Lundi 2 juin 1884

Emile Bastien dîne ici, Jules n’ajoute que quelques lignes à la lettre de sa mère, il n’écrit plus à ses chers amis, ne travaille pas et souffre horriblement au physique et au moral. Mais c’est abominable alors ! Il écrit: « remercie pour moi les Bashkirtseff et fais leurs mes amitiés, j’ai lu les articles de journaux sur Mlle Bashkirtseff et son succès ne m’étonne pas. »
Pauvre vieux, pauvre chien, pauvre petit.
Il paraît que Hayem est toujours comme ça, horriblement Juif, louvoyant tout le temps.
Emile dit qu’il guigne mon tableau le Meeting, qu’il en a envie mais qu’il mettra un an à l’avoir. Il m’achètera d’abord des études pour attraper ensuite quelque chose de grand pas cher. Il se précipite sur les commençants qui promettent, il a acheté à leurs débuts à Roll, Gervex, Collin, il me cite une dizaine de noms et tous arrivés.
Je suis très flattée savez-vous.
Le brave Emile dit que j’ai eu la médaille puisque tous les artistes ont remarqué mon tableau et que je suis connue et que j’ai eu un grand vrai succès.
Quant à Maurin il a été très étonné en apprenant sa médaille, c’est bien faible dit-il.
C’est jeudi qu’il saura si on lui donnera le monument Gambetta à faire.