Diary of Marie Bashkirtseff

Yesterday was celebrated, at the chapel of the Passionist Brothers on the avenue de la Reine-Hortense, the marriage of Monsieur Paul de Cassagnac to Mademoiselle Julia Acard. The witnesses for Monsieur Paul de Cassagnac were Monsieur de Beaupin, former prefect, and Monsieur de Loquessie, deputy for Tarn-et-Garonne. The witnesses for Mademoiselle Acard were Monsieur Couvelet, former officer, and Monsieur Clément Laurier, deputy for the Indre. Monsieur Paul de Cassagnac has not married an Italian, as was incorrectly reported, but a young and charming Alsatian, daughter of the Comte and Comtesse Stéphano Acard, a woman of superior mind, uniting the merit of beauty with the not less estimable merit of fortune. For reasons arising from a recent bereavement, the two families alone were invited, and the marriage took place in the simplest possible manner.

*Hier a été célébré, à la chapelle des Frères-Passionnistes de l'avenue de la Reine-Hortense, le mariage de M. Paul de Cassagnac ave Mlle Julia Acard.* / Les témoins de M. Paul de Cassagnac étaient M. de Beaupin, ancien préfet, et Monsieur de Loquessie, député de Tarn-et-Garonne. / Les témoins de Mlle Acard étaient M. Couvelet, ancien officier, et M. Clément Laurier, député de l'Indre. / Monsieur Paul de Cassagnac n'a pas épousé une Italienne comme on l'a dit inexactement, mais une jeune et charmante Alsacienne, fille du comte et de la comtesse Stéphano Acard, et femme d'un esprit supérieur, réunissant au mérite de la beauté le mérite non moins appréciable de la fortune. / Par des raisons tirées d'un grand deuil récent, les deux familles ont été seules conviées, et le mariage a eu lieu dans les conditions les plus simples.

It was Monsieur l'abbé Lamarche, curé of Sainte-Marie des Batignolles, who gave the nuptial blessing to the couple, in the presence of the curé of Saint-Philippe du Roule, in whose parish the bride resided, and who had been most desirous of attending the ceremony, to address to Monsieur Paul de Cassagnac words of elevated and heartfelt congratulation and encouragement. Bonds of military brotherhood united Monsieur l'abbé Lamarche with Monsieur Paul de Cassagnac. Having served the Crimean campaign as military chaplain, the curé of Sainte-Marie des Batignolles was decorated on the battlefield of Gravelotte, where he voluntarily tended the French soldiers. Making himself a prisoner so as not to be separated from them, he accompanied them into the fortresses where they were interned, and by admirable care and inexhaustible devotion he preserved and consoled hundreds of them in the dark and unhealthy casemates of northern Germany. Monsieur Paul de Cassagnac was one of the prisoners whom he rescued from the miseries and moral sufferings of captivity, and the worthy priest was certainly more moved yesterday in blessing his friend's marriage than he had been under the hail of shells in the battles fought about Metz.

*C'est M. l'abbé Lamarche, curé de Sainte-Marie des Batignolles, qui a donné la bénédiction nuptiale aux époux, en présence de M. le curé de Saint-Philippe du Roule, à la juridiction duquel appartenait la jeune mariée, et qui a tenu à assister* au mariage, pour adresser à M. Paul de Cassagnac les paroles élevées et émues de félicitation et d'encouragement. / Des souvenirs de confraternité militaires unissaient M. l'abbé Lamarche à M. Paul de Cassagnac. Après avoir fait la campagne de Crimée comme aumônier militaire, M. le curé de Sainte-Marie des Batignolles fut décoré sur le champ de bataille de Gravelotte, où il assista volontairement les soldats français. Se constituant prisonnier pour ne pas se séparer d'eux, il les accompagna dans le villes fortes où ils furent internés, et, par des soins admirables et un dévouement inépuisable, il en préserva et en consola des centaines dans les casemates sombres et malsaines de l'Allemagne du Nord. / Monsieur Paul de Cassagnc fut l'un des prisonniers qu'il arracha aux misères et aux souffrances morales de la captivité, et le digne prêtre était certainement plus ému hier en bénissant le mariage de son ami, qu'il ne l'avait été sous la pluie d'obus des batailles livrées autour de Metz.

Well, there it is! Like the death of poor Walitsky — I shall have difficulty realising the death of poor Cassagnac. First of all, the Acards are not counts but barons. It is done. It is finished. Entirely finished. It all seems utterly mad to me. Poor Cassagnac. And only 400,000 francs as dowry! Doubled after the parents' death. People say it is a great deal. Julian says it is the necessary minimum — security, rest — and that anything beyond it is profit; whereas without those twenty thousand a year one was exposed to every hazard, debts up to the neck. And after all, in a moment of need the most precious furniture sells cheap. Yes — a rosewood guéridon sold as if it were a mahogany bedside table. Say what you will — I believe Cassagnac is worth more than twenty thousand, even forty thousand francs a year.

