Diary of Marie Bashkirtseff

# Samedi, 16 septembre 1876 (4 septembre) - Deception and Honor

I have perjured myself — I gave my word of honour while lying — but I got myself out of an unpleasant scrape.

Je me suis parjurée, j'ai donné ma parole d'honneur en mentant, mais je me suis tirée d'un pas désagréable.

In the letter Maman wrote to me she says: serre-la à Gritsa Miloradovitch — which means: shake hands with Gritz Miloradovitch.

Dans la lettre que m'écrit maman, elle dit : *serre-la à Gritsa Miloradovitch*, ce qui veut dire : serre la main à Gritz Miloradovitch.

Given my father's suspicions, our conversation of yesterday, and the rumours circulating in town, when I handed him the letter to read I blotted those lines with ink — but he managed to decipher and guess their content. Those words would have passed unnoticed, but blotted out they assumed a ridiculous importance; not knowing what else to do, I smiled and told my father he was a poor guesser.

Vu, les soupçons de mon père et notre conversation d'hier, et les bruits qui courent en ville, en donnant à lire à mon père cette lettre, je tachai d'encre ces lignes, mais il parvint à déchiffrer et à deviner. Ces mots auraient passés inaperçus, mais effacés ils acquéraient une importance ridicule, aussi ne sachant que faire je souris en disant que mon père était un médiocre devin.

— You want, my dear, to argue the false in order to learn the true!

— Tu veux, mon cher, en plaidant le faux savoir le vrai !

— What — you deny it? he cried, dumbfounded.

— Comment tu nies ? s'écria-t-il stupéfait.

— Yes, I deny it.

— Oui, je nie.

— Your word of honour?

— Ta parole d'honneur ?

— My word of honour! Would you dare doubt it, Papa?

— Ma parole d'honneur ! Oserais-tu en douter mon père?

— Oh! he said, is it possible — I am thunderstruck by such audacity.

— Oh ! fit-il, est-il possible, je suis foudroyé par tant d'audace.

— If I did not take your words for a stratagem to make me confess the truth, I would take offence; but I merely laugh.

— Si je ne prenais pas tes paroles pour une ruse afin de me faire avouer le *vrai,* je m'offenserais; mais je ne fais que rire.

— You give your word of honour?

— Tu donnes ta parole d'honneur ?

— Yes, and I swear before God!

— Oui, et je jure devant Dieu !

How dreadful.

Quelle horreur.

My father was not at all convinced, and I had lied for nothing — shamefully so. It is always shameful to lie, and once one has violated one's given word, there is no longer any barrier between lies and conscience.

Mon père n'était pas du tout convaincu et j'avais menti pour rien, donc honteusement. Il est toujours honteux de mentir, et une fois qu'on a violé sa parole, il n'y a plus de barrière contre le mensonge et la conscience.

I went alone to church and prayed with all my soul — there was no one to be observed by, no one to be seen by. There was no one but myself, the priest, and the deacon.

Je m'en allai seule à l'église et je priai de toute mon âme, il n'y avait qui regarder, à qui se faire voir. Il n'y avait que moi, le prêtre et le diacre.

My father took me for a walk, and we had barely sat down to table when he said:

Mon père m'emmène promener et à peine fûmes-nous à table qu'il dit :

— Ah! Marie, your diplomacy is poor!

— Ah ! Marie, ta diplomatie est mauvaise !

Then, to prove my innocence and above all my naivety, I recounted the whole affair, arguing in particular the pointlessness of blotting out something so simple and then denying it with a lie.

Alors pour prouver mon innocence et surtout ma naïveté je racontai l'affaire, alléguant surtout l'inutilité d'effacer une chose aussi simple et de la nier en mentant.

I did not know how to get out of it — my father had clearly seen Gritz's name, and after so much discussion I could no longer confess.

Je ne savais comment sortir de là, mon père avait bien vu le nom de Gritz, après tant de discussions je ne pouvais plus avouer.

— Ah, how clever Papa is! I cried, casting about for a fresh lie.

- Ah ! comme papa est rusé ! m'écriais-je en cherchant un nouveau mensonge.

He argues the false in order to get me to tell him the true. I grant it — you are clever, you see through me, you know that I cannot keep a secret, and you employ just the right means to make me tell you everything. Ah! But no — this time I shall not say it. I forbid myself to say it!

Il plaide le faux pour que je lui raconte le vrai. J'en conviens, tu es adroit, tu me devines, tu sais que je ne peux rien garder en secret et tu emploies le bon moyen pour que je te dise tout. Ah ! mais non, cette fois je ne dirai pas, je me défends de le dire !

I racked my brains and grew desperate.

Je me creusais la tête et me désespérais.

My father continued his disbelief — and he was perfectly right.

Mon père continuait son incrédulité, et il avait bien raison.

— Look here, I said, I am going to fetch that famous letter and you shall all decipher it! What extraordinary people you are here, good Lord! What harm is there in greeting Gritz Miloradovitch? And why would I hide it?

- Tenez, dis-je, je vais chercher cette fameuse lettre et vous déchiffrerez tous ! Que l'on est extraordinaire ici, Bon Dieu ! Quel mal y aurait-il à saluer Gritz Miloradovitch ? Et pourquoi le cacherais-je ?

Paul ran after me; I tore out the piece, burnt it, gave the letter to Paul and ordered him to say he had picked it up from the floor before me.

Paul courut derrière moi, j'arrachai le morceau, je le brûlai, je donnai la lettre à Paul et lui ordonnai de dire qu'il l'avait prise avant moi sur le tapis.

— That is exactly what I needed, said my father, pointing to the torn letter and smiling:

- C'est tout ce qu'il me fallait, dit mon père en désignant la lettre déchirée, et en souriant :

— Well then, since that is how things stand, I shall yield to your stratagems and tell the Princess everything! Come, my aunt.

