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Thursday, 18 December 1874
Jeudi, 18 décembre 1874
Un froid de loups, nous nous promenâmes couvertes d’une belle fourrure de renard bleu avec Florence. Enoteas et Terffidua (Saëtone et Audiffret retournés) se promènent, puis nous passèrent vite comme un éclair, Lewin et Clémentine. Pourvu que la rosse ne dérange pas ce ménage.
We had chocolate at the Cercle de la Méditerranée — at Rumpelmayer’s.
Nous avons pris du chocolat au cercle de la Méditerranée chez Rumpelmayer.
Paul — that lost, wretched creature — is hardly ever seen at home; he spends his life in the lowest company, in the servants’ clubs, in taverns, and so forth. He borrows money everywhere and runs up debts. After the events at Ostend, what was to be expected? My mother has tried everything — anger, tolerance, tenderness, severity — and she has forgotten the one thing that might perhaps save him: firmness. She has none; it is not her fault. This boy is so corrupt and vicious that the only thing that can save him — and save us — is his death. When my mother speaks to him he pays no attention to what she says, as if he were deaf, or as if her reproaches did not concern him. Such callousness, such corruption in so young a being, is both revolting and terrible!
Paul, ce malheureux perdu, ne paraît presque jamais, il passe sa vie au milieu de tout ce qu’il y a de plus bas, dans les clubs des domestiques, dans les buvettes etc. etc. Il emprunte de l’argent partout, fait des dettes. Après les événements d’Ostende que pouvait-on attendre. Ma mère a essayé de tout, de la colère, de la tolérance, de la tendresse, de la sévérité, elle a oublié une chose, la seule qui pourrait peut-être le sauver, la fermeté ! Elle n’en a pas, ce n’est point de sa faute. Ce garçon est tellement corrompu et vicieux que la seule chose qui peut le sauver et nous sauver c’est sa mort. Quand ma mère lui parle il ne fait aucune attention à ce qu’elle dit, comme s’il était sourd ou comme si ces reproches ne le concernaient pas. C’est révoltant et terrible un pareil endurcissement, une telle corruption dans un être si jeune !
Everyone will blame the mother — and what can she do with such a monster?
Tout le monde accusera la mère et que peut-elle avec ce monstre !
From the school of Hactius at Geneva — a school of great repute — she was obliged to remove him. She placed him with Wash; she removed him from there too, because they would not keep him. At the lycée — a serious, classical state establishment — the same thing happened. At last this poor mother resolved to keep him at home and prepare him for the university. She called for him and spoke to him gently; begged him to mend his ways; wept. He wept too — the hypocrite! — but did not take in the excellent arguments she offered. She took him on a journey, hoping that away from Nice, away from the bad company into which he had fallen, he might reform in her company — and then at Ostend he showed how thoroughly reformed he was. [Between the lines: the proud Duke3] She wished to take him to Germany and place him in a strict school, but she had no money and was obliged to bring him back to Nice — where she learned of Émile’s death. That death moved her deeply; she called Paul again; he wept and begged her to let him stay near her, promising to behave — and she had the weakness to yield, and to believe him.
De l’école de Hactius à Genève, école de grande renommée elle se vit obligée de le prendre, elle le plaça chez Wash, de là elle le prit également parce qu’on ne voulait pas le garder, au lycée, établissement d’Etat, sérieux et classique, la même chose arrive. Enfin cette pauvre mère résolut de le garder à la maison, de le préparer pour l’université, elle l’appela et lui parla avec douceur, le supplia de se corriger, pleura, il pleura aussi l’hypocrite ! mais n’entendit pas les excellentes raisons qu’elle lui donnait. Elle l’emmena en voyage, espérant qu’éloigné de Nice, de la mauvaise société où il était tombé, que près d’elle il se corrigerait alors à Ostende il prouva combien il l’était. [Entre deux lignes: Duk superbus] Elle voulut le conduire en Allemagne et l’établir dans une école sévère mais elle n’avait pas d’argent et fut obligée de le ramener à Nice, où elle apprit la mort d’Emile, cette mort l’émut profondément, elle appela encore Paul qui pleura et la supplia de le laisser près d’elle promettant de bien se conduire, elle eut la faiblesse de céder, elle le crut.
