Diary of Marie Bashkirtseff

-- Yes, but in my opinion, how happy she was when she saw Hamilton's relative.

- Oui, mais à mon avis comme elle a été heureuse quand elle a vu le parent d'Hamilton.

-- That is absurd; I am equally pleased by everything. It seems to me that one may rejoice if someone respectable arrives.

- C'est absurde, je suis également contente de tout, il me semble que l'on peut se réjouir si quelqu'un de convenable arrive.

My tiresome lessons -- I have not even the time to say that I love him, to speak of him. At this moment I saw him as on the day when he was passing us and we were coming home with Collignon into Acqua Viva. It was the first time I saw him in Nice after Baden.

Mes ennuyeuses leçons, je n'ai même pas le temps de dire que je l'aime, de parler de lui. En ce moment je l'ai vu comme un jour lorsqu'il nous passait et nous rentrions avec Collignon dans Acqua Viva. C'était la première fois que je le voyais à Nice après Bade.

-- Mademoiselle Collignon, look -- the Duke of Hamilton! The Duke of Hamilton!

- Mademoiselle Collignon voyez le duc de Hamilton ! le duc de Hamilton !

He turned, for I let out a cry of surprise.

Il s'est tourné, car j'ai poussé une exclamation de surprise.

Blessed days! Why do you not return? I love him so! My God! No man will ever please me as the Duke of Hamilton pleases me. Happy will be his wife.

Bienheureux temps ! Que ne retournez-vous pas ? Je l'aime tant ! Mon Dieu ! aucun homme ne me plaira comme me plaît le duc de Hamilton. Heureuse sera sa femme.

Disgusting place! Dreadful town! Dull inhabitants! How I hate you! Nice! Nice, how I hate you! ^[In English in the original.]

Disgusting place ! Dreadful town ! Dull inhabitants ! How I hate you ! Nice ! Nice, how I hate you !

At church (brown dress, black hat, fine). A great many dogs -- but what dogs! I will not go first toward the Howards. Lise comes to find me. Helene is with her father at the English church. Maman has bought a hat that makes her adorable. Only now, looking at Maman as if she were a stranger, do I discover that she is ravishing. Beautiful as the day, though worn by every kind of worry and sorrow, and grave illnesses; when she speaks, her voice is so soft, so womanly -- not thin but muted and soft, with pretty manners too, though natural and simple.

A l'église (robe brune, chapeau noir, bien). Beaucoup de chiens, mais quels chiens. Je ne veux pas aller la première vers les Howard. Lise vient me trouver. Hélène est avec son père à l'église anglaise. Maman a acheté un chapeau qui la rend adorable. Ce n'est que maintenant que, regardant maman comme une étrangère, je découvre qu'elle est ravissante. Belle comme le jour, bien que fatiguée par toutes sortes d'ennuis et de chagrins, et de graves maladies; lorsqu'elle parle, elle a la voix si douce, si femme sans être grêle mais mate et douce, des manières jolies aussi, bien que naturelles et simples.

I have never in my life seen a person less mindful of herself than my mother; she is nature itself, utterly natural, and if she gave the slightest thought to her dress everyone would admire her. Say what you will, but dress counts for a great deal. A woman should be either undressed or very well dressed, but Maman puts on remnants of I know not what. Today she has on a brown dress -- the one from Vienna, Spitzer -- the new blue hat that resembles mine, and the blue cloak with the feathers; upon my word she is adorable and for today my passion.

Je n'ai pas vu dans ma vie une personne moins pensant à elle que ma mère, elle est la nature toute naturelle, et si elle pensait un peu à sa toilette tout le monde l'admirerait. On a beau dire, mais la toilette fait beaucoup. Une femme doit être ou bien déshabillée ou très bien habillée, mais maman met des débris de je ne sais pas quoi. Aujourd'hui elle a une robe marron, celle de Vienne, Spitzer, le chapeau bleu nouveau qui ressemble au mien et le manteau bleu, avec les plumes, parole d'honneur elle est adorable et pour aujourd'hui ma passion.

