Diary of Marie Bashkirtseff

Cassagnac is thirty-seven years old today.

Cassagnac a trent-sept ans aujourd'hui.

Madame de Brimont adores me, showers me with kindnesses, and kisses me as if I were her daughter. I feared for her rouge, but it holds admirably. She invites us to come this evening.

Mme de Brimont m'adore, me comble de gentillesses et m'embrasse comme si j'étais sa fille. Je craignais pour son fard mais il tient admirablement. Elle nous invite à venir ce soir.

There will be hardly anyone, but I am a little weary. "I must arrange for you to meet one evening with my old Emile de Girardin."1 At last, it is delightful. Not to mention that I am thinking of Hubertine, for whom I am Pauline Orell.

Il n'y aura presque personne mais je suis un peu lasse. "Il faut que je vous fasse rencontrer un soir avec mon vieil Emile de Girardin". Enfin, c'est à ravir. Sans compter que je pense à Hubertine pour laquelle je suis Pauline Orell.

Citizen Pauline Orell — that sounds very well indeed. I shall naturally have a sort of double existence this way. I even plan to adopt a black wig and darken my eyebrows very heavily while wearing a pince-nez. We shall see.

*La citoyenne Pauline Orell,* cela fait fort bien. J'aurai naturellement une sorte de double existence de cette manière. Je compte même adopter une perruque noire et me noircir les sourcils très forts en adoptant un pince-nez. Nous verrons.

Perhaps I shall confess everything to her while begging her not to verify my identity, for if my family discovered the matter I could not help them financially, which I intend to do in a substantial way, to the point of enabling them to have a newspaper. But we shall have difficulties all the same. Just think — of the fifteen women at Julian's, there is not one who would not laugh, or cross herself, at the idea of the emancipation of women; some out of ignorance, others because it is not proper. I was on the point of telling myself that one must send to the devil these vile creatures who do not wish to be treated as reasonable beings. They tell you: woman has beauty, etc., etc. Or else: and who will raise the children if woman engages in politics? Do all men spend their lives doing politics? We do not force woman to go speechifying in cafes, but we want her to be free to devote herself to the career that suits her best. "Let us leave woman in her place," they say. And where is her place, I ask you? What does that mean? Feudalism, castes then? The warrior, the plowman, the merchant? I rage with discouragement when I find myself faced with such inept creatures! One must preach and persuade, not rage. Until now there have only been women with no future or almost none, or republican women of the lower classes. Mothers are afraid of their husbands; young girls are afraid of not getting married.

Peut-être lui avouerai-je tout en la priant de ne pas faire vérifier mon identité, car si ma famille découvrait la chose je ne pourrais les aider pécuniairement, ce que je compte faire d'une façon sensible au point de les mettre à même d'avoir un journal. Mais *nous* aurons de la peine tout de même. Pensez-donc sur les quinze femmes de chez Julian il n'y en a pas une qui ne rirait, ou ne se signerait, à l'idée de l'émancipation de la femme, les unes par ignorance, les autres parce que ce n'est pas comme il faut. J'ai été sur le point de me dire qu'il faut envoyer au diable ces viles créatures qui ne veulent pas être traitées en créatures raisonnables. Elles vous disent, la femme a la beauté etc. etc. Ou bien: et qui élèvera les enfants si la femme fait de la politique ? Tous les hommes passent-ils leur vie à faire de la politique ? On ne force pas la femme à aller pérorer dans les cafés mais nous voulons qu'elle soit libre, de s'adonner à la carrière qui lui convient le mieux. "Laissons la femme à sa place" disent-elles. Et ou est sa place je vous prie ? Qu'est-ce que ça signifie ? La féodalité, les castes alors ? Le guerrier, le laboureur, le marchand ? J'enrage de découragement quand je me trouve en face de créatures aussi ineptes ! Il faut prêcher et persuader et non pas enrager. Jusqu'à présent il n'y a que des femmes sans avenir ou à peu près, ou des républicaines des basses classes. Les mères ont peur de leurs maris, les jeunes filles ont peur de ne pas se marier.

Notes

Emile de Girardin (1802-1881), influential French journalist and politician, founder of La Presse.