Monday, 17 February 1873
Lundi 17 février 1873
Très beau temps. A la promenade (vêtement vigogne) nous allâmes avec Dina en deux, ma tante à Monaco, maman malade et Sophie pas prête, Mlle Collignon malade, nous fîmes un tour en voiture et nous vîmes Boreel avec un cheval, en face, il est très bien, il me regarda puis nous allâmes chercher Sophie pour la mener chez une dame mais, n'ayant pas trouvé cette dame, nous nous sommes promenées avec elle, nous vîmes Boreel quatre ou cinq fois et toutes les fois il venait en face de moi, cela m'a fait grand plaisir, mais j'imagine quel serait mon bonheur si c'était cinq mois avant. Toutes les fois il me regarda, je le considère tout à fait comme une connaissance. Il ne manque plus que de le saluer, en me passant il ne tourna pas la tête mais il tourna les yeux et me regarda d'un si bon regard, vraiment il avait les yeux d'un si bon chien comme Prater.
Il est sympathique et si beau en même temps, ce qui est rare, toutes les fois qu'il venait je le savais et je m'y préparais, je n'ai pas rougi.
Il avait une face grosse et naïve qui ne manquait pas de beauté, ses yeux sont des bons yeux gris. Seulement sa démarche est ignoble, c'est sa démarche qui l'a baissé.
Je voulais me vanter que je le trouve beau et qu'il est fiché. De la manière dont c'est écrit on ne sait pas dans quel sens je parle.
Ici je parle de Boreel comme de tout le monde. Je l'explique parce que ce n'est pas bien exprimé.
Je le regardais comme fiché et le trouvais beau comme on trouverait beau un canapé, un frère ou un chien.
Je l'admire toujours comme n'étant plus rien. Je me réservais le droit de le regarder puisque *I did not mean* what I meant before.
Je suis contente qu'il m'ait vue aujourd'hui, j'étais vraiment jolie, peut-être je me croyais jolie et je ne l'étais pas mais non, j'étais jolie.
Comme c'est bien que l'on me croie amoureuse de Boreel et par cela les doutes par rapport au duc se dissipent, je suis vraiment contente quand je rougis en voyant Boreel pour cette raison. Je voudrais toujours les voir en même temps de manière que l'on croie que je rougis pour Boreel. Le duc le verrait, le prendrait pour son compte, comme cela est en réalité et Boreel serait charmé de moi parce que quand je rougis je suis très bien.
M. et Mme de Pierlay sont venus, j'ai conversé avec eux quinze minutes.
Maman malade.
Je me croyais donc grande ! J'étais une enfant et je pensais que je pouvais plaire ! Comme c'est bête.