Deník Marie Bashkirtseff

Une petite pluie très fine insignifiante, parfois pas du tout.
Nous n'étions pas à l'église le matin mais à deux heures à la translation de la plachtchanitsa^1^ nous allâmes (robe noire, chapeau gris, bien coiffée, bien) l'église pleine. Quand tout le monde allait baiser la plachtchanitsa je regardais toutes ces figures et tout d'un coup apparut sa figure, mais vivante comme si il était là, et belle. Jamais il ne s'est présenté aussi distinctement, cette fois je le vis comme lui-même présent, et il est beau ! et je l'aime, de cette apparition mon cœur a battu violemment et je me suis mise à prier. Je voulais après rappeler cette chère figure, mais en vain; je ne la vois plus. Je ne l'ai vue que ce seul moment, mes efforts pour me la présenter sont vains ! C'était un si grand bonheur pour moi ! Je l'adore positivement. Je ne puis comparer cet amour à celui que j'ai pour Boreel.
C'est pour la première fois que j'aime véritablement !... Oh ! cette apparition !... Une idée m'a frappée, il y avait beaucoup de fleurs près de la plachtchanitsa, je me suis dit en prenant une marguerite, cette fleur est sainte, elle était près de notre Sauveur, je prie Dieu par elle, elle me dira, je l'ai vu lui ici, à l'instant, il m'a apparu, je vais demander à cette fleur si mes désirs se réaliseront.
Avec des battements de cœur je l'effeuillais : oui, non oui ! oh ! mon Dieu, merci, tout me prédit mon bonheur ! Oh ! merci, merci, mon Dieu ! Tu es si bon ! Je crois à cette dernière prédiction, j'y crois, elle est sainte.
Je dois abandonner le paradis et descendre sur la terre, nous allâmes chez Mme Teplakoff, de là au cimetière, puis à la maison. Avant diner je suis allée un peu à la terrasse, je lisais.
Oh ! mais mon Dieu que je voudrais revoir cette apparition ! Il m'a apparu tel qu'il est en réalité, je ne puis plus me rappeler de sa figure.. On dit qu'on se rappelle le moins des figures qui vous sont le plus chères, c'est vrai.
Je sentis, comme il y a longtemps que je n'ai pas senti, car tout ce temps j'étais abrutie, combien je l'adore, je ne dis pas je l'aime mais je dis, je l'adore, car c'est une adoration.
Gioia est partie, on dit pour la Russie, pour cette affaire d'héritage que Simonoff lui laissa.
Et encore je puis la craindre, non, elle n'est pas un obstacle, il l'a parce qu'il n'a pas encore aimé sérieurement et que, elle est un meuble nécessaire dans sa position.
Oh ! mon Dieu, faites-lui comprendre que je l'aime ! Je Vous en supplie.
Le soir encore à l'église.
THE PLASHCHANITSA CEREMONY: On Orthodox Good Friday, the epitaphios or plashchanitsa - an embroidered cloth depicting Christ's burial - is carried in procession and placed on a symbolic tomb in the church center. The faithful queue to venerate it by kissing. This solemn ritual commemorates Christ's death and burial. Marie's "vision" of the Duke's face occurring precisely during this veneration suggests how thoroughly her religious and romantic feelings were intertwined. THE VISION AND ITS IMPOSSIBILITY: Marie's description - "sa figure, mais vivante comme s'il etait la, et belle... je le vis comme lui-meme present" - reads like mystical experience. Yet her frustration at being unable to summon the image at will ("mes efforts pour me la presenter sont vains") reveals the involuntary nature of this phenomenon. Whether genuine mystical experience, adolescent infatuation, or the effect of fasting and emotional intensity, Marie treats it as divinely meaningful. THE MARGUERITE ORACLE: Marie's petal-plucking divination ("oui, non, oui") was a folk practice across Europe. That she takes a daisy "near the plashchanitsa" and declares it "sainte" (holy) shows her syncretic approach to spirituality - orthodox ritual, folk magic, and romantic desire combined without apparent contradiction. The flower's prediction of "oui" (yes) is received as divine confirmation. GIOIA'S DEPARTURE AND THE SIMONOFF INHERITANCE: Marie reports that Gioia has left Nice for Russia regarding an inheritance from "Simonoff" - likely a wealthy Russian protector who died. This news suggests Gioia's position as mistress depended on multiple financial sources. For Marie, her departure removes an immediate rival, reinforcing her metaphor of Gioia as "meuble necessaire" (necessary furniture) rather than genuine love. THE DISTINCTION BETWEEN "AIMER" AND "ADORER": Marie explicitly elevates her feelings: "je ne dis pas je l'aime mais je dis, je l'adore, car c'est une adoration." This language consciously echoes religious devotion. Her claim that this is "pour la premiere fois que j'aime veritablement" dismisses her earlier feelings for Boreel as mere attraction. Cross-references: See 1873-04-03 for Marie's first use of "meuble necessaire" metaphor; 1873-04-19 for the Easter vigil continuation of this Holy Week sequence.

Poznámky

Voile représentant le linceul du Christ lors de la cérémonie du Vendredi saint