Eh bien voilà ! C'est comme la mort de ce pauvre Walitsky, je réaliserai difficilement la mort de ce pauvre Cassagnac. D'abord les Acard ne sont pas comte mais baron. C'est fait. C'est fini. Tout à fait fini. / Cela me semble tout à fait insensé. Ce pauvre Cassagnac. Et rien que 400.000 de dot ! le Double après la mort des parents. On dit que c'est beaucoup. Julian dit que c'est le nécessaire, c'est le repos et que ce qui vient en plus est bénéfice tandis que sans ces 20.000 de rente on était exposé à tous les hasards avec des dettes jusqu'au cou. Et après tout, dans un moment de gêne les meubles les plus précieux se vendaient bon marché. Oui, un guéridon en bois de rose vendu comme une table de nuit d'acajou. / Vous direz ce que vous voudrez, je crois que Cassagnac vaut plus de 20.000 et puis 40.000 francs de rente.

I am moved by these few words in the Figaro. I have never been touched by such language, such priestly things... and then this ceremony seems to have been so simple, so dignified, so different from the clamorous ovations of Saint-Augustin. It is an act of high policy to have thus separated his two lives. What a good heart Cassagnac has — he must have entered so fully into the sanctity of the ceremony. He will adore his wife, if he did not love his fiancée. After all, it must amuse him to deal with a respectable virgin. All the natural modesty he will find adorable and will tell her: "You are an angel!" — with those intonations of infinite and charming tenderness he possesses so admirably. I am a little jealous. I am also afraid of his successes. Certainly, says Daillens — walking beside that man, one seems to be walking alongside a firework display or Venetian lanterns. What is gripping is that all the women are mad for him. I should dearly like to distribute the following announcement: Charitable souls are informed of the lamentable and unexpected end of Monsieur Paul de Cassagnac, carried off by a malign, dry, and black fever which seized him by the throat, in consequence of which he has fallen into the common pit of the discarded, whence it is impossible to retrieve him; there will therefore be no funeral. Pray for him! He has such need of it. [Crossed out: Here is my nonsense which] I feel inclined to write to him in my own name, naturally — I think it will make a good impression.

Je suis émue par ces quelques mots du "Figaro". Jamais je n'ai été touchée de ces paroles, de ces choses de prêtres... et puis cette cérémonie a l'air d'avoir été si simple, si digne, si différente des bruyantes ovations de Saint-Augustin. C'est un acte de haute politique que d'avoir ainsi séparé ses deux existences. Il a si bon cœur Cassagnac, il a dû si bien se pénétrer de la sainteté de la cérémonie. Il adorera sa femme, s'il n'aimait pas sa fiancée. Après tout cela doit l'amuser d'avoir affaire à une vierge comme il faut. / Toutes les pudeurs bien naturelles il les trouvera adorables et lui dira : "vous êtes un ange" ! avec ces intonations de tendresse infinie et charmante qu'il possède si admirablement. Je suis un peu jalouse. J'ai aussi peur de ses succès. Certes, dit de Daillens, en marchant à côté de cet homme on a l'air de marcher avec un feu d'artifice ou des lanternes vénitiennes. / Ce qui est empoignant c'est que toutes les femmes en sont folles. Je voudrais bien distribuer les lettres de faire-part suivantes : / "Les âmes charitables vous font part de la fin navrante et inattendue de M. Paul de Cassagnac saisi par une fièvre maligne noire et sèche qui lui a sauté au cou et à la suite de laquelle il est tombé dans la fosse commune des dégommés d'où il est impossible de le retirer, c'est pourquoi il n'y aura même pas de funérailles." / Priez pour lui ! il en a tant besoin. [Rayé: Voici ma bêtise que] j'ai envie de lui écrire en mon propre nom naturellement, je crois que cela fera bien.

God knows what ideas come to one sometimes... Now I wish to make a position for myself in Paris, everywhere — driven by the desire for... I know not quite what, but which concerns Cassagnac. Mouzay and his daughter dine with us and I recount to them that Mademoiselle Acard has indeed become Madame Paul de Cassagnac — but that Monsieur Paul de Cassagnac has become Monsieur Julia Acard, and that after his lying-in he will be very pale and thin and women will adore him more than ever. After all, this marriage... his wife will keep watch — provided the poor man does not die now. I have the intention, and what is worse the conviction, of meeting him again. He must appreciate me, do me justice, know me as I am in the two letters — as I am in reality.

