# Jeudi 21 décembre 1876

Jeudi 21 décembre 1876

Je me disais avant qu'un trop vif chagrin ne pouvait durer, qu'il survenait toujours ou une amélioration ou une fin quelconque... Je me trompais. [En marge: Passages écrits au milieu du 21 décembre] J'entre tout doucement en fureur et je pousse la monstruosité... jusqu'à briser des verres et des chaises avec beaucoup de sang-froid. Puis... je me promène dans mon appartement que j'ai illuminé et je parle tout haut me plaignant et m'étonnant de ma conduite triviale. Pourquoi Rome et tout ce qui s'en suit, me font-ils frissonner ? Et c'est par ma faute que je n'y puis aller ! Si je n'avais pas poussé maman... Ah ! c'est égal, il y a toujours quelque chose ! toujours quelque faute !

Vendredi 22 décembre 1876

la princesse, son amant italien, Hélène, sa fille, Lola et son mari, l'italien Sperandio. En les regardant on proclamerait : Darwin grand ! Si ça n'était une dure extrémité je ne me serais jamais encanaillée avec ces gens. Mais ils sont très gais vraiment.
Enfin j'ai parlé sérieusement en des termes précis et brefs, avec mon fichu-père. Et il m'a répondu que dans quelques jours seulement il me donnerait une réponse définitive, il faut attendre comme une faveur cette décision. Lui qui n'a jamais donné un rouble pour l'éducation de ses enfants, c'est lui qui... Enfin !

Samedi 23 décembre 1876

Il y a des sorokas ici, un surtout qui a fait beaucoup de frais pour attirer mon attention. On donnait le "Rigoletto", tout le monde en Italie sait chanter, par conséquent ce n'a pas été trop mal. Mon père et Sperandio le mari de la sœur de Pacha, sont venus dans notre loge, et puis... Ah ! oui, maman est arrivée, nous avons soupé ensemble. J'ai payé pour rendre mon père plus... généreux.

Dimanche 24 décembre 1876

Ce que j'ai pensé durant le voyage ! Mais de charmantes rêveries, des fantaisies dans les nuages, dominaient tous les autres sentiments et me composaient, comme d'habitude, une vie détachée des choses humaines. État fort agréable interrompu par l'arrêt du train auprès de la station d'Albisola, à cause de l'éboulement de la voie. Il fallut descendre, empoigner son bagage et marcher pendant quelques minutes à la rencontre d'un train qui était venu nous chercher. Le tout à la lueur tremblante de torches, ce qui sur un horizon noir et au bruit des flots en courroux a été fort pittoresque. Cet accident nous fit lier conversation avec nos compagnons de voyage, dont un militaire. Ils nous portèrent nos sacs et nous soutinrent nous-mêmes pendant le difficile trajet. L'officier était un homme assez instruit et intelligent, aussi à son étonnement le conduisis-je dans une conversation sérieuse et extravagante même... politique.