Friday, 18 April 1873
# Vendredi 18 avril 1873
Une petite pluie très fine insignifiante, parfois pas du tout.
Nous n'étions pas à l'église le matin mais à deux heures *à la translation de la plachtchanitsa^1^* nous allâmes (robe noire, chapeau gris, bien coiffée, bien) l'église pleine. Quand tout le monde allait *baiser la plachtchanitsa* je regardais toutes ces figures et tout d'un coup apparut sa figure, mais vivante comme si il était là, et belle. Jamais il ne s'est présenté aussi distinctement, cette fois je le vis comme lui-même présent, et il est beau ! et je l'aime, de cette apparition mon cœur a battu violemment et je me suis mise à prier. Je voulais après rappeler cette chère figure, mais en vain; je ne la vois plus. Je ne l'ai vue que ce seul moment, mes efforts pour me la présenter sont vains ! C'était un si grand bonheur pour moi ! Je l'adore positivement. Je ne puis comparer cet amour à celui que j'ai pour Boreel.
C'est pour la première fois que j'aime véritablement !... Oh ! cette apparition !... Une idée m'a frappée, il y avait beaucoup de fleurs près de la *plachtchanitsa*, je me suis dit en prenant une marguerite, cette fleur est sainte, elle était près de notre Sauveur, je prie Dieu par elle, elle me dira, je l'ai vu lui ici, à l'instant, il m'a apparu, je vais demander à cette fleur si mes désirs se réaliseront.
Avec des battements de cœur je l'effeuillais : oui, non oui ! oh ! mon Dieu, merci, tout me prédit mon bonheur ! Oh ! merci, merci, mon Dieu ! Tu es si bon ! Je crois à cette dernière prédiction, j'y crois, elle est sainte.
Je dois abandonner le paradis et descendre sur la terre, nous allâmes chez Mme Teplakoff, de là au cimetière, puis à la maison. Avant diner je suis allée un peu à la terrasse, je lisais.
Oh ! mais mon Dieu que je voudrais revoir cette apparition ! Il m'a apparu tel qu'il est en réalité, je ne puis plus me rappeler de sa figure.. On dit qu'on se rappelle le moins des figures qui vous sont le plus chères, c'est vrai.
Je sentis, comme il y a longtemps que je n'ai pas senti, car tout ce temps j'étais abrutie, combien je l'adore, je ne dis pas je l'aime mais je dis, je l'adore, car c'est une adoration.
Gioia est partie, on dit pour la Russie, pour cette affaire d'héritage que Simonoff lui laissa.
Et encore je puis la craindre, non, elle n'est pas un obstacle, il l'a parce qu'*il* n'a pas encore aimé sérieurement et que, elle est un meuble nécessaire dans sa position.
Oh ! mon Dieu, faites-lui comprendre que je l'aime ! Je Vous en supplie.
Le soir encore à l'église.
J'aime, j'aime, mon Dieu, ne m'abandonnez pas ! Exaucez-moi ! Sainte Vierge, priez pour moi !