Dieu sait les idées qui vous viennent quelquefois... à présent je veux me faire une position à Paris, partout, poussée par le désir de... je ne sais au juste quoi, mais qui regarde Cassagnac. / Mouzay et sa fille dînent et je leur raconte que Mlle Acard est bien devenue Mme Paul de Cassagnac mais que M. Paul de Cassagnac est devenu Monsieur Julia Acard, et qu'après ses premières couches il sera très pâle et maigre et que les femmes l'adoreront plus que jamais. / Après tout ce mariage... sa femme montera la garde pourvu qu'il ne meure pas maintenant le pauvre homme. J'ai l'intention et ce qui est pis la conviction de le retrouver. Il faut qu'il m'apprécie, qu'il me rende justice, qu'il me connaisse telle que je suis dans les deux lettres, telle que je suis en réalité.

Madame Gavini invites me to the Opéra. Multedo was here yesterday and today — I did not see that beautiful rose in trousers. I think all the good I say of the late Cassagnac, and it seems to me impossible to find another like him, that my sympathies, my tastes, my intelligence are bound to this man. It seems to me that I am attached to him and that it will only grow; I should not wish to say anything — I have so thoroughly dishonoured myself with my past jokes that I fear people will think it yet another piece of amorous foolishness... and I am ashamed to say nothing. I will not affirm anything so as not to have to excuse myself again. We shall see in what follows — but I must say what the case is now. It seems to me that for me there is only he who is capable of understanding me. But he is dead. And at this moment he is no doubt with his wife. Paul de Cassagnac is married. That does not prevent me from concentrating on him all my tender thoughts, [Crossed out: that will follow him through his whole existence, with besides an interest] and from confessing to myself what I dared not confess — out of superstition — while he was alive. That is to say that I have little by little become attached to him despite myself, and that morally I have nestled close to him, and I rest against his broad chest as I did during that last visit in the rue de Boulogne. I regret having written that — I may change my mind, may be mistaken, which would be a profanation. But I repeat: it is not a passing fancy — it is rather an Idea over which many things have passed and may pass still, while it continues to grow. [Written across the page: I have stopped myself a hundred times from telling you this nonsense, and I regret it the moment after writing it. These are, I repeat, fantasies that the pen makes heavy and disfigures.] I am not too angry; I have been expecting it for three months already and have grown accustomed to it. I have not shed a single tear — not even of anger. I regret having related this nonsense; I believe after all that I had need to lay on someone's head the volume of affection that heaven has granted me. The investment is made; I am no longer anxious. What absurdity I talk! No — seriously — you will never know of what adorations I am capable. I should wish to be double so that my second self could prostrate itself before the first, because the first has the honour of being on her knees before him. The ancients were wrong to represent Love as they did — Love is the woman who loves. Vulgar-feeling people. And yet I had forbidden myself to treat the serious things of Love lightly. One ought to write that word only in extreme cases, in definitive circumstances — and here I jest with it again to speak of things that may after all be serious despite whatever strangeness that would imply. I have read novels of Parisian manners where one finds quite extraordinary things, even in Balzac... and then ideas come to one of conducting an intrigue... Good God — pray do not think I am vulgarly in love with the late Cassagnac. You do not think so. That would be stupid and even sordid. I have great affection for him; I fear and hope that it will go on increasing and that one day I shall love him... For, to be frank with you, I should not care to love another — he would not deserve it... who knows... let us look among the celebrated, discover a great man... it will never be that... Here we have the knight, [word blacked out: the braggart,] the Don Juan with a good heart, and the whole of it poeticised, embellished, elevated, magnified by those words: man of politics. And the whole of it has fallen into the trough of marriage — which one would excuse only in one's own favour. But he belongs to another woman... bah! If I come to love him I shall separate him from her; I shall take him for myself. But at present it is a question of something else, especially if I truly wish to arrive at those ends that are mad enough and reprehensible. One must be famous to give him regrets; one must marry, etc., etc. In truth, this changes nothing in my plans — whether I love or love no one, I shall act the same.

