Diary of Marie Bashkirtseff

# Mercredi 14 mai 1873

Before seven, I ate a plate of strawberries. At nine, Mlle Collignon and I walked to the Howards' (violet dress). I was in a bad mood, for at and after lunch there had been trouble about the English language. It is Mlle Collignon who should be forced to speak it, and instead they martyrize me to the point of exhaustion.

Avant sept heures, j'ai mangé une assiette de fraises. A neuf heures moi et Mlle Collignon nous sommes allées à pied chez les Howard (robe violette). J'étais de mauvaise humeur car à et après déjeuner il y avait des affaires pour la langue anglaise. C'est Mlle Collignon qu'on devrait forcer à la parler et au lieu de ça on me martyrise jusqu'à *épuisement*.

I begged that we go to Vienna; I gave a thousand reasons; at last I said I do not want to spend the summer in Nice. I wept, I pleaded; I was in a sad, bored mood; I had no desire to do anything, to speak to anyone.

J'ai prié qu'on aille à Vienne, je donnais mille raisons, enfin je disais que je ne veux pas rester l'été à Nice. J'ai pleuré, je demandais, j'étais d'une humeur triste, ennuyée, je n'avais envie de rien faire, de parler à personne.

I began walking with an angry, or rather a bored, air. My face was dark. Ah! when one thinks how miserable man is! On arriving, still on the avenue leading to their house, I had to try to change my expression, my mood; I had to smile, to look cheerful, pleased to see them, etc.

Je me suis mise à marcher d'un air fâché, où plutôt ennuyé. J'avais la figure sombre. Ah ! quand on pense comme l'homme est misérable ! Je dus en arrivant, encore sur l'avenue qui mène chez eux, essayer de changer de figure, d'humeur; je devais sourire, avoir l'air gai, contente de les voir, etc.

Every animal can, when it pleases, make whatever face it wants. It is not obliged to smile when it wants to weep. When it does not wish to see its fellows, it does not see them. And man — slave of everything and everyone! And yet I myself inflict this on myself; I myself love society; I love going out; I love having people come. This is the first time I go against my desire — and how many times shall I do so later? How many times, wanting to stay, shall I be obliged to go; wanting to weep, obliged to smile! And it is I myself who chose this life, this life in society. Ah! but then I shall have no more sorrow — when I am grown, when he is

Chaque animal peut, quand ça lui plaît, faire la figure qu'il veut. Il n'est pas obligé de sourire lorsqu'il a envie de pleurer. Quand il ne veut pas voir ses semblables, il ne les voit pas. Et l'homme, esclave de tout et de tous ! Et cependant moi-même je m'inflige cela, moi-même j'aime le monde, j'aime à aller, j'aime qu'on vienne. C'est la première fois que je vais contre mon désir et combien de fois irai-je plus tard ? Combien de fois, ayant le désir de rester je serai obligée d'aller, voulant pleurer, je serai obligée de sourire ! Et c'est moi-même qui me suis choisie cette vie, cette vie mondaine. Ah ! mais alors je n'aurai plus de chagrin, quand je serai grande, quand il sera

with me. I shall always be cheerful and well-disposed. Now it is because I want to go to Vienna and cannot, and a thousand other things I cannot do for myself; but then I shall have my own will. I shall be able to do what I want, go where I want; the means will allow it, and if one manages one's affairs well, and with God's help, one always has enough. And then, with him — can I be unhappy? He will not oppose my wishes — that is to say, we shall have the same. I shall yield to him, he to me; one can live happily. They will say I want perfection; but it can exist. It does not, because no one has taken the trouble — or rather, all have thought it so difficult to attain that they do not even try. And sometimes what seems so... It may look at the distance so far as that the very hope1

avec moi. Je serai toujours gaie et disposée. Maintenant c'est parce que je veux aller à Vienne et que je ne puis pas, et encore mille choses que je ne puis faire de moi-même, mais alors j'aurai ma volonté. Je pourrai faire ce que je veux, aller où je veux, les moyens le permettront et, si on ménage bien ses affaires et avec l'aide de Dieu, on a toujours assez, et puis avec lui, puis-je être malheureuse ? Il ne s'opposera pas à mes désirs, c'est-à-dire que nous aurons les mêmes. Je lui céderai, il me cédera, on peut vivre heureux. On dira que je veux une perfection; mais elle peut exister. Elle n'est pas, parce que personne ne s'est donné la peine, où plutôt tous l'ont cru si difficile à atteindre qu'on ne tâche même pas. Et quelquefois ce qui paraît si..... It may look at the distance so far as that the very hope

of attaining it seems but a vain chimera. Never mind, bear hopefully on, and the distance will lessen palpably with every step.1

of attaining it, seems but a vain chimera. Never mind, bear hopefully on, and the distance will lessen palpably with every step.

I shall therefore always be content, happy.

Je serai donc toujours contente, heureuse.

Mme Savelieff died last night at eleven. At two in the afternoon, Maman and Dina went to the pannykhida2 today. In the evening at eight, Maman and I went there; many ladies were present. What could one say of this scene? Grief to the right, grief to the left, grief on the ceiling, grief on the floor, grief expressed in every chair, grief in the candlelight, grief in the very air. Mme Patton (her daughter) had hysterics1 after the pannykhida. The baby wept too (everyone did). I kissed her hands, led her, sat her beside me. I wanted to say a few words of consolation, but I could not — and what consolation! Only time! What I said before seemed good to me, and then I found it harsh and stupid. I said that no one is as much to be pitied as the old man who remains alone, alone, alone. Ah! my God, what can one do? Everything must end. There is my reasoning — but if one of ours were to die, I would not put it into practice.

Mme Savelieff est morte hier soir à onze heures. A deux heures de l'après-midi, maman et Dina sont allées à la *pannychide*, aujourd'hui. Le soir à huit heures moi et maman, nous allâmes là, il y avait beaucoup de dames. Que dirait-on de cette scène ? Douleur à droite, douleur à gauche, douleur au plafond, douleur au plancher, douleur exprimée dans chaque chaise, douleur dans la lumière des cierges, douleur dans l'air même. Mme Patton (sa fille) a eu le *hysterics,* après la *pannychide*. Bébé pleurait aussi (tous). Je lui ai embrassé les mains, je l'ai mené, je l'ai assise à côté de moi. Je voulais lui dire quelques mots de consolation, mais je ne pouvais pas, et quelle consolation ! Le temps seul ! Ce que j'ai dit avant me semblait bon et puis je l'ai trouvé *acerbe* et bête. J'ai dit que personne n'est aussi à plaindre que le vieux qui reste seul, seul, seul. Ah ! mon Dieu que faire ? Tout doit finir. Voilà mon raisonnement, mais si quelqu'un des nôtres mourrait je ne le mettrais pas en pratique.

At the Howards', fairly amused; they did everything they could — what good children; I love them so.

Chez les Howard, assez amusée, ils ont fait tout ce qu'elles pouvaient, quels bons enfants, je les aime tant.

Notes

In English in the original.
Orthodox memorial service for the dead.