Sunday, 25 June 1876
I am in an appalling mood — I am miserable! My every eccentricity is being indulged; I have them all today.# Dimanche 25 juin 1876
Le ciel, gros d'orage hier, a éclaté en pluie. Il fait très bon. Ah ! si je pouvais me rafraîchir par des larmes.
Trompée, méprisée., et par qui ! !
Et puis cette vanité, ce monde qui m'attire, cette *gloriae cupiditate...* J'en ai parlé calmement avec mes mères. Le seul moyen c'est d'amener M. Bashkirtseff avec moi, un maréchal de noblesse c'est toujours quelque chose. Il doit bien me faire cette grâce de me conduire dans le monde, lui qui n'a jamais rien fait pour moi, pour ma mère, qui a nui en tout et toujours. D'ailleurs je ne lui veux pas du mal, je serai une fille douce et aimable pourvu qu'il me fasse revivre ! Je lui donnerai l'argent... Il faut aller en Russie.
Il semble que ce voyage soit une chimère. Mon Dieu aidez-moi !
Impatientée, je vous écris ceci, fichus lecteurs. Ma plus grande rage et celle qui a engendré toutes ces paroles d'amour a été d'avoir pris au sérieux quelque chose dont j'aurais dû rire à cause du peu d'importance du monsieur.
C'est surtout maintenant que je suis furieuse... ça se comprend que diable. On croit voir un seigneur volage, fou, intraitable. Et qu'est-ce qu'on découvre ? que ce n'est qu'un jeune homme qui se conduit mal.
Au nom de tout l'ennui que j'ai de m'être abaissée je vous supplie de croire que pas un instant Antonelli ne m'a plu. Quand je disais je l'aime, c'était à un être invisible.
Je vais vous confier enfin quelque chose...... c'est que par vanité j'ai de la répugnance à dénigrer Antonelli, chaque fois que je veux le diminuer je m'arrête pour laisser à vous autres l'idée que c'était un homme important et un roman sérieux.
Au bout du compte je le déteste, non par dépit mais par l'humiliation que j'en ai eu.