## Jeudi 21 décembre 1876
Je me disais avant qu'un trop vif chagrin ne pouvait durer, qu'il survenait toujours ou une amélioration ou une fin quelconque... Je me trompais. [En marge: Passages écrits au milieu du 21 décembre] J'entre tout doucement en fureur et je pousse la monstruosité... jusqu'à briser des verres et des chaises avec beaucoup de sang-froid. Puis... je me promène dans mon appartement que j'ai illuminé et je parle tout haut me plaignant et m'étonnant de ma conduite triviale. Pourquoi Rome et tout ce qui s'en suit, me font-ils frissonner ? Et c'est par ma faute que je n'y puis aller ! Si je n'avais pas poussé maman... Ah ! c'est égal, il y a toujours quelque chose ! toujours quelque faute !
## Vendredi 22 décembre 1876
- Nous avons l'air d'aller à Rome, dit tout à coup ma tante. - C'est vrai, répondis-je. - N'est-ce pas ? fit maman. - Prenez garde, repris-je, ne me tentez pas. - Oh ! ho ! - Eh pourquoi n'irait-elle pas ? dit maman. - À Rome ? demanda ma tante. - Mais oui, qu'elle y aille avec toi pour un jour, comme vous êtes. - Je trouve l'idée bonne. Sitôt imaginé, sitôt décidé. Je dis les objets qu'on devait m'expédier à San Remo d'où j'irai à Rome. À Menton se croisent les trains, dans celui qui venait d'Italie je reconnus mon père. Il fallut appeler, m'agiter, d'ailleurs il m'avait reconnu aussi et vint avec nous à San Remo. La princesse vint me prendre à l'hôtel et m'amena à la villa Rocca où se trouve pour le moment toute la famille des singes,
Enfin j'ai parlé sérieusement en des termes précis et brefs, avec mon fichu-père. Et il m'a répondu que dans quelques jours seulement il me donnerait une réponse définitive, il faut attendre comme une faveur cette décision. Lui qui n'a jamais donné un rouble pour l'éducation de ses enfants, c'est lui qui... Enfin !
## Samedi 23 décembre 1876
Si j'emmenais mon père ? Il y consent mais avec maman et pour deux jours. Cet arrangement présente plusieurs avantages, aussi celui de voyager sans dépenses. En attendant maman à qui j'ai télégraphié de venir je passe quelques heures à la villa Rocca. Ma tante, héroïque créature, reste seule à s'ennuyer. Elle ne veut naturellement pas se mêler aux gens que je fréquente. Mais voyez-vous le rôle que joue cette femme par mon caprice ? Je l'adore. L'Opéra de San Remo s'ouvre ce soir, on prend la loge du prince Amédée et on va, moi et ma tante.
## Dimanche 24 décembre 1876
Nous sommes partis hier de San Remo, mon père, ma mère et moi, comme une honnête famille qui a toujours été ensemble.