Čtvrtek 20. března 1873
Jeudi 20 mars 1873
Après de longues *déconvenues* en me coiffant (robe en soie noire, chapeau avec roses) à la promenade en deux avec Mlle Collignon. Nous allâmes demander si les demoiselles Patton pouvaient venir à la musique avec nous. Monsieur et Madame très aimables: elles avaient une leçon. Nous allâmes donc seules à la musique qui continue maintenant jusqu'à quatre heures et demie. Une quantité extraordinaire de monde; comme il y a longtemps que j'ai vu. J'en étais charmée, ravie, vraiment il y avait énormément de monde, on se plaçait à peine, *tout le monde* c'est-à-dire élégant, cette ligne veut dire le monde élégant, y était: comme cela m'amuse.
Je vis Boreel plusieurs fois à pied, il traversait la promenade devant notre voiture quand nous sortions de la rue du Lavoir. Il m'a assez regardée mais je n'en suis pas satisfaite. [Dans la marge: C'est ce jour que j'ai particulièrement remarqué comme il marche mal.]
Mais je dois l'oublier et ne plus en parler ! ni plus en penser ! Aussi je l'ai oublié, ne pas parler de lui, j'en parle comme de tous les autres excepté que je le nomme à part, parce que je suis ses intentions, je veux qu'il m'aime et ne plus en penser, je n'en pense plus, vraiment je suis indifférente pour lui, je le trouve mieux que les autres, c'est vrai mais pas davantage. [Dans la marge: Qu'il m'aime ! Quelle stupidité à mon âge !]
Et si j'écris quelque chose de lui c'est simplement parce que je veux conserver ce que j'éprouve maintenant car, si je n'en parle pas, je penserai tout de même à me faire aimer de lui. Alors il vaut mieux que j'écrive parce que cela m'amusera en le lisant plus tard. Non, non je ne veux même pas écrire parce que cela le soutient dans mon esprit. Je saurai que j'ai sans doute remarqué quand je le voyais et s'il me regardait beaucoup mais je n'écrirai plus rien parce que je ne mérite *rien,* si je ne je puis faire ce sacrifice, non ça ne peut se nommer un sacrifice, je voulais seulement écrire par curiosité pour plus tard. [Dans la marge : C'est si mal écrit que cela me dégoûte.]
Je suis toute malheureuse de ne pouvoir plus m'occuper de *lui* ni voir le duc. Je suis toute triste de ne pouvoir plus m'amuser avec Boreel, et je suis contente de cette tristesse car au moins je résiste à quelque chose, elle durera encore quelque temps surtout après l'avoir vu, mais je *me dominerai* et cela passera, je dis cela pour ne plus rien écrire après. J'ai vu Gioia comme une reine aujourd'hui. Elle avait l'air fâché. Oh ! si c'était fini avec lui ! Le soir est venu Barnola, je l'ai chargé de savoir le nom de la dame qui rit. Je ne puis écrire davantage parce que j'ai peur qu'on entre, je suis dans ma chambre. Oh ! mon Dieu donne-moi le duc [Surcharge: un petit sou, imbécile]