Wednesday, 21 May 1873
Georges ne veut pas venir ici pour comparaître devant le tribunal, ce serait si facile et ça ôterait aux Tolstoy et à leur avocat le pouvoir de dire toutes sortes de choses vilaines. S'il ne vient pas, il ne peut avoir d'avocat et eux en auront un qui pourra charger toute la famille des choses les plus affreuses sans que personne puisse le réprimer, car nous ne pouvons pas, cela ne nous regarde pas. Je suis tout à fait brisée, je suis misérable à cause de cela. Les Tolstoy, sans cela, disent des horreurs de nous. Et encore cette affaire ! Ils pourront tout dire. Et moi aussi je souffre de ça, mon nom. Je ne me suis jamais trouvée dans une pareille position. Les Tolstoy nous calomnient partout. Cela me brise. J'ai pleuré comme une bête. C'est pour la première fois que je pleure d'une affliction pareille. C'est une douleur sèche. Même la mort de quelqu'un vaut mieux (comme douleur) car c'est mouillé et ça c'est sec. J'ai pleuré tant, tant. J'étais malheureuse, humiliée, consternée. Jamais je n'eus à souffrir de ce côté, je commence tôt. Je grondais Georges, je l'accusais de tout, je m'exprimais très amèrement. Dans ma douleur, ma première idée était d'aller prier Dieu de me délivrer de cette affreuse chose. Mais, hélas ! je ne suis pas allée, on m'a distrait. Mais ce soir, j'ai perdu toute mon énergie, avant je courais au lieu de marcher et aujourd'hui je marche comme un chat. J'ai essayé de sauter, mais *cela s'avéra gauche, maladroit*.
Je prierai Dieu de me préserver contre ces calomnies ainsi que toute la famille, car notre *beau nom* pourra être terni et pour rien. Cela m'abîmera ma vie entière. Mais Dieu est miséricordieux, Il nous délivrera. Il nous préservera de toutes les mauvaises attaques. Il nous gardera.
[Dans la marge: A la promenade (robe violette), essayer la robe grise.]