We go to the Howards' with Maman and my aunt. The Boutowskys are expected and the Pattons too. I do not know why we are not invited. It is very strange that when they invite others we are not invited. I was in a bad humour because of it; I must find a way to tell them subtly what annoys me. Returning in the carriage I begin, as always, to say how dreadful it is that in Nice we know nobody, that no one wishes to know us, etc., etc., that the Howards only invite us separately, when there is no one else. Then Maman tells me that Mme Howard told her she did not invite the children today because their enemies are coming. Maman, greatly astonished, asks what enemies children can have -- enemies, her children?! It is the Boutowskys; they are jealous of us and look askance at your children because the Howards went first of all to see us on arriving in Nice.

Nous allons chez les Howard avec maman et ma tante. Les Boutowsky doivent venir chez eux et les Patton aussi. Je ne sais pas pourquoi nous ne sommes pas invités. C'est bien étrange que lorsqu'ils invitent les autres nous ne sommes pas invités. J'étais à cause de cela de mauvaise humeur, il faut que je trouve moyen de leur dire finement ce qui me fâche. En retournant en voiture je commence, comme toujours, à dire que comme c'est affreux qu'à Nice nous ne connaissons personne, qu'on ne veut pas nous connaître, etc. etc. que les Howard ne nous invitent qu'à part, quand il n'y a personne. Alors maman me raconte que Mme Howard lui a dit qu'elle n'a pas invité les enfants aujourd'hui parce que leurs *★ennemis ★* viennent. Maman fort étonnée demande quels ennemis des enfants peuvent avoir, des ennemis ses enfants ?! Ce sont les Boutowsky, elles sont jalouses de nous et regardent de travers vos enfants parce que les Howard allèrent avant tout nous voir en arrivant à Nice.

If only they knew how all this filth of Nice bores me! I am sick to my throat with these slanders, with every sort of story, with this filthy business! I have never wished to know the Boutowskys. I find it strange that they always invite us separately, as though we were not worthy of being with the others. I must make them understand this. Mme Howard scolded Helene because she said before everyone that she loves Marie more than all the rest and that the rest are nothing to her. But I do not need this love; I ask above all for outward respect, as for simple acquaintances -- that they give me preference before everyone, and not in secret. The fact is, I shall be very happy once out of Nice.

Si on pouvait savoir comme toutes ces saletés de Nice m'ennuient ! J'en ai jusqu'à la gorge de ces calomnies, de toutes sortes d'histoires, de cochonneries ! Je n'ai jamais voulu connaître les Boutowsky, je trouve étrange qu'on nous invite à part toujours, comme si nous n'étions pas digne d'être avec les autres. Il faut que je leur fasse comprendre cela. Mme Howard a grondé Hélène parce que celle-là a dit devant tout le monde qu'elle aime Marie plus que tous les autres et que le reste lui est indifférent. Mais je n'ai pas besoin de ces amours, je demande avant tout le respect extérieur, comme à de simples connaissances, qu'on me donne la préférence devant tous, et non en cachette. Le fait est, que je serai bien heureuse une fois hors de Nice.

We go from there to the promenade (brown hat, not bad); there are a great many swine. I am badly seated -- the little marquis is between me and Dina. But every time I go where there are dogs I am quite miserable. ^[In English in the original.]

Nous allons de là à la promenade (chapeau marron, pas mal) il y a beaucoup de cochons. Je suis mal assise, le petit marquis est entre moi et Dina. Mais toutes les fois que je vais où il y a des chiens je suis quite miserable.

(Before going out, at about half past one, everyone was in the dining room and Maman says that Wittgenstein is married to that cocotte; diadia knows Wittgenstein and all his stories -- he knows everyone; how I envy him.

(Avant de sortir à une heure et demie à peu près tous étaient dans la salle à manger et maman dit que Wittgenstein est marié à cette cocotte, diadia connaît Wittgenstein et toutes ses histoires, il connaît tout le monde, comme je l'envie.

Maman: "Do you know that even Wittgenstein so respected the proprieties that going to the theatre with his wife, he would not give her his arm."