It is impossible to say how vicious he is! When she spoke to him of Ostend, he showed not the slightest emotion and maintained a hideously indifferent composure.
Il est impossible de dire à quel point il est vicieux ! Quand elle lui parla d’Ostende il ne s’émut pas le moins du monde et garda une contenance hideusement indifférente.
Today a policeman4 came asking for him — but no one knows where he is; does one ever? What can he have done? He has stolen, perhaps. Ah! How painful it is to know that this creature is my brother! His vices can grow no larger — or else he cannot go on living; for if they increase with age he will be a monster beyond conceiving, a monster that cannot exist, a monster such as has never yet been on earth. At present he already has every vice a man can have — ah, I forget murder... That is still lacking. But no — he will not be a murderer. To kill, one still needs a certain greatness of soul5; he is too vile, too base, too filthy. He will rot in his wretchedness.
Aujourd’hui un policeman est venu le demander, mais on ne sait où il est, le sait-on jamais ? Que peut-il avoir fait. Il a volé peut-être. Ah ! qu’il m’est pénible de savoir que cette créature est mon frère ! Ses vices ne peuvent plus grandir ou il ne peut plus vivre car s’ils augmentent avec l’âge il sera un monstre comme on ne peut en concevoir, un monstre qui ne peut exister, un monstre comme il n’y en a jamais eu sur terre, à présent il a tous les vices qu’un homme peut avoir, ah j’oublie l’assassinat... C’est ce qui lui manque encore. Mais non, il ne sera pas assassin, pour tuer il faut encore une certaine grandeur d’âme, il est trop vil, trop bas, trop sale. Il pourrira dans sa misère.
Friday, 18 December 1874
Vendredi 18 décembre 1874
“Filth: public contempt, family shame” — says La vraie clef des songes by Lucimius.
- Ordure : mépris public, honte dans la famille - dit la véritable clef des songes par Lucimius.
The fulfilment of last Friday’s dream was not long in coming, as will be seen. This morning, as I was making Victor jump — that beautiful, good creature — my mother hands me a letter and tells me to go read it in my room and bring it back.
L’accomplissement du rêve que j’ai fait vendredi dernier ne se fait pas longtemps attendre comme on va le voir. Ce matin comme je faisais sauter Victor, cette belle et bonne bête, ma mère me donne une lettre et me disant de l’aller lire chez moi et de la lui rapporter.
Here it is, more or less:
La voilà à peu près exacte:
Madame Nadejda Stepanovna — after mature reflection, I have decided6.
Madame Nadejda Stepanovna, après mûre réflexion, j’ai jugé.
No — I do not remember it well enough to write it out; she the letter says that after reflecting she thinks — (who is “she”? I have not yet said) — has decided that she will on no account bring her children to a house where the young ladies frequent gaming tables; that in matters of education she would never see eye to eye with Madame Romanoff, to whom the letter is addressed; and that it is better to part, for nothing is more disagreeable than forced relations. That she regrets it infinitely, for Maria7 is a charming, likeable, and agreeable woman — but alas! why such a weak mother!
Non, je ne me souviens pas assez pour l’écrire, elle y cette lettre dit que après voir réfléchi elle pense, (qui elle ? je ne l’ai pas encore dit) a décidé qu’elle ne veut pour rien au monde conduire ses enfants dans une maison où les jeunes filles fréquentent les tables de jeu, que sous le rapport de l’éducation elle ne serait jamais d’accord avec Mme Romanoff, à qui la lettre est adressée, et qu’il vaut mieux se séparer, car il n’y a rien de plus désagréable que des relations forcées. Qu’elle regrette infiniment, car Maria est une femme charmante, sympathique et aimable mais hélas ! pourquoi si faible mère !
Signed, Julie Howard.
Signé Julie Howard.
