Diary of Marie Bashkirtseff

Mercredi 10 septembre 1873

I uncovered my forehead; everyone finds me better this way. I keep it so all day -- perhaps for ever. That is to say, I swept up the little hairs I wore on my forehead, but the next day I lowered them again, and since then I wear them long.

J'ai découvert mon front, tous me trouvent mieux ainsi. Je reste ainsi toute la journée, peut-être toujours. Cela veut dire que j'ai relevé les petits cheveux que je portais sur le front, mais le lendemain je les ai de nouveau baissés et depuis je les porte longs.

I wanted to draw a laughing head -- partly successful; I missed the teeth. It is only a sketch; tomorrow I shall set it right. Garach comes; Maman's outfit is pretty, my pink bodice suits me well. Today the confrontation between Makaroff, Khalkionoff, and Walitsky took place. Paul was there. Makaroff is a madman and a coward, but when Walitsky begins to say something, Makaroff backs him up like Pitou. The two of them, Makaroff and Walitsky, obtained a retraction from Khalkionoff -- the whole affair is charming. There are a thousand more curious details, too long to relate, which I shall remember. The Princess with her French!

J'ai voulu dessiner une tête qui rit, en partie réussie, j'ai manqué les dents, c'est une esquisse seulement, demain j'arrangerai. Garach vient; le vêtement à maman est joli, mon corsage rose va bien. Aujourd'hui a eu lieu l'explication entre Makaroff, Khalkionoff, Walitsky. Paul était là. Makaroff est un fou et un poltron mais lorsque Walitsky commence à dire quelque chose, Makaroff le seconde comme Pitou. Ils, Makaroff et Walitsky ont obtenu une réfutation de Khalkionoff c'est charmant cette histoire. Il y a encore mille détails curieux, trop longs à raconter, dont je me souviendrai. La princesse avec son français !

The English lesson over, I go to the drawing room where I find the Beast. I criticise the furniture; she defends it. "It is in this little (yellow) drawing room," she says, "that the Duke will make his declaration" (comically) "that he will ask for your hand and your heart; it is here that you will say to him: Come into my arms, you bundle of charms!"1

La leçon d'anglais finie, je vais au salon où je trouve Bête. Je critique les meubles, elle les défend. C'est dans ce petit (jaune) salon, dit-elle, que le duc vous fera sa déclaration (comiquement) qu'il vous demandera votre main et votre cœur, c'est ici que vous lui direz : Come into my arms, you bundle of charms I!

-- Oh! certainly not; I shall never say that, I say. Tell me, Princess, I beg you, where did you get this duke? How could you have invented such a story?

— Ah ! par exemple, je ne dirai jamais cela, dis-je. Dites-moi, princesse, je vous en prie, d'où avez-vous tiré ce duc, comment avez-vous pu inventer une histoire pareille ?

-- Because you must be a duchess, and he is rich.

— Parce que vous devez être duchesse, et qu'il est riche.

-- But I do not know him.

— Mais je ne le connais pas.

-- That makes no difference; you have a naughty little muzzle.

— Ça ne fait rien; vous avez un vilain museau.

-- I shall never be beautiful. Pretty, yes; for beauty I lack the figure -- I am not tall enough.

— Je ne serai jamais belle, gentille oui, pour la beauté il me manque du corps; je ne suis pas assez grande.

-- At your age, you will fill out; rest assured.

— A votre âge, vous serez forte rassurez-vous.

-- It is not stoutness I mean; I am short.2

— Ce n'est pas de la grosseur que je parle, je suis *short.*

-- But you will grow; I grew after the birth of my son, just like that.

— Mais vous grandirez, j'ai grandi après la naissance de mon fils ainsi.

She spoke to me of I no longer remember whom, of coquetry, of conquests.

Elle me parlait de je ne sais plus qui, de la coquetterie, des conquêtes.

-- But I am a little girl; who will look at me in my short skirts? You are funny, Princess!

— Mais je suis une petite fille, qui me regardera avec mes jupes courtes, vous êtes drôle princesse !

-- Why, my dear, who looks at petticoats? At fifteen it already begins. And besides, as things stand now, everyone wears rather short skirts -- truly, one cannot tell the difference. Men court girls of fifteen.

— Eh ! ma chère, qui regarde les jupons, à quinze ans on commence déjà. Et puis à l'heure qu'il est, tout le monde porte des jupes assez courtes, vraiment on ne distingue pas. On fait la cour aux fillettes de quinze ans.

Again with her Duke -- who on earth could have put such a thing into her head?! "Mystereu."

Encore avec son duc, qui au monde a pu lui faire entrer dans la tête une chose pareille ?! "Mystèreu".

But it would be devilishly fine, what she tells me. It is not merely because he is My Lord the Duke of Hamilton, but because in him everything is united. He is rich, young, noble, and I love him. Boreel pleased me, but he is not rich, nor titled. Miloradovitch is rich, young, noble, and single, but I do not love him. Hamilton has everything.

Mais ce serait diablement beau ce qu'elle me dit. Ça n'est pas seulement parce que c'est Monseigneur le duc de Hamilton, mais c'est qu'en lui tout est réuni. Il est riche, jeune, noble et je l'aime. Boreel me plaisait mais il n'est pas riche, ni titré. Miloradovitch est riche, jeune, noble et seul, mais je ne l'aime pas. Hamilton a tout.

[Written across the page: It is a fable to see how I choose among a heap of men I do not even know.]

[En travers: C'est une fable de voir comme je choisis parmi un tas d'hommes que je connais même pas.]

