Friday, 7 July 1876
Caroline is an angel of wit — I ordered a Capuchin monk's costume from her and she did not so much as raise an eyebrow.1# Vendredi 7 juillet 1876
J'ai été chez Mouzay.
- Quel dommage, dit-elle, que vous veniez trois jours trop tard, je vous aurais présentée à ma vieille amie la comtesse Garcia, dont la fille est mariée au comte Antonelli, l'autre jour elle est venue chez moi me dire adieu et je lui ai dit : Vous savez, j'ai une petite amie qui va peut-être devenir cousine de votre fille, elle est courtisée par un des petits Antonelli ; seulement, ai-je ajouté, je ne crois pas qu'elle le trouve assez riche pour elle. Alors la comtesse Garcia me dit : Plaisantez-vous ma chère ! mais ces Antonelli ont une fortune immense, ils ont hérité de trois millions de leur oncle le banquier, et le cardinal qui a vingt millions, vingt millions !
- Enfin, Madame, dis-je, je veux bien épouser le petit pourvu que le cardinal devienne pape.
Cette excellente femme me croit un prodige, un génie, digne d'un trône. Elle est si sincère, si bonne !
Après m'être fatiguée à commander, essayer, choisir, nous allons aux Champs-Elysées et rencontrons les Durand. Plus loin Rémy, au balcon, il me reconnut le premier et se mit à faire des signes avec les mains, alors je le reconnus aussi. J'ai l'ennui d'avoir la vue basse mais heureusement cela ne se voit pas à mes yeux qui sont bien ouverts et jolis.
Il fait horriblement chaud.
Après un dîner assez bon, je suis allée au salon de l'hôtel qui est connu, on le sait, immense et splendide et j'y ai fait une agréable rencontre. Celle de Miss Rice, cette Américaine que nous connaissons depuis longtemps. C'est une grosse personne rieuse et aimable.
Je pense trop à Antonelli, en soutenant mon imagination je me fais une seconde vie, qui éclipse la vie réelle au point que je ne parle presque plus et, en voiture, au lieu de regarder les passants je me compose des histoires.
Ce n'est pas que je l'aime beaucoup, mais c'est lui qui m'occupe, qui est le premier candidat pour le moment ; et mon âge, la chaleur et l'ennui, quelque diable aussi peut-être me poussant, comme l'âne de la Fontaine, je me plais à rêver.
J'ai entendu avec un vif plaisir dire à de Mouzay qu'elle a connu les Antonelli il y a sept ans chez la Garcia. Pietro avait seize ans alors, et moi dix.
Je me souviens quand Pietro me disait dans ces moments de tristesse et de découragement :
- C'est ma faute si je suis si mal avec mes parents, ils ne demandaient pas mieux que de m'aimer, quand j'ai eu quinze, seize ans, ma mère m'a conduit dans le monde, on me montrait dans les salons, on me flattait, on me faisait parler, et mes parents me regardaient comme le futur représentant de la famille. Car mes frères, ajoutait-il en riant, mes frères sont si petits, si petits ! Quand j'ai eu besoin d'argent à Vicence, j'ai dit au Juif qui allait m'en prêter que je n'avais pas de quoi rendre, alors il m'a dit : Soyez tranquille, Excellence, vos parents payeront ; vos frères sont laids et petits, vos parents ont besoin de vous pour améliorer la race des Antonelli.
Mme de Mouzay, se souvient de la comtesse Antonelli comme d'une femme jeune encore, très élégante, très petite, et dont on parlait beaucoup et qui allait beaucoup dans le monde.
Camilla Folchi s'est mariée à quinze ans, le Sauvage a vingt-huit ans, vingt-huit et quinze, non seize, font quarante-quatre ans. Il y a sept ans, elle en avait donc trente-sept seulement. Son mari a soixante-quatre ans !
Tout cela m'intéresse, m'occupe.
Ah ! quand donc finira cette vie de bohème, de magasins ? Quand donc vivrai-je comme tout le monde ?
Quand nous logions à la villa d'Acquaviva, nous étions si bien ! Mes mères allaient dans le monde ! Sans doute on ne parlait pas beaucoup de nous parce que j'étais encore enfant mais tout le monde venait nous voir.
Ah ! miséricorde !
Je ne peux pas penser à cela sans que mon cœur se déchire !
Je suis misérable 1
Grand Dieu ! Ayez pitié de moi !