Thursday, 27 February 1873
Jeudi 27 février 1873
Temps très beau. Le matin dans la salle d'étude à sept heures un quart, j'entends un bruit de voiture particulier, je regarde et je vois la voiture du duc de Hamilton, allant vers Gioia. Je frémis, cela a produit une drôle [Rayé: de sensation] d'impression sur moi, je sentis combien je l'aimais. Je finis à la hâte la traduction italienne et j'allais sur la terrasse pour apprendre là les phrases, mais je suis allée pour voir le duc, croyant qu'il allait retourner de chez *elle.* J'ai vainement attendu, j'ai regardé du côté de chez Gioia et je vis la voiture vide passer sa maison. J'ai encore attendu, rien, rien, et rien. Oh ! s'il savait tout cela, que je vais, je cours, pour seulement apercevoir sa voiture n'osant plus espérer de le voir.
Je ne le disais pas mais à chaque instant je pensais à lui, je m'en rappelle. Je tressaillais à tout bruit qui ressemblait à celui de sa voiture.
A huit heures et dix minutes je suis entrée et me suis mise au piano. Maman m'appela et me dit: *Maintenant avec les Howard c'est fini, les Tutscheff sont là* etc. etc. Les Howard avaient un dîner, les Tutscheff étaient invités, nous non. Puis elle me dit que hier à Monaco, le prince Gagarine lui a raconté que après le bal au Cercle Masséna, lui, Boreel, Markoff et Gouchkevitch soupèrent jusqu'à six heures du matin et que Boreel but tant qu'ils en devint *malade* et raconta qu'il est Prussien, mais qu'ils demeurent en Hollande. Il but à la Prusse et qu'il a tant, tant bu, cela m'a beaucoup dégoûté de lui et aussi il est Prussien. Tout cela l'a écarté de moi à cent lieues. Hier il était encore si près et aujourd'hui !
Ce qui m'a dégoûté le plus c'est qu'il a bu jusqu'à devenir *malade.* C'est abominable. On ne le dirait pas en le voyant. A la promenade à pied avec Mlle Collignon, (robe bleue) beaucoup de monde, nous rencontrâmes les Howard avec la mère, elles vinrent à moi si aimablement comme jamais, me prirent les bras des deux côtés et se promenèrent avec moi, nous allâmes ensemble acheter des gants, moi une paire. Puis à la musique, en voiture avec le comte Gabrielli, puis à la promenade toujours en voiture. Je vis Boreel de très loin, en face, il allait très vite, il nous passa, il me regarda. Nous allâmes jusqu'à la fin et il tourna aussi mais pas en face, il salua maman. J'ai ri comme une folle en disant "le Prussien" et vraiment cela m'a fait rire. Il resta en arrière et je le regardai lui aussi, vraiment il est superbe et aujourd'hui pas même gros; superbe, beau, magnifique !
Je me le représente gris, disant à Gagarine "Vous êtes Russe, cochon, moi je suis Prussien, bon etc.". Oh comme cela m'amuse et comme je ris toute la journée, même quand je suis seule.
M. et Mme Richard nous ont fait une visite.
Eh bien il me plaît encore plus, il doit être un bon enfant.
Je ne l'aime pas jusqu'à l'épouser, non mais c'est inutile, j'ai expliqué tout cela à la page précédente dans ce même livre. Il me plaît beaucoup Boreel, et un autre sentiment se mêle. C'est qu'// est un peu risible après tout cela. Combien de métamorphoses il a subi:
1° - le baron Finot
2° - M. Boreel, Américain
3° - M. Boreel, Hollandais
4° - et à la fin M. Boreel, Prussien, mais je n'y crois pas,
je pense que c'est pour rire. Quoi qu'il en soit, il est beau et il me plaît, mais il marche mal. Quand il resta en arrière il salua maman et puis il leva son chapeau pour saluer ou moi ou une deuxième fois maman, c'est un mystère mais cependant je crois qu'il voulait me saluer, mais je suis restée raide; il se reprit aussitôt et commença à tirer ses moustaches d'un air mécontent. Si c'est moi qu'il voulait saluer, quel triomphe, quel bonheur pour mon orgueil.
Je crois que c'est moi, il nous repassa encore. Nous ne le vîmes plus, il alla à Monaco, je vis sa voiture à un cheval retourner à l'avenue de la Gare.
Je me le représente bien, il avait une belle figure naïve, et me plaît comme il était ce jour.
Nous allâmes chez la comtesse de Mouzay (avec Gabrielli). C'est son jour.
Ah ! Boreel, Boreel, je ne savais pas que tu étais un polisson, un mauvais garnement, je te croyais un garçon sage, obéissant. Mais ça ne fait rien, ça ajoute même à tes charmes. Mais non, tu es un mauvais sujet, tu vas à Monaco, tu bois, tu joues, aïe, aïe, aïe quel polisson. Va !