Diary of Marie Bashkirtseff

After the studio we go to Madame Gavini's dressmaker, where we find her. My aunt had been at the Basilewskys', where she saw the Linsingen woman — that vile baroness, the ever-obliging creature of the Souvoroffs and Doublts, in exchange for which she is kept by those ladies: herself, her husband, her children, and her lover.

Après l'atelier nous allons chez la couturière de Mme Gavini où nous la trouvons. Ma tante a été chez les Basilewsky ou elle a vu la Linsingen, cette sale baronne, la complaisante des Souvaroff, Doubelt, en échange de quoi elle est souvent entretenue par ces dames, elle, son mari, ses enfants et son amant.

This delightful creature is received everywhere — at Princesse Mathilde's, at the Orléans princes', at the embassies, at official government receptions.

Cette délicieuse créature va partout, chez la princesse Mathilde, chez les princes d'Orléans, aux ambassades, chez le Gouvernement.

So you understand what a state I am in. But I do not want to kill myself. What good would it do? I am just as dead here as I would be over there. If it is only a change of obscurity and oblivion, it is not worth it. Rest? Can one be quite sure of finding rest there? Once dead it will truly be over — whereas by living... I may perhaps find a way out. Oh yes, indeed...

Alors vous comprenez dans quel état je suis. Mais je ne veux pas me tuer. A quoi cela servirait-il ? Je suis aussi bien morte ici que je le serais là-bas. Si ce n'est qu'un changement d'obscurité et d'oubli, ce n'est pas la peine. Le repos ? Est-on bien sûr d'y trouver le repos. Une fois morte ce sera bien fini tandis qu'en vivant... j'en sortirai peut-être. Ah ! bien oui...

No — you see — there is no denying it, nothing to be said. One must find a way out! One must live like everyone else! And this damned present society — so varied, so convenient, so amusing... it drives me to despair and furious rages. One must get into it, one must... But how!

Non voyez vous, il n'y a pas à dire, il n'y a pas en dire. Il faut une sortie ! Il faut vivre comme les autres ! Et cette diablesse de société actuelle si variée, si commode, si amusante... cela me met dans des désespoirs et dans des rages folles. Il faut en sortir, il faut.. Mais comment !

And I have only God!

Et je n'ai que Dieu !

— I do not go to the studio — for I weep the whole evening in a flood of hot tears without being able to stop myself.

- Je ne vais pas à l'atelier parce que je pleure à chaudes larmes toute la soirée sans pouvoir me retenir.

I write to remind you that it is not so gay as you seem to believe to be buried alive at the happy age of twenty. Only do not take my complaints for personal insults, as is your habit. I am bored in the most formal and definitive manner. One must not think that a trip to Versailles is the height of happiness. And even that enormous felicity is ruined by our way of living — for it looks rather odd, women who go nowhere and know no one. You tell me I shall marry... Very well. But is that a reason to live buried? And suppose I do not marry at all? Then what? Am I to spend my whole life shut up, making myself miserable by going now and then to order dresses? It is really not serious — you cannot believe that to be an existence, and sleep easy. Everyone goes out, everyone sees one another — I alone am condemned to solitary confinement for I know not what crime. Every time I told you this, you would answer that I was in love with someone; this time, I think, such filthy insinuations cannot be invented — and I am grown up.

*J'écris pour vous rappeler qu'il n'est pas aussi gai que vous semblez le croire d'être enterrée à l'âge heureux de vingt ans. Seulement ne prenez pas mes plaintes pour des injures personnelles comme c'est votre habitude. Je m'ennuie de la façon la plus formelle et la plus définitive. Il ne faut pas croire qu'un voyage à Versailles soit le comble du bonheur. Et cette énorme félicité même est gâtée par notre façon de vivre, car enfin ça a l'air drôle des femmes qui ne vont nulle part et qui ne connaissent personne. Vous me dites que je me marierai.. Très bien. Mais est-ce une raison pour vivre enterrée ? Et supposez que je ne me marie pas du tout ? Alors quoi ? Est-ce que je dois rester toute ma vie enfermée à m'embêter à aller de temps en temps me commander des robes. Ce n'est vraiment pas sérieux, vous ne pouvez pas croire que ce soit une existence et dormir sur vos deux oreilles. Tout le monde sort, tout le monde se voit il n'y a que moi de condamnée à la réclusion pour je ne sais quel crime. Chaque fois que je vous disais cela vous me répondiez que je suis amoureuse de quelqu'un, cette fois je crois on ne peut pas inventer des saletés de ce genre et je suis grande.*

Besides, I am quite foolish to tell you all this — you know it better than I do, but you pretend not to believe it in order to infuriate me. Now what new scandal will they invent about your exile in Nice? Instead of playing the role of the Duchess of Acqua Viva there (our former property — a disgraced woman with three grown daughters — a former actress) you might perhaps bestir yourself on my behalf one-tenth as much as you bestir yourself for your dear Georges — whom may the plague strangle, suffocate, and disfigure for all eternity.