- Eh bien, puisqu'il en est ainsi je vais donc céder à tes ruses et je raconterai tout à la Princesse ! Venez, ma tante.

I had found my solution. Gritz and Count (Grof) resemble each other in Russian as in French; Miloradovitch and Merjeewsky likewise, especially in Russian — in the letter's meaning the ending is Miloradovitchou, just as it would be Merjeeskomou.

J'avais trouvé. Gritz et Grof se ressemblent en russe comme en français, Miloradovitch et Merjeewsky aussi, surtout en russe, dans le sens de la lettre la terminaison est Miloradovitchou comme Merjeeskomou.

— You see, Princess, I began with an air of great mystery and prodigious naturalness. You see — you have heard talk, two years ago, of a certain Count Merjeevsky?

— Vous voyez Princesse, commençai-je avec un grand air de mystère et un naturel prodigieux. Vous voyez, vous avez entendu, il y a deux ans parler d'un certain comte Merjeevsky ?

— Yes, yes.

— Oui, oui.

— Well then, you also know that I was fifteen at the time and detested him?

- Eh bien, vous savez aussi que j'avais quinze ans alors et que je le détestais ?

— Yes.

- Oui.

— And on top of everything he was not rich, you understand.

— Et avec cela il n'était pas riche, vous comprenez.

— Very well.

— Très bien.

— Well, here is the story: this gentleman has just inherited a vast fortune. My mother informed me of this in a previous letter — the one I did not give my father, the one I took to my room and locked away — you remember?

- Eh bien voici quelle aventure, ce monsieur vient d'hériter d'une immense fortune, ma mère m'en avertit dans une lettre précédente, celle que je n'ai pas donnée à mon père, celle que j'ai emportée chez moi et enfermée, vous vous souvenez ?

— Yes, yes — and then?

— Oui, oui, après ?

— Then, my mother... you know what a mother is...

- Après, ma mère... vous savez ce que c'est qu'une mère...

Well, you know, a mother always strives, always seeks what she calls her daughter's good — well, my mother speaks to me of renewing acquaintance with the count who is currently in Kharkoff, but I have done nothing about it, I detest — you know what that means in my case. And in this letter, in the famous one, she tells me: give my regards to Count Merjeevsky — as a piece of advice, a reminder. You see the resemblance?

Eh bien, mais vous savez une mère tâche toujours, cherche toujours le soi-disant bien de sa fille, eh bien, ma mère me parle de revoir le comte qui est en ce moment à Harkoff mais je n'en ai rien fait, je déteste, vous savez ce que cela veut dire chez moi. Et dans cette lettre-ci, dans la fameuse, elle me dit : serre de ma part la main Graphou Merjeeskom ou en guise de conseil, de souvenir. [Mots noircis: vous voyez] la ressemblance ?

— Ah! Ha! I understand!

- Ah ! ha, je comprends !

— You see, only, please do not repeat this; it is very simple, but there are certain things which, once repeated, become difficult to... well, it is very delicate — a mother's solicitude can be turned into ridicule or into something mercenary and ugly... so, Natalia Pavlovna, I am counting on you, are I not?... and...

- [Mots noircis: vous voyez], seulement, ne le racontez pas; c'est très simple, mais il y a de certaines choses qui répétées sont difficiles à... enfin c'est très délicat, la sollicitude maternelle peut être tournée en ridicule ou en un calcul mercenaire, vilain... ainsi, Natalaia Pavlovna, je compte n'est-ce pas? sur vous... et...

— Oh! Mousse, be easy — I shall say nothing. [Crossed out: I have understood.]

- Oh ! Mousse, soyez tranquille, je ne dirai rien, [Mots rayés: j'ai compris.]

All this is to say that I might have been put to better use than deceiving a hunchbacked aunt and a short-sighted father.

Tout cela c'est pour vous dire que j'aurais pu servir à autre chose qu'à tromper une tante bossue et un père myope.

Triumphant henceforth, I returned to the table. My father will know everything this evening or tomorrow.

Triomphante désormais je me remis à table. Mon père saura tout ce soir ou demain.

[In the margin, crosswise: I am an idiot.]

[En travers: Je suis idiote.]

It is wicked but well contrived. One must have audacity! Throughout the entire day I was not troubled for a single instant, and to all the teasing and smiles of disbelief I responded with smiles full of assurance and perfect composure. And having found my story, I told it as something that had been tormenting my tongue for a long time and that I was at last forced to say — driven to it by my father's manoeuvres.

C'est vilain mais bien trouvé. Ayez de l'audace ! Pendant toute cette journée je ne me suis pas troublée un instant et, aux taquineries et aux sourires d'incrédulité, je répondais par des sourires pleins d'assurance et de calme parfait. Et ayant trouvé ma *blague je* la dis comme une chose qui me tourmentait la langue depuis longtemps et que j'étais enfin forcée de dire, poussée à bout par les manœuvres de mon père.

[In the margin, crosswise: I am an idiot.]

[En travers: Je suis idiote.]

On the other hand I continue to be pleased — the Governor's and his wife's flatteries have increased Monsieur Constantin's esteem for me; the effect I produce flatters him; and for my part I am not displeased to know that people say: "You know, the Bashkirtseff daughter — a great beauty."

D'un autre côté je continue à être contente, les flatteries du gouverneur et de sa femme ont augmenté l'estime de M. Constantin pour moi; l'effet que je produis le flatte; d'ailleurs je ne suis pas fâchée moi-même de savoir qu'on dit : "Vous savez, la fille de Bashkirtseff, est une grande beauté."

The poor fools — have they seen nothing then?

Ces pauvres imbéciles, ils n'ont donc rien vu ?