera is in Marseille, in Aix, then other cities — because they did not dare inconvenience a few people.
Non, on n’ose pas isoler Toulon, comment faire pour empêcher les gens de sortir ?! C’est ridicule. Qu’est-ce que l’intérêt ou la mort de quelques-uns en comparaison de l’intérêt de tous ? Ça ferait crier mais ce serait très bien. Maintenant le choléra est à Marseille, à Aix, puis d’autres villes. Parce qu’on n’a pas osé contrarier quelques personnes.
I know perfectly well that if a city were isolated there would be howls. But I repeat — Toulon on one side and all of France on the other: can one hesitate? One ought to shoot those who tried to get out. I know there would be dreadful protests, ladies screaming that they are going to find sick children or daughters in childbirth. That is precisely what I would not care about if I were the government. Is it possible that an entire country should be infected so as not to inconvenience one small city — and after all, those who left did not save themselves, they merely carried cholera elsewhere, that is all.
Je sais bien que si on isolait une ville il y aurait des hurlements. Mais je le répète Toulon d’un côté et la France entière d’un autre, peut-on hésiter ? On devrait tirer sur ceux qui tenteraient de sortir. Je sais bien qu’il y aurait des protestations horribles, des dames qui crieraient qu’elles vont retrouver des enfants malades ou des filles en couches. C’est de ça que je me ficherais si j’étais le gouvernement. Est-il possible qu’on empeste un pays entier pour ne pas contrarier une petite ville et en somme ceux qui en sont sortis ne se sont pas sauvés, ils ont été portés le choléra ailleurs voilà tout.
I am not afraid — I only fear diseases that disfigure.
Moi je n’ai pas peur, je ne crains que les maladies qui défigurent.
Bojidar arrived from Bucharest, from Gastein, from everywhere. That makes for a great deal of chatter, all the more so as it is raining and my canvas is not yet stretched.
Bojidar est arrivé de Bucarest, de Gastein, de partout. Ça fait bavarder d’autant plus qu’il pleut et que ma toile n’est pas encore montée.
There was an artist’s funeral in our street, and Albert Wolff was among those present. That moved me.
Il y a eu un enterrement d’artiste dans notre rue, et entre autres il y avait Albert Wolff. Ça m’a émue.
And afterwards I thought for an instant I saw Mme Mackay pass. It is strange how that woman makes my heart beat — quite inexplicable. For after all, I do not love her Jules, do I?
Et après j’ai cru un instant voir passer Mme Mackay. C’est drôle comme cette femme me fait battre le cœur, c’est même inexplicable. Car enfin je n’aime pourtant pas son Jules voyons !
Bojidar gone, I explain to Dina that Bastien-Lepage is not kind. I reproach him for nothing; only I no longer wish to show such warm friendship. If I felt some fellow-feeling, I would be three times more amiable still; if I felt at ease — why, I would have gone every day! It is not his fault nor ours. He does not dislike us; he finds us quite amiable no doubt, but he has friends he prefers, with whom he lets himself go, with whom he is more at ease. I myself — well, Julian might come in and I would always be very glad, but I would be more reserved with Gavini or Engelhardt.
Bojidar parti j’explique à Dina que le Bastien-Lepage n’est pas gentil. Je ne lui reproche rien seulement je ne veux plus témoigner une amitié aussi chaude, si je sentais de la sympathie, je serais trois fois plus aimable encore, si je me sentais à mon aise, mais j’y aurais été tous les jours ! Ce n’est pas sa faute ni la nôtre. Il ne nous déteste pas, il nous trouve bien aimables sans doute mais il a des amis qu’il préfère et devant lesquels il se livre et avec lesquels il est mieux. Moi-même tenez, que Julian vienne mais je serai toujours très contente mais je serai plus réservée pour Gavini ou Engelhardt.
One loves one’s friends more or less. Only since we are not the chosen of his heart, he ought to be conventionally polite — and he is not. He dispenses with small courtesies and ceremony, and he does not love us. So!
