Tuesday, 1 April 1879
Pour commencer j'ai annoncé à l'atelier qu'on avait tiré sur Gambetta. Cela a pris. Et puis j'ai raconté qu'une poutre ou une corniche étant tombée au Palais de l'industrie trois ou quatre toiles ont été crevées. Cela a encore mieux pris, j'étais aidée par les cinq ou six auxquelles j'avais fait Gambetta (à huit heures du matin) les autres vinrent après neuf heures et demie et Zillhardt fut si prise qu'elle s'apprêtait à y courir mais je donnai quatre sous au marchand de couleurs (un type de la maison) qui partit comme une flèche chercher des renseignements, la bonne courut après lui dans l'escalier pour ne pas éreinter inutilement cet homme qui criait - laissez-moi aller, laissez-moi aller et ne revint que quand on lui eût répété deux fois, que c'est le 1er avril.
Mais par exemple après cinq heures la leçon de harpe prise, la livraison de Duruy lue, lu encore d'autre livres, joué d'instruments de toute espèce, alors il ne restait plus rien à faire, lire encore ce serait massacrer les yeux dont j'ai besoin demain de bonne heure. Et puis je suis enrhumée et fatiguée d'hier. D'ailleurs... ça ne me fait plus rien, je vous le raconte seulement parce que cela me semble une existence singulière à mon âge avec notre fortune et en plein Paris.