Diary of Marie Bashkirtseff

Samedi 13 septembre 1873

More good work today; Manotte came and made me lose an hour. The work tires me a little, but... bah!

Encore aujourd'hui du bon travail, Manotte est venu et m'a fait perdre une heure. Le travail fatigue un peu, mais... bah !

Dominique comes with his landau; I am quite pleased. For two months we have been stumbling along in those ugly caleches. Maman is still ill.

Dominique vient avec son landau, j'en suis bien aise, voilà deux mois que nous trébuchons dans ces vilaines calèches. Maman est toujours malade.

This evening, opening of the Theatre Francais: Le changement de mains, Les jocrisses de l'amour. We go (it is Saturday). I put on my grey linen dress; it is crumpled, but it is the one I like best. I come down and Maman tells me to change, that it is not suitable. Fool that I am! I change into a white dress. That embroidered dress I detest, that I cannot endure. It sits crooked, the back humped -- hideous, hideous, hideous! The embroidery is pretty, but the cut!!! Every time I have the misfortune to put it on, I am wretched. At the theatre I ducked behind the chair, removed the bodice, made a fold in the back, at the side -- I could bear it no longer; I felt something twisted in the back. The theatre is full of the locals. The prefect's wife sits opposite us. We have M. Lewin's box, but on the right.

Ce soir ouverture du Théâtre Français: "Le changement de mains", "Les jocrisses de l'amour". Nous allons (c'est samedi), je mets ma robe grise en toile, elle est chiffonnée, mais c'est celle que j'aime le mieux. Je descends et maman me dit de changer de robe, que celle-là n'est pas bien. Bête que je suis ! je change pour une robe blanche. Cette robe brodée que je déteste, que je ne puis supporter. Elle est de travers, le dos bossu, affreuse, affreuse, affreuse ! La broderie est jolie, mais la façon !!! Toutes les fois que j'ai le malheur de la mettre, je suis une malheureuse. Au théâtre, je me suis baissée derrière le fauteuil, j'ai ôté le corsage, j'ai fait un pli dans le dos, de côté, je ne pouvais plus y tenir, je sentais un *quelque chose de tordu* dans le dos. Le théâtre est plein de Nicois. La préfète est vis-à-vis nous. Nous avons la loge de M. Lewin, mais à droite.

Le changement is a play about the Empress Elisabeth and the Duke of Courland. The Duke is a prisoner, and Elisabeth comes to his prison to learn his intentions. Instead of the Duke she speaks with a lieutenant who, not knowing to whom he speaks, gave the Duke the chance to flee (arranged by the daughter of the major, guard of the fortress, to avoid the Duke, for she believed herself in love with him, being engaged to a cousin). Not wishing to ruin the major, who was answerable for the prisoner, the lieutenant resolved to replace him until he could be found. At first he did not know it was Elisabeth who came to speak with him. He courts her, and she is charmed by him; she has him brought to the palace, which shall serve as his prison. The lieutenant himself had been locked in the fortress for courting the Countess Chouvaloff. The furious Count had him imprisoned.

"Le changement" est une pièce sur l'impératrice Elisabeth, le duc de Courlande. Le duc est prisonnier et Elisabeth vient dans sa prison pour savoir ses intentions. Au lieu du duc elle parle avec un lieutenant qui, sans savoir à qui, donna l'occasion de fuir au duc (que lui avait procuré la fille du major, garde de la forteresse, pour l'éviter, car elle croyait de l'aimer, devant épouser un cousin). Pour ne pas perdre le major, qui répondait du prisonnier, le lieutenant le voulut remplacer jusqu'à ce qu'on le trouve. Il ne savait d'abord pas que c'était Elisabeth qui venait lui parler. Il lui fait la cour, et elle est charmée de lui, le fait conduire au palais qui lui servira de prison. Le lieutenant était lui-même enfermé dans la forteresse pour avoir fait la cour à la comtesse Chouvaloff. Le comte furieux le mit en prison.

