Diary of Marie Bashkirtseff

Dimanche, 7 juin 1874

It rains (gray dress). I had enormous trouble doing my hair. Maman and Dina went ahead to church; I came after with Paul, but too late -- I do not go in. We go to the deacon's, then to the hotel, then back again; in short there is a heap of muddles that end when we go to the races. Despite the rain there is an enormous crowd, for everyone hoped it would be fine towards three o'clock, which indeed it was. I bet three times and each time I guessed right -- I say guessed because I won [Crossed out: almost] trifles, but I had the great pleasure of guessing. Each time I bet by inspiration, or I chose a favorite.

Il pleut (robe grise) j'eus peine énorme à me coiffer. Maman et Dina partirent en avant pour l'église, je vins après avec Paul, mais trop tard, je n'entre pas. On va chez le diacre, puis à l'hôtel, puis on revient; enfin il y a un tas de méli-mélos qui finissent lorsque nous allons aux courses. Malgré la pluie il y a foule énorme, car tout le monde espérait qu'il ferait beau vers trois heures, ce qui arriva en effet. J'ai parié trois fois et toutes les fois j'ai *deviné*, je dis deviné parce que j'ai gagné (Rayé: presque] des riens, mais j'eus le grand plaisir de deviner. Toutes les fois j'ai parié par inspiration ou je choisissais un favori.

I keep the programme of this day.

Je garde le programme de ce jour.

I set off very gay, having dreamed of crayfish, which is "immense!" I was in expectation of some great pleasure; I imagined a thousand follies -- now it seemed to me that they would present Fedus and Baron de Rothschild to us, that we should go to the grandstands, surrounded, and I radiant. [Crossed out: It was indeed a] It would truly be an immense celebration for my poor vain and proud character. It is the truth, and I had promised always to tell it, as far as possible, in this diary. Now I imagined that I would win a thousand francs (only that! oh, times of misery!) and that we would remain still longer in this cursed and adored hell.

Je m'en allais très gaie, ayant rêvé écrevisses ce qui est "immense !". J'étais en expectation de quelque grand plaisir, je me représentais mille bêtises, tantôt il me semblait qu'on va nous présenter Fedus et le baron de Rothschild, que nous irions aux tribunes, entourées et moi, radieuse. [Rayé: C'était en effet une] Ce serait vraiment une fête immense pour mon pauvre caractère vaniteux et superbe. C'est la vérité et j'avais promis de la toujours dire, autant que possible dans ce journal. Tantôt je m'imaginais que je gagnerais mille francs (seulement, oh ! temps de misère !) et que nous resterions encore dans cet enfer maudit et adoré.

For we are excessively straitened; it is abominable to say, but I am forced to deny myself dresses -- and that is a humiliating privation. Maman scarcely dresses. It is abominable! If the Russian affairs were [settled, we could with our income live perfectly well, more than well, since at this moment with perhaps a thousand francs in the common purse we pay sixty francs for a landau and keep up appearances. Let anyone complain! I find that God takes care of us, for without a head, without a guide, we are not reduced to hardships but on the contrary live well and buy properties for two hundred thousand francs without money! I must say more: at this moment the villa is not yet paid for, the Russian affairs are going badly, and in my ambitious and extravagant head I conceive -- vaguely, it is true -- the plan of buying a private mansion in Paris. I do not like mediocrities, and as in Nice we are (by the grace of God) on the Promenade des Anglais, so in Paris (still with the indulgence and extreme goodness of God) we should be well placed, well housed, well furnished! What is lacking, alas! -- what troubles me, what drives me to despair is that we do not live in society. People who are welcome everywhere, and at home everywhere when they wish, can no doubt spit on society; but those who cannot! (or who have not yet tried -- I have the madness and the happiness of always hoping). Ah! It is a very great humiliation and privation, always speaking in worldly terms, for seriously there is only God; but as long as we live (my pen, which had slowed, flies!), as long as human passions^1^ stir within us -- my God, be merciful!

