Saturday, 29 March 1873
# Samedi 29 mars 1873
A la promenade (robe bleue bien), assez de monde. Matinée au cercle Masséna. J'ai vu Gioia, elle n'était pas jolie aujourd'hui et il l'aime ! Je comprends qu'on aime une honnête femme quand même elle n'est pas jolie mais une femme comme celle-là ne peut pas plaire que pour sa figure. Quelquefois elle est belle mais jamais extrêmement.
[En travers: Les femmes plaisent avec n'importe quelle figure, bête que je suis !]
Je réfléchissais, aujourd'hui, qu'il ne faut pas que je perde une minute; il faut employer chaque instant et étudier, car quelquefois (je suis honteuse de l'avouer) je me dépêche à apprendre vite, vite, les leçons, quelquefois sans les comprendre, pour avoir plus vite fini et je suis contente quand on me donne les leçons à réapprendre parce que pour le jour suivant j'aurai moins à faire. Je ne dois pas faire ainsi, car je *veux* finir vite tout ce que j'apprends à présent, pour commencer des études sérieuses comme les hommes, et m'occuper plus de la musique, commencer la harpe et le chant, beaucoup lire; ce sont là mes grands désirs. Ils sont sages, n'est-ce pas ? Tout le monde dira oui.
[En travers: Oui ']
Je force ma voix et je l'abîme, et c'est pour cela que j'ai juré à Dieu de ne plus chanter jusqu'à ce que je prendrai des leçons et je l'ai prié de me fortifier, agrandir, purifier, conserver la voix. Pour m'empêcher de chanter j'y mets une condition terrible, c'est que si je chante je perdrai ma voix. C'est affreux, mais je ferai tout pour accomplir cette promesse; et ça se comprend. Hamilton, cher, aie pitié de moi, elle n'est pas digne de toi cette femme. Je t'aime, oh ! aime-moi, aie pitié de moi.