At the palace, the quasi-duke makes a declaration to Elisabeth, even kisses her shoulder to get himself dismissed and resume his original form. But, quite the contrary, Elisabeth is charmed and gives him his complete liberty; she even thinks of marrying him. Chouvaloff brings her a report. Before this she had asked the Duke to request a favour of her.

Au palais, le quasi-duc fait une déclaration à Elisabeth, lui baise même l'épaule pour se faire renvoyer et reprendre sa forme primitive. Mais, bien au contraire, Elisabeth est charmée et elle lui donne sa complète liberté, elle pense même l'épouser. Chouvaloff lui apporte un rapport. Avant cela elle a prié le duc de lui demander une grâce, une faveur.

He asks for that of Lieutenant Boumanovsky (his own), which is granted. The scene is very fine when the Count, the Empress, and the lieutenant are the three together. Elisabeth asks the Count the story of this lieutenant; by his face she guesses that he is this husband and makes him tell all. The Duke tells the whole adventure, since it was he. Elisabeth is very much amused.1 But the Count reads her the report saying the Duke is among the conspirators. She asks who, then, is this other man!

Celui-ci demande celle du lieutenant Boumanovsky (la sienne) qui fut accordée. La scène est fort belle lorsque le comte, l'impératrice et le lieutenant sont trois. Elisabeth demande au comte l'histoire de ce lieutenant, par sa figure elle devine que lui est ce mari et lui fait dire tout. Le duc raconte toute l'aventure, puisque c'était lui. Elisabeth est *very much amused.* Mais le comte lui lit le rapport où est dit que le duc est avec les conspirateurs. Elle demande qui donc est cet autre !

At that moment the major's daughter comes with a letter she wishes to deliver to the real Duke so that he might save her father, who had answered for him. Elisabeth is suspicious; she takes the letter, reads it, discovers the imposture. But she pardons the lieutenant, and marries him with the left hand instead of the right. "It is merely a change of hands" -- thus the play ends.

En ce moment la fille du major vient avec une lettre qu'elle veut remettre au vrai duc pour qu'il sauve son père qui en avait répondu. Elisabeth a des soupçons, elle prend, lit la lettre, découvre l'imposture. Mais elle pardonne le lieutenant, et l'épouse de la main gauche au lieu de l'épouser de la main droite. "Ce n'est qu'un changement de mains", ainsi se termine la pièce.

The other is a very funny comedy, but rather coarse. After the second act I left. They were really saying things too... well, nonsense! But it is charming; the scene at a cocotte's where she tricks her lover is superb. It is a very funny muddle, very well constructed and arranged. And I would gladly stay, but!

L'autre est une comédie très drôle, mais assez crue; après le deuxième acte, je partis. On disait vraiment des choses trop... des bêtises, quoi ! Mais c'est joli, la scène chez une cocotte qui *mystifie* son amant est superbe. C'est un méli-mélo très drôle, très bien disposé et arrangé. Et je resterais avec plaisir, mais !

Opposite us, Anna, Georges, and Lefevre. That fat hippopotamus dares come to our box from the other one; I am indignant. Poor Dina -- to see all evening before her the mistress of her father. She was furious. I leave with the Anitchkoffs; Zibine offered a multitude of bouquets. Paul and Khalkionoff came to the box. I wanted to stay, but it is truly improper. Out of respect for myself I had to leave. It is midnight and it is not over.

Vis-à-vis Anna, Georges et Lefèvre. Ce gros hippopotame ose venir chez nous de l'autre loge, j'en suis indignée. Pauvre Dina, voir toute la soirée devant elle la maîtresse de son père. Elle était furieuse. Je pars avec les Anitchkoff, Zibine a offert une multitude de bouquets. Paul et Khalkionoff vinrent dans la loge. Je voulais rester mais c'est vraiment scabreux. Par respect pour moi je devais partir. Il est douze heures et ce n'est pas fini.

Notes

In English in the original.