Saturday, 19 April 1873
# Samedi 19 avril 1873
Le matin à l'église (robe noire), je me suis confessée. Le prêtre m'a dit que j'aimais à me faire remarquer, que je suis vaine, etc. etc. etc. Puis à la maison, puis toutes sortes de commissions en ville.
Le soir à onze heures à la messe de minuit (la robe blanche neuve, extrêmement jolie; coiffure par Allard à la comtesse de Galve, très bien; mais ma figure pas très bien).
Les Skariatine m'ont beaucoup regardée.
Ah ! en ville j'ai vu Carlos Hamilton mais quand il nous a déjà passés, Walitsky me dit:
— Eh bien ! pourquoi vous ne sautez pas de la voiture ?
Alors j'ai balbutié quelque chose dans le genre de:
— Oh ! maintenant, non.... et j'ai rougi en disant:
— Vous voyez, je voulais me bien conduire et vous faites des bêtises.
Dina a dit:
— Elle en rougit même.
[Dans la marge: J'avais les sourcils noircis et on le voyait. C'était affreux.]
Heureusement ma rougeur ne fut pas mal tournée par eux, et on l'a pris comme ça simplement, on a pris cela comme quand j'étais contente de voir M. Mawley, Mme Paskevitch etc. seulement parce que je les ai vus ailleurs.
Revenons à la messe, énormément de monde, beaucoup d'étrangers, Mlle Collignon était avec nous, elle se conduit bien.
Mlle de Galve est entrée avec une Anglaise et un Anglais très grand, à l'air bête, elle était horriblement mal coiffée, en robe de soie bleue; aujourd'hui elle n'était ni gracieuse, ni élégante, ni jolie, ni rien du tout, elle ne savait où se mettre et n'était pas sûre d'elle; c'est naturel, entrer dans une église étrangère sans personne de russe, c'est très gênant.
C'est seulement à l'église que je puis me représenter sa figure, c'est étrange, à l'église je me le représente assez bien et toutes les fois que sa figure se présente à moi, mon cœur *se serre* comme on dit on russe, je ne puis trouver un mot qui exprime si bien la chose, en français.
Je crois que nous n'allons pas en Russie, j'en suis contente d'un côté, car il y aura plus de chance de le rencontrer.
Quelle position est la mienne !
J'aime une ombre après laquelle courir m'est impossible. Il ne me connaît pas, il ne se figurera jamais que je puis l'aimer, et pourtant j'aurai employé tout mon temps à prévenir ses désirs, à le rendre heureux ! Mais le Bon Dieu voit que je l'aime sincèrement. Il sait combien je le désire.
Oh ! mon Dieu ne m'abandonnez pas ! Je Vous supplie de m'aider à être sa femme. Je l'adore. J'aime tellement pour la première fois ! Faites-moi heureuse ! Oh I mon Dieu veillez sur lui, protégez-le contre tous les malheurs possibles, con-servez-le !
Il est quatre heures quand je me couche.