Car nous sommes excessivement gênés; c'est abominable à dire mais je suis contrainte de me refuser des robes; or c'est une privation humiliante. Maman s'habille à peine. C'est abominable ! Si les affaires de Russie étaient [arrangées nous pourrions avec nos revenus vivre parfaitement bien, plus que bien, puisque, en ce moment avec peut-être mille francs dans la caisse commune nous payons soixante francs un landau et faisons figure. Qu'on se plaigne > Je trouve que Dieu prend soin de nous car, sans chef, sans guide, nous ne sommes pas réduits à des désagréments, mais au contraire vivons bien et achetons des propriétés de deux cent mille francs sans argent ! Il faut dire plus, en ce moment la villa n'est pas encore payée, les affaires de Russie ne marchent pas, et dans ma tête ambitieuse et extravagante je conçois, vaguement il est vrai, le projet d'acheter un hôtel à Paris. Je n'aime pas les médiocrités et comme à Nice nous sommes (par la grâce de Dieu) à la promenade des Anglais, de même à Paris (toujours avec l'indulgence et la bonté extrême de Dieu) nous serions bien placés, bien logés, bien meublés ! Ce qui manque hélas ! ce qui me trouble, me désespère c'est que nous ne vivons pas en société. Les gens qui sont partout les bienvenus, et partout chez eux lorsqu'ils veulent, peuvent sans doute cracher sur le monde; mais ceux qui ne peuvent pas ! (ou qui n'ont pas encore essayé, j'ai la folie et le bonheur de toujours espérer). Ah ! c'est une bien grande humiliation et privation, toujours parlant mondainement car sérieusement il n'y que Dieu, mais tant que nous vivons (ma plume qui s'était ralentie, vole !), tant que les passions¹ humaines s'agitent en nous, mon Dieu, soyez clément !

Let us return to the races, to the rain, to the fine weather (I have said my prayer). I find myself lacking money -- it is ugly. I have noticed that when one reads and the hero or the heroine, or simply some character, is short of money, one feels an unease; one would like to skip the passage -- it seems devoid of interest and dry!!

Revenons aux courses, à la pluie, au beau temps (j'ai fait ma prière). Je me trouve manquant d'argent c'est vilain. J'ai remarqué que lorsqu'on lit et que le héros ou l'héroïne, ou simplement quelque personnage manque d'argent, on ressent un malaise, on voudrait passer l'endroit, il semble dépourvu d'intérêt et sec !!

There is the effect it has on me. Well, I myself am short of money! It is nauseating.

Voilà l'effet que ça me fait. Eh bien moi-même je manque d'argent ! C'est nauséabond.

I should take great care not to marry a poverino1; first, my marriage would serve no purpose since it would change nothing in my position, and then I could not respect a wretch; I could not satisfy my fancies, my desires, and I should be unhappy. Because of this my character would become hideous and I should drive my husband mad -- mad to the point of drowning himself. It would be the ruin of an entire family.

Je me garderais bien d'épouser un *poverino,* d'abord mon mariage ne servirait à rien puisqu'il ne changerait rien à ma position, et ensuite je ne pourrais pas respecter un misérable, je ne pourrais pas satisfaire à mes fantaisies, à mes désirs et je serais malheureuse, à cause de cela mon caractère deviendrait hideux et je rendrais fou mon mari; fou au point de se noyer. Ce serait le malheur de toute une famille.

^1^ I use this word for the first time.

¹ J'emploie ce mot pour la première fois

Because at present I deprive myself of certain useless things, I bear our life, etc. etc., and I keep up good courage; I do not let myself go; I preserve my cheerful humor because I hope for a change -- that change is marriage. Now if I marry without changing anything, I bring four misfortunes: my own, that of the wretch who will be my husband, that of my family, and his. One sees, therefore, that it is with a most Christian purpose that I pray God to marry me as I wish. By a happy chance, for which I am and shall always be grateful to God (one may well say, bravo!), until now the men who suit me in every way are the only ones who please me. I therefore commit no baseness, nor any vile and degrading action.

Parce que maintenant je me prive de certaines choses inutiles, je supporte notre vie, etc. etc. et je fais bon courage, je ne me laisse pas aller, je conserve ma joyeuse humeur parce que j'espère un changement; ce changement, c'est le mariage. Or si je me marie sans rien changer je fais quatre malheurs, le mien, celui du malheureux qui sera mon mari, celui de ma famille et de la sienne. On voit donc que c'est dans un but très chrétien que je prie Dieu de me marier comme j'aime. Par un heureux hasard, dont je suis et serai toujours reconnaissante à Dieu *(on peut dire à la bonne heure)* jusqu'à présent les hommes qui me conviennent en tous points, me plaisent seuls. Je ne commets donc aucune bassesse, ni aucune action vilaine et dégradante.