Maman: - Sais-tu que même Wittgenstein respectait tellement les convenances qu'allant au théâtre avec sa femme, il ne lui donnerait pas le bras.

I: "What a disgrace! Of course, otherwise they would not travel together all the time."

Moi: - Quelle honte ! Bien sûr autrement ils ne voyageraient pas tout le temps ensemble.

My aunt: "Exactly -- no one gives his arm to his [...]; look at Hamilton, despite everything, he never gives his arm."

Ma tante : - Exactement, personne ne donne le bras à ses [...], voyez Hamilton, malgré tout, il ne donne jamais le bras.

I: "No, never. But what a disgrace!"

Moi: -Non, jamais. Mais quelle honte !

Solominka, with a slightly sly air:

Solominka d'un air un peu malin:

-- Moussia, but Hamilton is getting married.

- Moussia, mais Hamilton se marie.

-- Yes, he is getting married, I answered calmly, without blushing or stirring; but as she kept looking at me I also raised my eyes once or twice toward her, with an air so indifferent and so natural that I am delighted. (That wretch -- she too dares!)

- Oui il se marie, répondis-je calmement, sans rougir, ni bouger; mais comme elle me regardait toujours je levais aussi les yeux une ou deux fois vers elle, d'un air indifférent et si naturel que je suis charmée. (Cette canaille elle aussi ose !)

I see this whole dirty society, and I see that we are set apart, like specks of dust! It gnaws at me. But my God, I hope that with Thy help we shall go to Russia, triumph over our enemies, and perhaps even return to Nice so that in our turn we shall not wish to know them when they come in droves like wretched dogs! Oh, my God, make this time come sooner. I am so humiliated, so unhappy! To be thus despised by scoundrels, by dogs!!

Je vois toute cette sale société, et je vois que nous sommes à part, comme des poussières ! Cela me ronge. Mais mon Dieu j'espère qu'avec Ton aide nous irons en Russie, triompherons de nos ennemis et reviendrons peut-être même à Nice pour à notre tour ne pas vouloir *les* connaître lorsqu'ils viendront en foule comme des misérables chiens ! Oh ! mon Dieu faites que ce temps arrive plus vite. Je suis si humiliée, si malheureuse ! Etre ainsi méprisée par des canailles, des chiens !!

It is true that -- no, no, it is dreadful, dreadful! I weep inwardly every instant! My God, have pity on my misery; deliver us from this position! Grant that we win our lawsuits! Holy Virgin, to Thee I dare more readily address myself! Pray for me! Grant that one day we may reclaim the position of former times, for long ago, when Maman's charming brothers had not yet been able to commit their brigandage, our family carried weight.

Il est vrai que, non, non, c'est affreux, affreux ! J'en pleure intérieurement tous les instants ! Mon Dieu ayez pitié de ma misère, tirez-nous de cette position ! Permettez que nous gagnions nos procès ! Sainte Vierge à vous j'ose davantage m'adresser ! Priez pour moi ! Permettez qu'un jour nous reprenions la position des anciens temps, car il y a longtemps, lorsque les charmants frères de maman n'ont pas encore pu faire de brigandage, notre famille *★avait du poids.*

We played a part! Suffer, Lord, that we reclaim our place! Thou punishest us, but forgive us; lift Thy punishment, calm Thy wrath. Have pity on me.

Nous avons joué un rôle ! Souffrez, Seigneur que nous reprenions notre place ! Vous nous punissez, mais pardonnez-nous, supprimez votre punition, calmez votre courroux. Ayez pitié de moi.

That American Durel, I believe -- the one who resembles my father -- passed us at the concert at least six times. I do not know what is the matter with him, that creature. He was sitting quietly near the garden in his carriage; we pass, he seemed to look into our carriage; we had just time to stop when he passes, and so on several times. One must do him justice: he is respectable; he does not stare unceremoniously like certain swine, but respectfully. Before dinner we go on foot with Bete for chocolate at Rumpelmayer's.

