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Vendredi 22 février 1884
La tête de Dina commencée hier est peinte, sauf des accents dans les yeux.Ça m’a l’air trop bien, faut croire que ce sera très mauvais.
Mme Mackay (la richissime) va trouver Meissonnier et lui commande son portrait. Après quelques hésitations paraît-il Meissonnier dit oui, mais ce sera soixante dix mille francs, juste le double de ce qu’il a pris pour le portrait du baron de Guntsbourg (même dimension) il y a quelques années, mais Guntsbourg est beaucoup moins riche que Mme Mackay. Ce portrait est exposé au Triennal, on le trouve médiocre !
Mme Mackay demande des retouches, Meissonnier les refuse; Mme Mackay menace de laisser le portrait pour compte, Meissonnier dit qu’on plaidra. Mme Mackay persuadée par quelques amis paye, accepte le portrait et le place dans son cabinet, W.C.
Les journaux font du tapage, et le « Voltaire » demande si l’on y trouve des manuscrits de Lamartine.
Mme Mackay détruit le portrait. Fin.
Et tout Paris tape sur l’étrangère.
Et voici mon avis.
Mme Mackay a manqué de délicatesse en montrant son mécontentement à un artiste tel que Meissonnier qui avait en somme fait tout ce qu’il pouvait, qui a soixante-treize ans et qui a produit des chefs d’œuvres.
Mais ! M. Meissonnier a absolument manqué de dignité et de noblesse en forçant cette ignorante et cette bourgeoise Qe vous l’accorde) de payer quand même. Il s’est conduit comme un fournisseur, ce qui conduisait Mme Mackay a faire ce qu’elle a fait sans qu’on crie au vandalisme.
Mais Mme Mackay est étrangère. Elle aura tort.
La princesse Karageorgevitch nous amène Alexis retour de Vienne, Hongrie etc. Il est resté neuf mois hors de Paris et je le crois extrêmement ami de Mme Petzold née Soutzo, la sœur du Soutzo; elle a épousé le Petzold, une espèce de commissionnaire très riche et ravi d’avoir pour femme une princesse. Je crois moi-même que le slave et l’oriental Alexis accepte l’amitié de la princesse Petzold avec tous les bénéfices que Rastignac tirait de la baronne de Nucingen2.
La mère Karageorgevitch est ravie et même fière.
Je viens d’avoir une idée de génie. La seule chose qui bouleverse réellement ma stupide famille c’est de me voir sans vêtements décents ou ne mangeant pas.
Lorsque je ne mange pas, c’est de la consternation.
Je veux donc essayer de ce moyen. Je ne mangerai qu’un peu de potage, « pour ne pas mourir de faim ». Et j’ai déjà combiné avec Rosalie un système d’importation de vivres, car comme bien vous le pensez je ne veux pas jeûner sérieusement. On fera une tête !!
J’en ris toute seule.
Et je leur dirai que ce sera comme ça jusqu’à ce que tant que nous continuerons à ne pas être présentés aux princesses Mathilde chez les peintres Munkascy etc. etc. Mais pour être présenté il faut le demander et on serait très honorés [d’être] présentés.
Poznámky
The quarrel over Ernest Meissonier's (1815–1891) portrait of Louise Mackay, wife of the American silver magnate John W. Mackay, which she disliked. ↩
Eugène de Rastignac and the Baronne de Nucingen: characters from Balzac's La Comédie humaine; Rastignac was maintained financially by the wealthy Nucingen. ↩