Diary of Marie Bashkirtseff

Saturday [28 September 1878]
In your better hours, dear Moussia, you are yourself — that is to say, the warm-hearted child and the amiable young woman! That, believe me, is worth more than ill-bred brusqueness and lapses from politeness and good manners. At fifty, originality is a flower one puts in one's white hair; but in fair hair it is a thistle that only asses will condescend to eat!! When those around you tell you that a foolish thing is charming, you have wit enough not to feel that you are playing a false note in the human concert — you look at me, divine me, and know where you stand... You hold all the trumps needed to win the game, but you must hold your cards better. Trust in my old affection of eight years in your life, little Moussia — that is something. I adore your nature; I abominate your faults; I feel that my heart would make me snatch you from the flames — cross all Europe to come to your rescue — and yet at certain moments I would throw you out of the window! Perhaps, with all my grumbling, I am the only friend who truly wishes your happiness. In ten years, when you know life, you will know whether I speak truly. See how I brought up my daughter — and yet you will admit that in talent and worth, Marie is a person of uncommon quality. My dear Moussia, believe me — I know life and its consequences better than anyone! Society has but one code, especially for all those born to it: money, wit, talent — these are enquired into only to be envied or exploited, a fine harvest! Goodness and charm — those are the two sole forces of a woman, the two qualities cited alone, even to the credit of princesses! On that note, thank you, my dear; your Russian concert gave me only its second half — I had people to luncheon. But it made me weep.

*à votre heure chère Moussia, vous êtes vous-même, c'est-à-dire l'enfant plein de cœur et la jeune fille aimable ! Cela, croyez-moi vaut mieux que des brusqueries de mauvais goût, et des entorses à la politesse et au savoir-vivre; à cinquante ans l'originalié est une fleur qu'on met dans ses cheveux blancs, mais dans des cheveux blonds c'est un chardon que les ânes seuls veuillent bien manger !! Quand on vous dit autour de vous qu'une bêtise est charmante vous avez assez d'esprit pour ne pas sentir que vous jouez faux dans le concert humain, vous me regardez, me devinez, et savez à quoi vous en tenir... Vous avez tous les atouts dans la main pour gagner la partie, mais tenez mieux vos cartes ? Croyez en ma vieille affection de 8 ans dans votre vie, petite Moussia c'est quelque chose ?? j'adore votre nature, j'abomine vos travers, je sens que mon cœur me ferait vous arracher des flammes à traverser l'Europe pour aller à votre secours, et dans certains moments je vous jetterais par la fenêtre ! je suis peut-être avec mes bougonneries la seule amie qui veuille votre bonheur vrai. Dans dix ans, lorsque vous connaîtrez la vie vous saurez si je parle vrai ? Voyez comme j'ai élevée ma fille et pourtant vous avouerez qu'en talent et en valeur Marie est une individualité peu commune ? Ma chérie Moussia, croyez bien que je sais mieux la vie et ses conséquences que personne ! La société n'a qu'un code, surtout pour tous ceux qui sont nés; l'argent, l'esprit, le talent, on ne s'enquiert de cela que pour la jalouser ou l'exploiter, belle récolte ! La bonté et le charme voilà les deux seules forces de la femme, les deux qualités qu'on citent seules, à l'actif même des princesses ! Sur ce, merci mignonne, votre concert russe ne m'a donné que sa seconde partie? J'avais du monde à déjeuner. Mais il m'a fait pleuré.*

I embrace you with all my heart.

*Je vous embrasse de tout mon cœur.*

F. de Mouzay
Today we spent nearly four hours at an international dramatic and musical matinée.

Aujourd'hui nous sommes restés près de quatre heures à une matinée dramatique et musicale internationale.

They performed excerpts from Aristophanes in hideous costumes — so abridged, rearranged, and remade that it was dreadful. What was superb was a dramatic recitation, Christopher Columbus, delivered in Italian by Rossi.1 What a voice, what intonations, what expression, what naturalness! It was better than music... I believe it would seem admirable even to one who did not understand Italian. While I listened to him I adored him almost as much as the Deceased.

On a donné des morceaux d'Aristophane en d'affreux costumes et puis tellement abrégés, arrangés et refaits que c'était affreux. Ce qui a été superbe c'est un récit dramatique *Christophe Colomb,* dit en italien par Rossi. Quel organe, quelles intonations, quelle expression, quel naturel ! C'était mieux que de la musique... Je crois que cela paraîtrait admirable même si on ne comprenait pas l'Italien. Pendant que je l'écoutais je l'adorais presque autant que le Défunt.

Ah! what power the spoken word has, even when it is learnt, even when it is not eloquence. The handsome Mounet-Sully recited afterwards... but I shall not even speak of it.

Ah ! quelle puissance que la parole même quand elle est apprise, même quand cela n'est pas de l'éloquence. Le beau Mounet-Sully a récité ensuite... mais je n'en parlerai même pas.

Rossi creates great art; he is a great artist in his soul. I saw him at the exit speaking to two other men — he is common... he is an actor. But an artist of that degree must have a certain greatness of character even in daily life; I saw it in his eyes. He cannot be a perfectly ordinary man — but the charm exists only while he speaks... oh! then it is marvellous... The nihilists who mock the Arts!

Rossi fait du grand art, c'est un grand artiste dans l'âme; je l'ai vu à la sortie parlant à deux autres hommes, il est commun... c'est un acteur, mais un artiste à ce point doit avoir une certaine grandeur de caractère même dans la vie de tous les jours, je l'ai vu dans ses yeux; ce ne peut être un homme tout à fait ordinaire, mais le charme n'existe que tant qu'il parle... oh ! alors c'est merveilleux... Les nihilistes qui se moquent des Arts !

Notes

Ernesto Rossi (1827–1896), celebrated Italian tragic actor famous for his Shakespeare and classical roles. His dramatic recitation of Christopher Columbus was evidently a set piece in his repertoire.