Cet Américain Durel je crois, celui qui ressemble à mon père, nous passa à la musique au moins six fois. Je ne sais pas ce qu'il a, cet animal. Il était tranquillement près du jardin dans sa voiture, nous passons il eut l'air de regarder dans notre voiture, nous eûmes juste le temps d'arrêter lorsqu'il passe et ainsi de suite plusieurs fois. Il faut lui rendre justice, il est convenable, il ne regarde pas sans cérémonie comme certains cochons, mais respectueusement. Avant dîner encore nous allons à pied avec Bête prendre du chocolat chez Rumpelmayer.

On the way back it was quite dark and I even drew my dagger, just in case. If only they knew how miserable I am! Is it possible that I do not have the duke! Since that fatal moment I have lost my gaiety; I am no longer as before -- lively, trusting, and animated, full of hope and assurance in the future. I have become indifferent; nothing interests me; I desire nothing except to go to Russia, purify ourselves, and return to settle properly in Paris or Florence, travelling in summer. I no longer have, as then, the desire to stay in Nice because he was there, or to go elsewhere where he went. I have no aim. And I wait quietly for whatever comes, desiring nothing, not running ahead -- and so much the better. I used to make myself ridiculous sometimes; I searched with my eyes, I passed again through the same spot; I looked drawn and confused on seeing what I sought. Whereas when one is calm, one pays no attention to others; one is always even; one sometimes interests people. I judge by myself: a person who wants to see me, who shows una pretesa di vedermi, or of being seen, disgusts me. I remember when he would pass in his carriage and I was on foot with Mlle Collignon -- he looked at me with a curious air, and I did not know where to put myself; I was ridiculous. I also looked him straight in the face, often. I was seized with awe -- I was as if inspired; everything around me disappeared; I saw only him. ^["Miserable," "even," and "awe" in English in the original. "Una pretesa di vedermi" -- a pretence of seeing me -- in Italian in the original.]

Au retour il faisait tout à fait sombre et je tirai même mon poignard en tous cas. Si on savait comme je suis miserable ! Est-il possible que je n'ai pas le duc ! Depuis ce moment funeste j'ai perdu ma gaieté, je ne suis plus comme autrefois vive, confiante et animée, pleine d'espoir et d'assurance dans l'avenir. Je suis devenue indifférente, rien ne m'intéresse, je ne désire rien excepté aller en Russie nous purifier et revenir nous installer bien à Paris ou à Florence pour voyager l'été. Je n'ai plus comme alors le désir de rester à Nice parce qu'il y était, ou d'aller ailleurs où il allait. Je n'ai pas de but. Et j'attends tranquillement ce qui viendra, sans rien désirer, ne courant pas en avant, et tant mieux. Je me rendais ridicule quelquefois, je cherchais des yeux, je repassais dans le même endroit, j'avais l'air tiré et confus en voyant ce que je cherchais. Tandis que lorsqu'on est tranquille, on ne fait aucune attention aux autres, on est toujours even, on intéresse quelquefois. Je juge d'après moi, une personne qui veut me voir, qui montre una pretesa di vedermi, ou de se faire voir me dégoûte. Je me souviens lorsqu'il passait en voiture et j'étais à pied avec Mlle Collignon, il me regardait d'un air curieux, et je ne savais pas où me mettre, j'étais ridicule. Je le regardais aussi droit dans la figure souvent. J'étais saisie d'awe, j'étais comme inspirée, tout autour de moi disparaissait, je ne voyais que lui.

I have become more of a woman since that day, more serious, more composed. I used often to hop on one foot, or to run -- which no longer happens; I behave like a grown-up, stupid thing, and I am very vexed about it. I am neither child nor woman; I am a creature making herself miserable.

Je suis devenue plus femme depuis ce jour, plus sérieuse, plus posée. Il m'arrivait souvent de sauter sur un pied, ou de courir, ce qui ne m'arrive plus, je me conduis comme une grande, bête, et j'en suis très fâchée. Je ne suis ni enfant, ni femme, je suis une bête qui se rend malheureuse.