Diary of Marie Bashkirtseff

His marriage is definitely fixed for the 10th of December -- in twelve days.

Son marriage est définitivement fixé pour le 10 décembre, dans douze jours. J'ai lu cela au *thé* et j'ai arraché cette page pour la conserver. C'est une grande affaire que le marriage du duc de Hamilton, du plus grand mauvais sujet du monde, tout le monde s'en occupe. Je voudrais pouvoir dire ce que je sens mais tout ce que je puis faire c'est de jeter la plume et de me cacher le visage avec les mains... comme je viens de faire.

My face was covered in blotches, my eyes became small, and my nose grew long. I am pitiful.

Ma figure se couvrit de taches, mes yeux devinrent petits, et mon nez s'allongea. Je suis pitoyable.

I am ashamed of myself; I am wretched. I am once more in a fog; and to my misfortune the sun is fierce today and makes me miserable -- it crushes me, it burns me. Since that newspaper I have kept my eyes lowered and looked hurried all day long, until the promenade, when I became nonchalant. I could scarcely play; my fingers are limp and stiff. Every moment I swallow tears. She has everything, I nothing. She has wealth, society, entertainments, balls, beauty no doubt, and finally him. I am shut up in Nice, in the Buffa, in this wretched Nice, surrounded -- not even by dusty people -- ignored by society (one must not laugh at me; I do not say that I myself must be known, but my family, my mother, so that on becoming a young lady I may take the place that my mother would have prepared for me in society). I am not starving; I have dresses and I drive in a landau -- that is true! But...

J'ai honte de moi-même, je suis misérable. Je suis de nouveau dans un brouillard; et pour mon malheur le soleil est ardent aujourd'hui et me rend malheureuse, il m'écrase, il me brûle. Depuis cette gazette j'ai baissé les yeux et avais l'air pressée toute la journée jusqu'à la promenade, alors je devins nonchalante. Je ne pouvais presque pas jouer, les doigts sont mous et raides. J'avale à chaque instant des larmes. Elle a tout, moi rien. Elle a la richesse, le monde, les fêtes, les bals, la beauté sans doute et enfin lui. Moi, je suis enfermée à Nice dans la Buffa, dans cette misérable Nice, entourée et pas même de poussiéreux, ignorée du monde (il ne faut pas se moquer de moi, je ne dis pas que je dois être connue, moi, mais ma famille, ma mère afin que je puisse prendre, en devenant jeune fille, la place qui me serait préparée par ma mère en société), je ne meurs pas de faim, j'ai des robes et je me promène en landau, c'est vrai ! mais...

Oh, how I envy her! It seems to me that on seeing her my eyes would start from their sockets, so would I look at her with hatred and fury. (I weep a little.) Since I learned that the heart is tilted to the left by its point, and that this little point moves like the tail of an eel, I speak of it no more, but I suffer all the same. In my study I reread these lines a hundred times: The Duke of Hamilton -- The marriage of the Duke of Hamilton to Lady Mary Louise Elisabeth Montagu, eldest daughter of the Duke and Duchess of Manchester, is definitively fixed and will be solemnised at... on the 10th Dec. Each time my hands trembled a little and my eyes fixed on an unknown point. ^[Newspaper clipping in English in the original.]

Oh ! que je l'envie; il me semble qu'en la voyant mes yeux sortiraient de leurs orbites tant je la regarderais avec haine et fureur (je pleure un peu) depuis que je sais que le cœur est incliné par sa pointe à gauche et que cette petite pointe bouge comme la queue d'une anguille, je n'en parle plus, mais je souffre tout de même. Dans ma salle d'étude je relisais cent fois ces lignes - The duke of Hamilton - The marriage of the duke of Hamilton to lady *Mary* Louise Elisabeth Montagu eldest daughter of the duke and duchess of Manchester is definitively fixed and will be solemnised at... on the 10th Dec.- Chaque fois mes mains tremblaient un peu et mes yeux fixaient un point inconnu.

I tried to read, but I understand nothing! How he must love her! How happy she is! How unhappy I am! How I suffer, my God!

J'essayais de lire mais je ne comprends rien ! Comme il doit l'aimer ! Comme elle est heureuse ! Comme je suis malheureuse ! Que je souffre mon Dieu !

At two o'clock I go to the garden where Bete is; everyone has gone to see Seraphine. I bestemmia Nice, the sun, and the whole world -- Baquis, the Buffa, and everything, everything. ^["Bestemmia" -- I curse -- in Italian in the original.]

A deux heures je vais au jardin où est Bête, tous sont allés voir Séraphine. Je *bestemmia* Nice, le soleil et le monde entier, Baquis, la Buffa et tout, tout.

They read to me from the Russian newspaper that in Moscow they gave Patti thirty enormous bouquets; five hundred were thrown; the whole stage was covered. She was sublime in the role that is not her usual one -- Marguerite in Faust. They gave her a magnificent brooch, called her back a hundred times, and she burst into tears. This account agitated me even more.

On m'a lu dans le journal russe qu'à Moscou on a donné trente énormes bouquets à Patti, on en a jeté cinq cents, toute la scène en était couverte. Elle était sublime dans le *rôle qui ne lui est pas habituel* de Marguerite de Faust. On lui donna une magnifique broche, on la rappela cent fois et elle fondit en larmes. Ce récit m'a énervée encore plus.

We go out (blue dress and hat, not bad). I hate Nice, the sea, the sun, the flies of the Strait, the carriages, the very air. I should like to hide far, far away, where there is no one; then I should come to myself again. What I feel -- I feel jealousy, love, rage, envy, fury, disappointment, wounded pride -- everything hideous in this world. Above all I feel his loss; I love him! If only I could put into my saying that I love him all that is in my heart, pour in my whole soul, and be left empty.

Nous sortons (robe bleue et chapeau pas mal). Je hais Nice, la mer, le soleil, les *mouches* du détroit, les voitures, l'air même. Je voudrais me cacher loin, loin, où il n'y eut personne; alors je reviendrais à moi. Ce que je sens - je sens la jalousie, l'amour, la rage, l'envie, la fureur, la déception, l'amour-propre blessé, tout ce qu'il y a de hideux dans ce monde. Par-dessus tout je sens sa perte, je l'aime ! Que ne puis-je faire dire à ce que je l'aime tout ce que j'ai dans le cœur, y mettre toute mon âme et rester vide.