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Saturday, 31 July 1880
Samedi 31 juillet 1880
in the margin Treatment resumed this morning. Yesterday I began my painting on a size 25 canvas. The arrangement is quite simple. The two children are seated under beautiful trees with moss-covered trunks; there is a clearing at the top of the canvas through which one sees the countryside in light green. The boy, who is about ten, is seated full face, a schoolbook under his arm, his hands crossed above his left knee, gazing into space. The little girl, who is six, pulls him by the shoulder with one hand and, with the other, holds a pear. Her head is in profile; she seems to be calling him. One sees the two children only to the knees, for it is life-size.
dans la marge Traitement repris ce matin. Hier, j’ai commencé mon tableau sur une toile de 25. C’est fort simple d’arrangement. Les deux enfants sont assis sous de beaux arbres au tronc couvert de mousse; il y a une éclaircie dans le haut de la toile par laquelle on voit la campagne d’un vert clair. Le garçon, qui a une dizaine d’années, est assis de face, un livre d’école sous le bras, les mains croisées au dessus du genou gauche, les yeux dans le vague. La petite fille, qui a six ans, le tire par l’épaule d’une main et, de l’autre, tient une poire. La tête est de profil, elle a l’air de l’appeler. On voit les deux enfants jusqu’aux genoux seulement, car c’est grandeur nature.
I read what they call a bad book, Mademoiselle Giraud, My Wife1 by Belot. It was a change from The Origins of Contemporary France by Taine. I hated Belot after reading my Femme de glace2; Mademoiselle Giraud is more pleasant to read --- 270 pages in two hours. Ah! I go fast, but can one read such authors seriously? I read them when I am unwell or when I absolutely must dull my senses, forget myself without effort. And to excuse myself for reading this gibberish, I tell myself: but I am in despair, so dulled! You know very well I have read Nana; besides, there are no bad books, and yet it seems there are minds that suffer from them.
J’ai lu ce qu’on appelle un mauvais livre, “Mademoiselle Giraud, sera femme,” de Belot . Cela m’a changé des “Origines de la France contemporaine” par Taine. J’ai détesté Belot après avoir lu ma “Femme de glace”, “Mademoiselle Giraud” est plus agréable a lire - 270 pages en deux heures, ah ! je vais vite, mais peut-on lire sérieusement de pareils auteurs. Je les lis quand je suis souffrante ou quand je veux absolument m’étourdir, m’oublier sans fatigue. Et pour m’excuser, de lire ce galimatias, je me dis : mais je suis désespérée, si abrutie ! Vous savez bien j’ai lu” Nana”, du reste il n’y a pas de mauvais livres; pourtant il paraît qu ' il y a des intelligences qui s’en ressentent .
Before leaving Paris, I read Indiana by George Sand. And I assure you it is not entertaining! Having read only La Petite Fadette3, two or three other stories, and Indiana, perhaps I should not pronounce... But up to now I do not enjoy this talent at all.
Avant de quitter Paris, j’ai lu “Indiana”, de George Sand. Et je vous assure que cela n’est pas amusant ! N’ayant lu que “La Petite Fadette”, deux ou trois autres nouvelles et “Indiana”, je ne devrais peut-être pas me prononcer... Mais jusqu’à présent je ne goûte pas du tout ce talent.
And yet, for everyone to have proclaimed it so loudly... Well, I do not like it.
Pourtant, pour que tout le monde l’ait proclamé si haut... Enfin je n’aime pas cela, moi.
It is like Raphael’s Madonnas; what I see at the Louvre displeases me. I saw Italy before I could judge, and so what I saw displeased me equally. It is neither divine nor earthly, it seems to me --- it is conventional and like cardboard!
C’est comme les vierges de Raphaël; ce que je vois au Louvre me déplaît. J’ai vu l’Italie avant de pouvoir juger, et alors ce que j’ai vu m’a déplu également. Ce n’est ni divin, ni terrestre, à ce qu’il m’a semblé, c’est conventionnel et cartonneux !
It is grey outside; not having slept, I did not work. We went to La Bourboule, which is next to Mont-Dore. We met Wodzinski on a donkey. He is a little vexed that, having invited him to dinner on the Wednesday of the Fête, we left without warning him and he came and found no one; he will come here tomorrow.
Il fait gris dehors, n’ayant pas dormi je n’ai pas travaillé. Nous sommes allées à La Bourboule qui est à côté du Mont-Dore. Nous avons rencontré Wodzinski à âne. Il est un peu vexé de ce que l’ayant invité à dîner le mercredi de la Fête, nous sommes parties sans le prévenir et il est venu se casser le nez, il viendra demain ici.
I wanted to go riding... but I have no desire for anything, and when I spend a day without working I have dreadful remorse, and there are days when I can do nothing; then I tell myself that yes, if I wanted, I could, and then come quarrels with myself, and it all ends in a “let it all go! Life isn’t worth living...!” during which I smoke and read novels.
J’ai voulu monter à cheval..., mais je n’ai envie de rien et, quand je passe une journée sans travailler, j’ai d’affreux remords, et il y a des jours où je ne peux rien faire; alors je me dis que si, que si je voulais, je pourrais, et alors des querelles avec moi- même, et cela finit par un lâchez tout ! Ça n’est pas la peine de vivre... ! pendant lequel je fume et lis des romans.
I needed my calendar to know if July has thirty or thirty-one days (I never know these things).
J’avais besoin de mon calendrier pour savoir si juillet a trente ou trente et un jours (je ne sais jamais ces choses là) .
My calendar stayed in Paris, so I dream of it; I see the calendar and the number thirty-one as if it were reality.
Mon calendrier est resté à Paris, alors j’en rêve, je vois le calendrier et le chiffre trente et un comme si c’était la réalité.
It seems this happens to many people, as well as seeing places one has dreamed of several times. Thus I dreamed of the Buttes-Chaumont two days before seeing them.
Il paraît que cela arrive à beaucoup de personnes, ainsi que de voir des endroits dont on a rêvé plusieurs fois. Ainsi j’ai rêvé des Buttes-Chaumont deux jours avant de les voir.
Mont-Dore will make me ideal. In the morning I have tea and milk, at eleven more milk, and at five or six a piece of chicken or a soup. But I am not hungry; I tell you I am not living, I am sleeping.
Mont-Dore me rendra idéale. Le matin je prends du thé et du lait, à onze heures encore du lait et à cinq ou six heures un morceau de poulet ou un potage. Mais je n’ai pas faim, je vous dis que je ne vis pas, je dors.
From time to time I think of Soutzo. We parted meaning to see each other the next day. But... even if that boy truly loved me, can I content myself with that thick nature, shot through with Greek falseness? Besides, I must hold to the prediction of Edmond and of Mother Jacob.
De temps à autre je pense à Soutzo. Nous nous sommes quittés devant nous revoir le lendemain. Mais... quand même ce garçon là m’aimerait vraiment, puis-je me contenter de cette nature épaisse, panachée de fausseté grecque. Du reste il faut m’en tenir à la prédiction d’Edmond et de la mère Jacob.
The man described by them, especially by Edmond --- I seem to see him, and I shall certainly recognise him.
L’homme décrit pas eux, surtout par Edmond, il me semble le voir et je le reconnaîtrai certainement.
But this is all folly.
Mais c’est des folies.
Notes
Adolphe Belot’s novel (1870). ↩
Femme de glace: Marie’s short form of La Femme de glace, a novel by Adolphe Belot; “The Ice Woman”. ↩
La Petite Fadette: George Sand’s rustic novel of 1849; roughly “Little Fadette”. ↩