Середа, 23 липня 1873
A la lecon d'anglais, dans un voyage en Russie par un Anglais j'ai trouve non seulement des fautes, mais des mensonges et des calomnies.
Pour eclaircir le monde sur ce sujet, je vais ecrire un article dans le Times et autres journaux. Je suis indignee. Ah ! combien de fois un honnete homme doit s'indigner dans sa vie ! Aujourd'hui c'est la fete d'Olga, on nous l'a dit seulement a diner.
On alla se promener, maman avec un paquet d'enfants et Mme Anitchkoff. Les autres avec Dominique, et moi et Paul en fiacre (robe grise, tres bien). Nous allions tres vite. Je donnais une lecon de vivre a Paul. Loin de lui precher le travail, le serieux, j'ai couvert le fond avec des courses, des cercles, des salons, des tirs, etc. etc.
-- Il faut travailler, lui dis-je, tant que tu es un garcon, il faut etudier jour et nuit, ne pas perdre une minute pour avoir fini a vingt ans, et alors autre travail, plus d'etudes, on doit travailler a devenir riche. Le commencement de la vie d'un homme c'est a vingt-huit ans. Si tu travailles bien a cet age tu seras deja pose, tu auras des heures libres pour t'amuser. Tu te marieras.
-- Mais en huit ans on ne peut pas faire grand chose.
-- Sans doute tu ne resteras pas les bras croises, mais tu ne seras plus un ecolier; tu auras une fortune, tu t'amuseras, tu pourras avoir des chevaux, frequenter les salons, enfin etre un homme du monde. Pour tout cela il faut de l'argent par le temps qui court.
Helas ! Tous les merites ne valent pas l'argent, *dans un salon nat*urellement. Je parlais bien et le principal est qu'il m'ecoutait. C'est la mon but, au diable l'eloquence. Mais je suis bete, il faut pour qu'on ecoute etre eloquent.
C'est un bon garcon, il aime les enfants, c'est tres bon signe. Nous parlions de mon voyage autour du monde.
- Mais il faut beaucoup d'argent.
-- Cent mille francs suffirait pour une seule.
-- Mais tu iras avec ton mari, tes enfants.
-- Oh ! non, pas d'enfants
-- Et comment ?
-- Je n'aurai pas d'enfants.
Nous avons ri.
-- Je les laisserai a maman, dis-je.
-- Oh non, je serai toujours avec les miens, je veillerai sur les bonnes, je les verrai dix fois par jour. Et sur ce ton.
Il aimera sa famille. Je n'ai pas encore cause de tout avec lui. Je ne suis pas sure du terrain, je ne pose pas les deux pieds ensemble; ca viendra. Jusqu'a present, grace a Dieu, tout va bien.
Avec Paul on ne peut faire quelque chose qu'en raisonnant. J'aurais ete si heureuse si je pouvais faire de lui un homme bon.
Le soir chez nous toute la boutique des Anitchkoff et la princesse. Paul a fait des feux d'artifice et de Bengale. Puis on a pris le the. La princesse avait perdu son chien, mais on l'a retrouve. Cette vilenie: Georges est gris. Quand maman et Dina lui disent que c'est assez de boire ou qu'il n'y a plus de vin, il se fache. Alors moi:
-- Mais qu'il boive, qu'est-ce que cela fait puisque ca ne fait de mal a personne. J'aime quand on est un bon gris. Et puisque ca lui plait.
A cela j'ai recu de lui un beau compliment. *Voila qui est bien, elle est intelligente et aussi elle calme maintenant. Les autres s'emportent, mais elle est attentive et elle calme*.
Il n'y a rien de plus mauvais que d'empecher a boire. Si un homme veut boire il boira dans un cabaret ou n'importe ou, on ne fait que l'irriter en l'empechant. Il faut au contraire lui offrir et le faire boire; puisque ce jour il en a envie. J'ai expose beaucoup de mes opinions a tous. J'ai meme dit que si j'etais homme je me griserais.
-- Tu oublies que je suis ici, dit Paul en souriant.
-- Mon cher, je ne preche jamais de fausse morale, je dis, devant toi et sans toi la meme chose.
Cette phrase lui donnera plus de foi en mes paroles. Et il faut, devant celui que l'on veut dominer, se montrer un peu folichon, cela inspire de la confiance et de cette facon, je serai au courant de tout. Il ne me regardera pas comme un *sermon ambulant* mais comme un ami. Je puis seule calmer Georges, les autres l'irritent.
Je m'etonne moi-meme, d'ou me viennent tous ces principes et toutes ces regles, et toutes celles que j'ai pour tout. Cela me vient de *Lui.* J'ose esperer que c'est le commencement de la realisation de ma priere.
Je ne deteste pas les ivres. Je sais me comporter avec eux,ils seraient sous ma domination.
[En travers de la page: Fi ! l'horreur !]