The races were more diverting than usual; I guessed right, as I have just said, and then the sight of horses, of jockeys, and of a racecourse produces a charming effect on me. I dare not breathe when the horses, those noble beasts, approach the finish. The dullest races are always divine at the moment when the horses run.

Les courses étaient plus divertissantes que de coutume, je devinais comme je viens de le dire et puis la vue de chevaux, de jockeys et d'un champ de courses produit sur moi un effet charmant. Je n'ose pas respirer lorsque les chevaux, ces nobles bêtes, touchent au but. Les courses les plus tristes sont toujours divines au moment où courent les chevaux.

Never have I seen so many people as on the way back -- it was immense!

Jamais je n'ai vu tant de monde qu'au retour, c'était *immense !*

One more carriage would find no room -- nowhere to throw an apple,2 as they say in Russia. I was not pleased with myself; I felt badly coiffed, and the little black hat never suits me, especially with a tired face and eyes that squint from the light. No one I care about saw me.

Une voiture de plus ne trouverait plus de place, ★nulle part où jeter une pomme* comme on dit en Russie. Je n'étais pas contente de moi, je me sentais mal coiffée, et le petit chapeau noir ne me va jamais bien, surtout avec une face fatiguée et les yeux *qui clignent* à cause de la lumière. Personne à qui je tiens ne me vit.

We turned towards the Bois near the rond-point. [Crossed out: Before. Coming from the races, we] We had met Wittgenstein, or rather we saw him pass in a carriage -- in a cab or a mediocre carriage; I thought I saw livery -- before reaching the Champs-Elysees. And as always, at the very moment I caught sight of him, Maman said: There is Wittgenstein, alone.3

Nous tournâmes vers le Bois près du rond-point. [Rayé: Avant. En venant des courses, on] Nous avions rencontré Wittgenstein, ou plutôt nous le vîmes passer, en voiture, en fiacre ou en médiocre voiture, il m'a semblé voir une livrée, avant d'arriver aux Champs-Elysées. Et comme toujours au moment où je l'apercevais, maman dit: *Voilà Wittgenstein seul*.

These words were said in a tone almost of admiration -- I can find no other word -- then: There indeed is a fiance.4 These were pronounced in a tone of covetousness. I replied with a smile I had not time to suppress, which said yes, it is true. At that moment Dina: Just the thing for Moussia; she likes drunkards.5 I: -- Moussia does not like drunkards6; I said only that I would bear that much better than other things.

Ces mots étaient dits d'un ton presque d'admiration, je ne trouve pas autre chose puis: *Voilà bien un fiancé.* Ceux-ci étaient prononcés d'un ton de convoitise. Je répondis par un sourire que je n'eus pas le temps de réprimer et qui disait *oui, c'est vrai ,* en ce moment Dina: *Juste ce qu'il faut pour Moussia, elle aime les ivrognes*. Moi: - *Moussia n'aime pas les ivrognes*, j'ai dit seulement que je supporterais cela beaucoup mieux qu'autre chose.

I looked at him,^2^ this worthy prince; he is a little rumpled, but I do not like stiffness.

Je l'ai regardé ² ce digne prince, il est un peu chiffonné, mais je n'aime pas la raideur.

^2^ As I do everyone else, not as I used to do with Boreel. He did not see me.

² Comme le reste, pas comme je faisais avec Boreel. Il ne m'a pas vue.

I like neither dresses that look new, nor men who look young, like red apples. Paul makes fun of me, saying I only like people of forty; it is almost true -- I much prefer men from thirty onwards.

Je n'aime ni les robes qui ont l'air neuves, ni les hommes qui ont l'air jeune, comme des pommes rouges. Paul se moque de moi, disant que je n'aime que les gens de quarante ans, c'est presque vrai, j'aime beaucoup mieux les hommes à partir de trente ans.

Yesterday I had a sort of waking dream. Two speeches, one by the Duke of Hamilton, the other by the Prince de Wittgenstein. I always place them side by side involuntarily. I was drawing a distinction between these two men. I should no longer speak of the other, since mulier habuit.7 But since with me all is pure fantasy, I may. I drew the Prince de Wittgenstein; as for the other, one must see him again to speak of him. I shall remember this dream, in due time.