*D'ailleurs je suis bien bête de vous raconter cette histoire, vous la savez mieux que moi mais faites semblant de ne pas y croire pour m'enrager. Maintenant quel nouveau scandale va-t-on inventer sur votre exil à Nice ? Au lieu d'y jouer le rôle de la duchesse d'Acqua Viva (notre ancienne propriété une déclassée avec trois grandes filles. Ancienne actrice) vous feriez peut-être bien de vous remuer pour moi la dixième partie autant que vous vous remuez pour votre cher Georges que la peste étrangle, étouffe et défigure pour l'éternité.*

I know that you will immediately write to my aunt to ask her why I am writing this and what has happened. Needless. Nothing has happened. I might perhaps remain calm if we lived in a desert. But the sounds of the outside world reach one — one hears what is going on — and all these rages accumulated over months come one day to strangle you and make you wish to dispatch yourself to the other world. It seems to me, therefore, that you might take a little trouble and write to your ravishing Anitchkoffs — those dear and devoted friends, so elegant, so aristocratic, so well-placed — so that they may find a way to give you a letter to someone at the embassy; in short, someone to introduce you — for outside of the embassy, foreigners can do nothing, and all those who tell you otherwise are idiots or liars. You might also write to Princesse Galitzine — she has, I believe, relatives here.

*Je sais que vous allez immédiatement écrire à ma tante pour lui demander pourquoi j'écris cela et ce qui est arrivé. Inutile. Il n'est rien arrivé. Je resterais peut-être tranquille si nous vivions dans un désert. Mais les bruits du dehors arrivent, on entend ce qui se passe et toutes ces rages amassées pendant des mois viennent un jour vous étrangler et vous donner l'envie de vous expédier dans l'autre monde. Il me semble donc que vous pourriez vous donner un peu de mal et écrire à vos ravisssants Anitchkoff, ces chers et dévoués amis si élégants, aristocrates et haut placés pour qu'ils trouvent moyen de vous donner une lettre pour quelqu'un de l'ambassade, enfin qui vous présente car en dehors de l'ambassade les étrangers ne peuvent rien et tous ceux qui vous diront le contraire sont des idiots ou des menteurs. Vous pourriez aussi écrire à la princesse Galitzine, elle a je crois* des parents ici.

Finally, you might write to Pelikan. There are three people I suggest to you. Only, I beg of you, do not write to tell them that you wish to have me dance "at least once, at a ball." Simply say that, living in Paris, you have need of making connections there. (Everyone will understand that — everyone knows it is natural and indispensable — everyone except you.)

*Enfin vous pourriez écrire à Pelikan. Voilà trois personnes que je vous indique. Seulement je vous prie ne leur écrivez pas que vous désirez me faire danser "au moins une fois, au bal". Dites simplement qu'habitant Paris vous avez besoin de vous y faire des relations (tout le monde comprendra ça, tout le monde sait que c'est naturel et indispensable, tout le monde excepté vous).*

I do not think I am asking you for anything... very extraordinary — and I trust that the most holy and most intelligent Dina will not think it might damage your health. Only one must not write in a year's time — but immediately. In a year we shall perhaps all be happily rotted away.

*Je ne crois pas vous demander là quelque chose... de bien extraordinaire et j'espère que la très sainte et très intelligente Dina ne pensera pas que cela puisse nuire à votre santé.. Seulement il ne faut pas écrire dans un an mais tout de suite. Dans un an nous serons peut-être tous heureusement pourris.-*

This epistle was literally "watered with my tears" — as in Paul et Virginie.

Cette épitre a été littéralement "arrosée de mes larmes" comme dans "Paul et Virginie".

I am content, in the end — the more I am tormented, the more surely I shall be rewarded.

Je suis contente au bout du compte, plus je serai tourmentée plus sûrement je serai récompensée.

I have a cold and Rosalie attributes my red eyes to that — and as I joke about it she believes her.

Je suis enrhumée et Rosalie attribue à cela mes yeux rouges et comme je plaisante elle y croît.