Madame Gavini m'invite à l'Opéra. Multedo a été ici hier et aujourd'hui, je n'ai pas vu cette belle rose en culottes. / Je pense tout le bien que je dis de feu Cassagnac et il me semble qu'il est impossible d'en trouver un autre pareil et que mes sympathies, mes goûts, mon intelligence se lient à cet homme. Il me semble que j'y suis attachée et que cela ira croissant; je ne voudrais rien dire, je me suis tellement souillée par mes plaisanteries passées, que je crains qu'on pense que c'est encore quelque bêtise d'amour... et je suis honteuse de [ne] rien dire. Je ne veux rien affirmer pour ne pas avoir de nouveau à m'excuser. Nous verrons cela dans la suite mais je dois dire ce qui en est maintenant. Il me semble que pour moi il n'y a que lui capable de me comprendre. / Mais il est mort. Et à présent il est sans doute avec sa femme. Paul de Cassagnac est marié. Cela ne m'empêche pas de concentrer sur lui toutes mes pensées tendres, [Rayé: cela le suivra dans toute son existence, avec en plus un inérêt ] et de m'avouer ce que je n'osais m'avouer par superstition, tant qu'il était vivant. / C'est-à-dire que je m'y suis peu attachée malgré moi et que moralement je me suis blottie auprès de lui et je m'appuie sur sa large poitrine comme pendant la dernière visite à la rue de Boulogne. Je regrette d'avoir écrit cela, je puis changer d'avis, me tromper, ce qui serait une profanation. / Mais je le répète, ce n'est pas une toquade, c'est plutôt une Idée par dessus laquelle ont passé et passeront peut-être encore bien des choses pendant qu'elle grandira toujours. / [En travers: Je me suis cent fois retenue de vous dire ces bêtises, je les regrette aussitôt après les avoir écrites. Ce sont je vous le répète des fantaisies que la plume alourdit et défigure.] / Je ne suis pas trop furieuse, je m'y attendais depuis trois mois déjà, je m'y suis habituée; je n'ai pas versé une seule larme pas même de colère. Je regrette d'avoir raconté ces bêtises, je crois après tout que j'avais besoin de déposer sur la tête de quelqu'un le volume d'affection qui m'a été accordé par le ciel. Le placement est fait, je ne suis plus inquiète. Quelle absurdité je dis ! / Non sérieusement vous ne saurez jamais de quelles adorations je serais capable. Je voudrais être double pour que ma seconde moi se prosternât devant la première parce que la première à l'honneur d'être à genoux devant lui. Les anciens ont tort de représenter l'Amour comme ils l'ont fait, ('Amour c'est la femme qui aime. Les gens aux sentiments vulgaires. / J'avais pourtant défendu de traiter légèrement les choses sérieuses de l'Amour. On ne devrait écrire ce mot qu'en des cas extrêmes, en des circonstances définitives et j'en plaisante de nouveau pour parler de choses qui après tout peuvent être sérieuses malgré ce que ça aurait de bizarre. J'ai lu des romans de mœurs parisiennes où on trouve des choses bien extraordinaires, dans Balzac même... et alors, il vous vient des idées de mener une intrigue... / Mon Dieu, pourvu que vous ne pensiez que je suis tout vulgairement amoureuse de feu - Cassagnac. Vous ne le pensez pas. Ce serait bête et même sale. / J'ai beaucoup d'affection pour lui, je crains et j'espère que cela va marcher en augmentant et qu'un jour je l'aimerai... Car, à vous dire franchement je n'aimerais pas aimer un autre, il ne le mériterait pas... qui sait... cherchons parmi les célébrités, découvrons un grand homme... ce ne sera jamais ça... Ici il y a le chevalier, [Mot noirci : le matamore ] le Don Juan avec un bon cœur, et le tout est poétisé, embelli, élevé, grandi par ce mot : homme politique. / Et le tout est tombé dans le baquet du mariage ! Que l'on n'excuserait qu'en sa propre faveur. / Mais il est à une autre femme... bah ! si j'arrive à l'aimer je l'en séparerai, je le prendrai pour moi. / Mais pour le moment il s'agit d'autre chose surtout si je veux vraiment arriver à ces fins assez folles et mauvaises. Il faut être célèbre pour lui donner des regrets, il faut me marier etc. etc. Au fait, cela ne change rien à mes projets, que j'aime ou que je n'aime personne j'agirai de même.

Well — this preoccupation no longer exists. He is married; it is finished. His successes will spur me on as Breslau's drawings spur me on. One must affirm nothing; let us recount what takes place. This is not a novel where one emphasises certain things because one knows how it will end. Fie! That fellow ought not to have married. Either he is in love, or he was ensnared, or he is not what I thought. He would be a thousand times more interesting alone.

Enfin, cette préoccupation n'existe plus. Il est marié c'est fini. Ses succès me pouseront comme me poussent les dessins de Breslau. / Il ne faut rien affirmer, racontons ce qui se passe; ce n'est pas un roman où on appuie sur certaines choses parce qu'on sait comment cela finira. / Fi ! ce garçon n'aurait pas dû se marier. Ou bien il aime ou il a été entortillé ou il n'est pas ce que je pensais. Il serait, mille fois plus intéressant seul.