Sobota 5. dubna 1873
Samedi 5 avril 1873
Beau temps. Avant sept heures à la terrasse en lisant. La mer, le ciel, l'air magnifique ! On ne peut nier Dieu !
Je voulais aller à Monaco, c'est le Tir aujourd'hui, et je ne sais comment cela s'est fait que ou j'ai tardé, ou on l'a fait exprès. Je suis d'une humeur affreuse, la même chose que le jour où je ne suis pas allée au Tir du mois de février. J'ai pleuré, maman m'a offert d'aller à trois heures, j'ai consenti mais trois heures venant j'ai refusé là, dans le cœur à la dictée j'ai pleuré. Je suis tellement chagrinée. J'ai effeuillé une marguerite et elle m'a dit qu'il était à Monaco aujourd'hui, l'autre m'a dit que non mais que je le verrais au dernier Tir et même ferais sa connaissance. Oh ! mais s'il était là aujourd'hui, je ne cesserais jamais de me reprocher de n'avoir pas mis assez d'ardeur pour aller, c'est ma faute, j'ai laissé aller.
Oh ! mais lundi j'irai, je prie Dieu de me permettre d'y aller, la marguerite me dit que je le verrai, cela vient de Dieu !
A la promenade (robe velours et cachemire noir, chapeau bandit) nous allâmes chercher partout un chapeau et, à la rue Gioffredo, j'ai trouvé; on le garnira pour lundi. Je voudrais un en feutre gris comme l'autre.
Le soir à l'opéra 'Lucrezia Borgia", les acteurs ont bien chanté, la prima donna Scarati s'est surpassée, elle chantait si mal et désagréablement, aujourd'hui c'est le contraire; elle a très bien chanté. Le théâtre plein, quelques personnes assez bien (robe rose, cheveux retroussés: bien). Voilà mes termes: mal, assez bien, bien et très bien. C'est dommage qu'il n'y avait personne pour me regarder. Je ne dis jamais mon désir qu'il me voie parce qu'un tel bonheur me semble surnaturel et trop grand. Je ne le regarde pas comme les autres, il est comme une divinité insaisissable. Il me semble que je n'oserais lui parler, je m'imagine le moment où il me parlerait !!! Oh ! non, j'aurais eu du courage pourvu qu'il me parle. C'est un si grand bonheur de le voir que je ne puis même m'imaginer le reste.