Furious and red with anger, I would not let it show; and having composed my face as best I could, I went back and returned the letter — to which my aunt replied:
Indignée et rouge de colère je ne voulus pas paraître, et ayant changé de figure autant que j’ai pu je retournai et rendis la lettre. A laquelle lettre ma tante répondit:
Copied letter · Lettre de Nadine Romanoff à Mme Howard, décembre 1874You must have noticed yourself that our relations have been quite different from what they were, following certain rumours that have reached me. You unjustly slander our young ladies, who went to Monaco no more and no less than your own. As for the education of children and young ladies, our methods differ entirely — that is true. For me, as for any respectable, honest woman, a young girl’s name is sacred; whereas you choose to slander children with such levity.8Vous avez dû remarquer vous-même que nos relations sont toutes autres qu’elles n’étaient auparavant à la suite de certains bruits parvenus jusqu’à moi. Vous calomniez injustement nos jeunes filles qui sont allées à Monaco autant et pas plus que les vôtres. Quant à ce qui touche à l’éducation des enfants et des jeunes filles nos manières diffèrent tout à fait cela est vrai. Pour moi comme pour toute autre femme comme il faut et honnête le nom d’une jeune fille est sacré tandis que vous vous décidez à calomnier des enfants avec tant de légèreté.Nadejda Romanoff9. At your service.Nadeja Romanoff. Prête à vous rendre service.
A letter which I admire and respect.
Lettre que j’admire et respecte.
As for the effect this affair produced on me — what am I to say? I had almost expected it, for being so grieved about our position, I expect nothing but affronts. But what revolts me is the infamy of the slander! When, for heaven’s sake, do I go to Monte Carlo? On the day of a shooting competition, or of an illumination — and there is only one illumination a year. Every young lady in Nice goes as much as I do. Fie! Am I reduced to justifying myself when I am not guilty? No — what is vile, what is cowardly — above all from a mother — is to use a child, a young girl, as a pretext and slander her before anyone knows what she is! For she cannot seriously believe what she says. The business originates with my aunt Tutcheff and with Boutowksy — a depraved woman if ever there was one — and with Hélène; for since last year she has been jealous of me in a manner too visible for me not to see it. And there is cause enough! She is ambitious and cunning. When we first knew this family, neither Hélène nor Lise (still less so) had any notion of manners or elegance; by copying me little by little they began to dress more neatly — many silk dresses were made for them, feathered hats, etc. Then Hélène’s admiration turned to envy, and while continuing to copy me she pretended to think herself superior. The more she dressed up, the less she succeeded; I never had many dresses but was always well turned out — above all since Mademoiselle de Galve helped me understand the value of simplicity. At the matinée they gave, I was the best-dressed of all — whereupon Madame Bariakinsky said:
Quant à l’effet produit sur moi par cette aventure, qu’en dirai-je ? Je m’y attendais presque, car étant si chagrinée de notre position, je ne m’attends qu’à des affronts, mais ce qui me révolte c’est l’infamie de la calomnie ! quand donc, Bon Dieu, vais-je à Monte-Carlo ? Le jour d’un Tir ou d’une illumination et encore d’illuminations il n’y en a qu’une par an. Toutes les jeunes filles à Nice y vont autant que moi. Fi ! m’abaissai-je jusqu’à me justifier quand je ne suis point coupable. Non, ce qui est vil, ce qui est lâche, de la part d’une mère surtout, c’est de prendre pour prétexte une enfant, une jeune fille, et de la calomnier avant que l’on sache ce qu’elle est ! Car, sérieusement elle ne peut croire à ce qu’elle dit. La chose vient de ma tante Tutcheff et de la Boutowksy, femme dépravée s’il en fut, et de Hélène, car depuis l’année dernière elle me jalouse surtout d’une façon trop visible pour que je ne le voie pas. Et il y a de quoi ! Elle est ambitieuse, rusée. Quand nous avons connu cette famille, Hélène ni à plus forte raison Lise n’avaient aucune idée de manières, d’élégance, en me copiant peu à peu elles s’habillèrent plus proprement, on leur fit beaucoup de robes de soie, des chapeaux à plumes etc. alors Hélène changea l’admiration en envie et tout en continuant de me copier faisait mine de se croire mieux. Plus elle s’habillait moins elle réussissait, je n’avais jamais beaucoup de robes mais étais toujours bien mise, surtout depuis que Mlle de Galve me fit comprendre la simplicité. A la matinée qu’ils donnèrent j’étais la mieux de toutes, c’est alors que Mme Bariakinsky dit:
“Who is that remarkably distinguished and well-bred child?”