On aime plus ou moins ses amis. Seulement puisque nous ne sommes pas les élus de son cœur, il devrait être poli banalement et ne l’est pas. Il supprime les banalités et les cérémonies et il ne nous aime pas. Alors !
It is very humiliating to observe. One would far rather say he detests us — that would be more acceptable. But to be for him what the Engelhardts or the Tchoumakoffs are for us!... That is hard to take, when one gives it all the tenderness of one’s heart...
C’est très humiliant à constater. On aimerait bien mieux dire qu’il nous déteste, ce serait plus acceptable, mais être pour lui ce que les Engelhardt ou les Tchoumakoff sont pour nous !... C’est raide quand on y va de toute la tendresse de son coeur...
Dina finds that very just... I hope therefore that these ladies will send him nothing behind my back.
Dina touve que c’est très juste... J’espère donc que ces dames ne lui enverront rien en cachette de moi.
So there it is, it is said. We shall not trouble about it any more. That is one solution.
Alors, voilà, c’est dit. On ne s’en occupera plus. C’est une solution.
Good.
Bien.
Then Emile came in the evening. That pig Jules and his mother spent three days in the country with a certain Mme Bouchardon or Bouchardier who has a son who is Jules’s friend. So he has the strength to go elsewhere, the rogue!
Alors Emile est venu le soir. Ce cochon de Jules et sa mère ont passé trois jours à la campagne chez une dame Bouchardon ou Bouchardier qui a un fils ami de Jules. C’est ça, cette canaille a la force d’aller ailleurs.
Emile also dispenses with thanks — he seems to find all of it quite natural and treats us as dear friends.
Emile aussi supprime les remerciements, il a l’air de trouver tout ça très naturel et nous traite en amis de cœur.
It seems the salmon of the other day gave Jules a ferocious appetite and he devoured it.
Il paraît que le saumon de l’autre jour a donné un appétit féroce à Jules et qu’il l’a dévoré.
He also loves chicken soup very much, and Emile asks how it is made, so Dina says it is simpler if we send him some — and he agrees that it is.
Il aime aussi beaucoup le potage au poulet et Emile demande comment se fait ce potage, alors Dina dit qu’il est plus simple que nous lui en envoyons, il le trouve en effet.
And since we received some smoked fish directly from Russia we give him some to take away in a packet. This good fellow slings it on the end of his walking stick and goes off like a pilgrim.
Et comme on a reçu du poisson fumé directement de Russie nous lui en donnons à emporter dans un paquet. Ce brave garçon le met au bout de sa canne et s’en va en pèlerin.
Well yes. All the same, I do not feel that he loves me.
Ben oui. C’est égal je ne sens pas qu’il m’aime.
We are like family — he accepts our friendship with gratitude, very simply, without affectation. He proves by this that we are good friends with whom he stands on no ceremony. And yet I do not feel at ease.
Nous sommes comme des parents, il accepte notre amitié avec reconnaissance, très simplement, sans grimaces. Il nous prouve par-là que nous sommes de bons amis avec lesquels on ne se gêne pas. Et cependant je ne me sens pas à mon aise.
I do not feel that he loves me — he has thirty people he prefers to me or loves as much as me.
Je ne sens pas qu’il m’aime, il a trente personne qu’il me préfère ou qu’il aime autant que moi.
That is unacceptable. And yet it is a thing of which one cannot reasonably complain.
C’est inacceptable. Et pourtant c’est une chose dont on ne peut se plaindre raisonnablement.
Why is it that I am very glad to spend hours with Julian or Emile and send for them, whereas I merely tolerate the Engelhardts?
Pourquoi est-ce que je suis très contente de passer des heures avec Julian ou Emile et que je les envoie chercher, tandis que je ne fais que tolérer les Engelhardt ?
That is how it is.
C’est comme ça.