Wednesday, 30 April
# Mercredi, 30 avril
Très beau mais un peu frais. Je me lève à cinq heures et demie maintenant, et suis dans le lit à dix heures.
A la promenade (robe bleue, fatiguée). Mlle Collignon néglige les leçons, elle retarde etc. et cela me fait tant de peine que je ne puis même pas le décrire. Le temps fuit, je perds le temps que je ne pourrai jamais rattraper, ça me chagrine tellement que j'en suis toute malheureuse.
Aujourd'hui, après déjeuner, je suis venue chez maman qui ne s'est pas encore levée mais elle va un peu mieux. Ce qui m'alarme, c'est qu'elle a une tristesse si grande sans aucune cause. Je suis prête à pleurer à cause de ce que maman est si longtemps malade. Je suis donc venue chez elle, et nous avons parlé de où on ira en été, de mon éducation, des langues etc. etc. On a raison de dire contre Mlle Collignon, elle ne parle jamais anglais de façon que je sais la langue mais je ne la parle facilement. Et c'est sa faute, elle donne des leçons comme un professeur et ne [Crossed out: parle] converses. Et puis, même les leçons, elle les néglige. Je ne puis pas le lui dire à la figure et c'est pour cela que je suis énervée, je ne puis pas avoir quelque chose sans le dire. Je m'étonne comment elle ne le voit pas elle-même. Je suis si chagrinée de cela que je parle toujours avec irritation; aujourd'hui en parlant avec les nôtres chez maman, j'ai parlé, j'ai crié, j'ai presque pleuré, j'en riais moi-même.
Je plaidais pour aller à Vienne. J'irai, avec l'aide de Dieu.
Puis je voudrais qu'on s'en aille de Nice, mais par malheur on ne *peut* maintenant. Il faut attendre. Oh ! mon Dieu, faites que ce procès finisse !! Il nous fait rester cloués à Nice.
Je voudrais aller à Florence, à Naples, à Rome, étudier la peinture, le chant, la musique, à Nice c'est impossible. Et puis, pour sortir dans le monde de Nice ! Fi ! Fi ! Il faut que je me trouve un mari avec le temps, car je n'ose plus l'espérer. A penser de lui, mon cœur me fait mal. Je n'ose plus l'aimer. Et il faut que j'en trouve un autre que je n'aimerai pas *peut*-être. Oh ! mais que dis-je ? N'ai-je pas dit moi-même que je dois l'espérer et que Dieu m'envoie ce temps d'épreuves où je n'ai aucun espoir pour éprouver si je suis bien ferme dans mon amour. Oh ! oui. Pour la centième fois je me confie à Dieu.
Je Le supplie de me donner Hamilton; et j'ai confiance en *Lui. Il* peut tout. Je ne balancerai plus. Oh ! mais peut-être que Dieu ne me juge pas digne d'obtenir ce que je demande ! Qui m'a permis de croire que je l'aurai ?
Oh ! mon Dieu, si je n'en suis pas digne, si j'ai péché par quelque chose, si j'ai mal fait, pardonne-moi ! Tu es si miséricordieux, pardonne à une folle ! Mon Dieu, ne me punis pas ! La vie me parait si belle, si souriante ! Ne me désillusionne pas. Je promets de ne point être enflée par mon bonheur, je n'oublierai jamais de qui je le tiens, je ferai du bien aux pauvres. Pardonne, pardonne-moi. Et fais-moi *sa* femme. Je n'oublierai jamais Tes bienfaits.