- Qui est cette enfant si distinguée et comme il faut.
And again I heard with my own ears another woman, or the same, say:
Et encore j’ai entendu de mes propres oreilles une autre ou la même dire:
“What a charming young girl10.”
- Quelle charmante jeune fille.
It was at this same matinée — which I attended as a child, and only because it was at the home of friends — that Woerman pretended to pay court to me.
C’est à cette même matinée que j’assistais comme petite fille et parce que c’était chez des amis, que Woerman fit semblant de me faire la cour.
Well — she is satisfied now; at their Tuesday matinée she will doubtless be the best-dressed, given the sorry company they will have.
Enfin la voilà satisfaite car à leur matinée de mardi elle sera sans doute la mieux vu la grande misère du monde qu’ils auront.
I drove out in the carriage and saw Lambertye — I was not even surprised, and looked at him as I look at Saëtone. I walked with Sabatini. Copland — or was it Plantus? — kept insisting on taking me to see some wild flowers or other, but I shook him off — Thank God.11 I am, one might say, displaying my languages: several people, having heard me speak Italian, then English, then French, then Russian, showed faces of astonishment at hearing me speak a different language each time.
Je sortis en voiture et je vis Lambertye; je ne fus même pas surprise et le regardais comme Saëtone. J’ai marché avec Sabatini. Copland où Plantus voulut à toutes forces me mener voir je ne sais quelles fleurs sauvages mais je m’en suis débarrassée Gracias a Dios. Je fais pour ainsi dire étalage de langues, plusieurs personnes m’ayant entendue parler italien, puis anglais, puis français et enfin russe montrèrent des faces étonnées de m’entendre chaque fois parler une langue différente.
I am not shouting, but the Promenade is not very wide, and as one passes one catches a word or two — enough to recognise what language is being spoken, especially when one is listening.
Je ne crie pas, mais la Promenade n’est pas bien large et en passant on attrape bien quelques mots, assez pour reconnaître dans quelles langues ils sont dits, surtout quand on écoute.
I am fortunate enough to speak four living languages and to be studying a dead one — Latin — which I shall speak, God willing; for I study it with love12 and find it the most beautiful of all.
J’ai le bonheur de parler quatre langues vivantes et d’étudier une morte, la latine, que je parlerai avec l’aide de Dieu, car je l’étudie con amore et la trouve la plus belle de toutes.
While Copland was accosting me I saw all the Galve family — at least there are some proper people.
Pendant que Copland m’accostait j’ai vu tous les Galve, voilà au moins des gens propres.
Notes
“A wolf-cold” — un froid de loups: French idiom for bitter, penetrating cold. ↩
“Enoteas” = Saëtone backwards; “Terffidua” = Audiffret backwards. Marie’s reverse-spelling privacy device. ↩
In Latin in the original: Duk superbus (“the proud/arrogant Duke”). Written between the lines as an interlinear annotation; possibly a reference to the Duke of Hamilton. ↩
In English in the original. ↩
In French in the original: grandeur d’âme. ↩
Written in Russian in the manuscript; French translation by the editor. ↩
Written in Russian in the manuscript; French translation by the editor. ↩
Written in Russian in the manuscript; French translation by the editor. ↩
Written in Russian in the manuscript; French translation by the editor. ↩
Written in Russian in the manuscript; French translation by the editor. ↩
In Spanish in the original: Gracias a Dios. ↩
In Italian in the original: con amore — i.e. with passionate devotion. ↩