Certainly I am well pleased that he is a duke and rich. I could not live in poverty. But if... if it could be, what happiness! Nothing would be wanting: pride, ambition, luxury would all be satisfied. To say nothing of the heart, for the hundredth time, I love him. Were he a coalman -- no, I push the thing too far; people who are beneath me are to me like dogs, like birds, etc. -- I cannot regard them as men. But let us suppose he were a gentleman and not rich; he would please me just the same. I should hate him, to be sure. I could not bear to love a man I cannot marry; I would fly into a rage and detest him. I feel it would be so.

Certes je suis bien aise qu'il soit duc et riche. Je ne pourrais pas vivre pauvre. Mais si... si ça se pouvait, quel bonheur ! Rien ne me manquerait: l'orgueil, l'ambition, le luxe seraient satisfaits. Sans parler du cœur, car pour la centième fois, je l'aime *lui* ; qu'il soit charbonnier, non, je pousse la chose trop loin, les gens qui sont au-dessous de moi sont pour moi comme les chiens, les oiseaux etc. je ne puis les regarder comme des hommes. Mais supposons qu'il soit monsieur et pas riche, il me plairait tout de même. Je le haïrais pour sûr. Je ne pourrais supporter que j'aimasse un homme que je ne puis pas épouser, je m'enragerais et je le détesterais. Je sens que ce serait ainsi.

Besides, what is the use of imagining all this nonsense? I cannot, I will not see him otherwise. I am satisfied as things are; I would not change them for the world.

D'ailleurs à quoi bon me figurer toutes ces bêtises, je ne puis, je ne veux le voir autre. Je suis satisfaite, comme sont les choses, je ne voudrais les changer pour le monde.

That is how one is! When everything is perfect, all is well, one conjures up all manner of mirages, of follies!

Voilà comment on est ! Lorsque tout est parfait, tout est bien, on se figure toutes sortes de mirages, de folies !

-- My dear child, you will marry him! Are these the words of the Beast, uttered by chance, mechanically, for the sake of saying something, that provoke all these fantasies over six pages? If so, you are a great fool, my girl!

— Ma chère enfant, tu l'épouses ! Sont-ce les paroles de la Bête, prononcées par hasard, machinalement, pour dire quelque chose qui provoquent toutes ces fantaisies sur six pages ? Si oui, tu es bien bête ma fille !

It is true: a word, a gesture, set me dreaming, fantasising [sic], imagining a thousand things. What is to be done? The happiness is so great, so incredible, that I lose my head; my feet no longer touch the ground. Come now, enough chatter! In the evening we stay in the dining room; I burnt sugar, the Beast did too; Papa sat in his armchair, Paul beside him, in another corner of the room. We chatted quietly -- almost the first time in our lives. My aunt sat pensive in an armchair, Maman beside her. The Anitchkoffs arrive with the children -- oof! Madame settles near Papa; M. Anitchkoff plays cards with Walitsky; Khalkionoff and Paul follow the players. The room is full, one feels comfortable, one talks, there is company, and I am happy. I am very happy -- this is how one should live. Once or twice my aunt tried to restart the scenes, but I remain mute and we fall back into tranquillity. M. and Mme Anitchkoff are petrified at the sight of my forehead; Monsieur even enquired after my health, whether I had lost my reason. Madame honours me with the title of beauty! I rid myself of the children tolerably well, and all goes well. M. Anitchkoff says I have made a conquest -- complete victory.

C'est vrai, une parole, un geste, me font rêver, fantaisier [sic] et m'imaginer mille choses. Que faire ? Le bonheur est si grand, si incroyable que je deviens folle, mes pieds ne touchent plus la terre. Allons, plus de bavardages ! Le soir nous restons dans la salle à manger, j'ai brûlé du sucre, la Bête aussi, papa assis dans son fauteuil, à côté de Paul, dans un autre coin de la chambre. Nous causions tranquillement, presque la première fois de la vie, ma tante, pensive sur un fauteuil, maman à côté. Viennent les Anitchkoff avec les enfants, ouf ! Madame s'installe près de papa, M. Antichkoff avec Walitsky aux cartes, Khalkionoff et Paul suivent les joueurs. La chambre est pleine, on est bien, on cause, il y a quelqu un et je suis heureuse. Je suis très heureuse, voilà comment on devrait vivre. Une ou deux fois ma tante a essayé de recommencer les scènes, mais je reste muette et on retombe dans la tranquillité. Mme et M. Anitchkoff sont pétrifiés en voyant mon front, Monsieur a demandé même des nouvelles de ma santé, si je n'ai pas perdu la raison. Madame m'honore du titre de *beauté* ! Je me débarrasse assez bien des enfants et tout va bien. M. Anitchkoff dit que j'ai fait une conquête, victoire complète.

It is that rat Zibine they speak of. What! He dares talk about me to Zibine, that old rat! Can one not make these bogeymen believe that I am fourteen! And such an ugly one at that! To this I answered coolly: True, I don't know who it could be.

C'est de ce rat Zibine qu'on me parle. Comment, il ose parler de moi à Zibine ce vieux rat ! On ne peut donc faire croire à ces croquemitaines que j'ai quatorze ans H! Et un vilain comme cela ! A cela j'ai répondu par raison : *C'est vrai je ne sais pas qui*.

(((Ah! If the Duke found me pretty, then I should believe what the others tell me!))) But there is Gioia! No! She no longer exists! He is free to marry.

(((Ah ! si le duc me trouvait jolie, alors je croirais ce que me disent les autres !))) Mais il y a Gioia ! Non ! elle n'existe plus ! Il est libre de se marier.

[In the margin: Indeed he was already free when I wrote this -- free and about to marry.]

[Dans la marge: En effet il était déjà libre quand j'écrivais cela, libre et près de se marier.]

Notes

In English in the original.
In English in the original.