J'ai fait hier une espèce de rêve *éveillé*. Deux discours, un du duc de Hamilton, l'autre du prince de Wittgenstein. Je les mets toujours à côté involontairement. J'établissais une différence entre ces deux hommes. Je ne devrais plus parler de l'autre puisque *mulier habuit.* Mais comme chez moi tout est pure fantaisie je puis. Je dessinai le prince de Wittgenstein, quant à l'autre il faut le revoir pour en parler. Je me souviendrai de ce rêve, en temps et lieu.

I am indisposed and tired; it comes from my hat.

Je suis indisposée et fatiguée, cela provient de mon chapeau.

Miserere!8

Miséréré !

We saw Moreno with three other gentlemen in a landau, the Dimanse. He bowed each time with his smiles and his habitual affectation. Dina was saying what he might be telling those gentlemen about Maman, so I said: "Eet ees a lady 'oo was een love weeth me" -- Maman and Dina said something I did not notice. I:

Nous vîmes Moreno avec trois autres messieurs en landau, le *Dimansé.* Il salua toutes les fois avec ses sourires et son affectation de toujours. Dina disait ce qu'il pouvait dire de maman à ces messieurs, alors je dis "C'est oune dame qui était amorose de moua", maman et Dina dirent quelque chose que je n'ai pas remarqué. Moi :

-- No, he will not say that; he will say: "Eet ees a red-'aired lady zat I 'ave known very well."

- Non, il ne dira point cela, il dira: "C'est oune dame rousse que z'ai boucoup connue".

Maman was astonished.

Maman resta étonnée.

-- Where do you know such expressions from?9

- *D'où est-ce que tu connais ces expressions* ?

I blushed with pleasure. This man, for having simply paid a simple court to Maman, gives himself -- I am sure of it -- airs of a Don Juan. Creature worthy of pity!

Je rougis de plaisir. Cet homme pour avoir simplement fait une simple cour à maman, se donne j'en suis sûre des airs de Don Juan. Créature digne de pitié !

It is not for me to judge, which I take care not to do; I say only that I think Maman wholly innocent, and that in her innocence she lets herself be led along like a girl of fifteen, and one can easily believe her less pure than she is. For example, she often gives to understand that she was "the mistress, the mistress of the King." Which is false; she half implies it through false pride. One day, exasperated, I told her what I thought about it; she blushed. For consider: if it is true, there is nothing to boast of; if it is not true, it is stupid, foolish, and humiliating to wish to make people believe it.

Ce n'est pas à moi de juger, ce que je me garde bien de faire, je dis seulement que je pense maman toute innocente et que dans son innocence elle se laisse entraîner comme une fille de quinze ans, et on peut facilement la croire moins pure qu'elle ne l'est. Par exemple elle fait souvent entendre qu'elle a été "la maîtresse, la maîtresse du roi ' Ce qui est faux, elle le fait entendre à demi par un faux orgueil. Un jour, exaspérée, je lui dis ce que je pensais sur cela, elle a rougi. Car voyons, si c'est vrai il n'y a pas de quoi se vanter, si ce n'est pas vrai, c'est stupide, bête et humiliant de le vouloir faire croire".

How prodigal I am with paper! Fortunately the pen glides well and I am not tired, but my mind is tired and will serve me no more for this evening. And a fitful sleep until dinner. We did not dine until eight o'clock, and the crayfish appeared to me in vain -- no immense joy; perhaps my dream was thinking that the pleasure of seeing...

Que je suis prodigue de papier ! Heureusement la plume glisse bien et je ne suis pas fatiguée, mais mon esprit est fatigué et ne veut plus me servir pour ce soir. *Et un sommeil différent jusqu'au dîner*. Nous ne dînâmes qu'à huit heures et les écrevisses m'apparurent en vain, aucune joie *immense ;* peut-être mon rêve pensait que le plaisir de voir...

Notes

Poverino: Italian, "poor fellow."
Russian expression for extreme crowding.
Maman's remark in Russian.
Maman's remark in Russian.
Dina's remark in Russian. Moussia: Marie's Russian pet name.
Marie's reply in Russian.
Mulier habuit: Latin, "he has a wife" -- Hamilton is married.
Miserere: Latin, "Have mercy" (Psalm 51).
Maman's remark in Russian.