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Samedi 1er avril 1882
Alexandre est ici, il a été à Paris pour des affaires d’argent avec l’ineffable Georges et il est ici pour des affaires d’argent avec Etienne. Mais quel veinard. Dina est restée dans sa chambre à cause de cette histoire de lettres qu’elle a écrites à son père et ou l’on lisait qu’Alexandre est un voleur etc. Ces lettres, son cher père les a communiquées à Alexandre. Mais tout cela m’ennuie. J’aime mieux parler d’un Alexandre plus amusant, de celui de Naples; nous l’avons vu hier à la gare car je suis allée à Monaco faire des croquis et gagner 1 60 francs. Il partait pour Paris, du reste nous ne nous saluons jamais. C’est égal cela m’a rappelé Naples, la vie élégante, italienne... C’est ravissant, et alors un projet de voyage pour décembre, l’Espagne, le Maroc, Tunis et Naples pour le Carnaval. Tony avait envie d’aller au Maroc, le projet est tout de suite étudié entre Bojidar, moi et Savine et une fois tout bien arrêté c’est à Jérusalem que je veux aller. Ce soir à cause d’Alexandre la famille dîne à la maison mais la soirée un peu froide se termine tout de même par le noble jeu du calembour et des queues. Bojidar-n/ca; Dina-mythe1, Mari-veau d’âge.Bojidar exaspéré riposte par Sarah-gosse, Babanine-tat. Je me couche en criant à travers la porte Bojidar-brisseau, Bojidar-thur. Et comme Bojidar-tifice se couche c’est Rosal/e-llumination qui fait la navette entre les deux chambres avec Romanoff-à la coque, Alexis-vitalisation, Sarah-tapoil, Bojidar-gneux, Felicie-tation. Bashkirtseff-ichez moi la paix.
J’ai fini tant bien que mal mon tableau, Bojidar-me fait d’horribles paysages et je m’amuse a apprendre des betises aux gamins et à mon petit modèle qui vont les lui dire. Comme il nous a raconté que Sarah... il faut vous dire que nous l’avons tracassé pour qu’il nous dise ce qui en est des amours de Sarah et il paraît qu’une fois elle a une crise de larmes dans son cabinet de toi-llette en tête-à-tête avec Bojidar et que lui au lieu de profiter de la volonté de la sublime artiste a pris peur croyant à une attaque de nerfs et il s’est empressé d’appeler Félicie, la fidèle femme de chambre. Nous nous sommes emparés de cela et cela ne s’appelera plus qu’appeler Félicie de même que le mortel favorisé ne doit s’appeler que l’officier à cause d’une autre scie.
Disons à ce propos que l’illustre Sarah a télégraphié en remerciant vivemnt mais n’acceptant pas. Puisqu’elle n’accepte pas nous pourrions déménager à notre villa mais je ne veux pas, ici on s’amuse bien plus, on peut se promener en robe tachée de couleurs, chanter dans la rue, s’accrocher aux charrettes et suivre comme un convoi les voitures de MM. Morgue et Coustans (voir le Triboulet de l’époque), hier nous avons fait semblant de prendre cela pour un enterrement civil et chapeau bas nous avons suivi pendant dix minutes (renseignement pour ceux qui me liraient dans cinquante ans). Marque2 dans une séance orageuse a prononcé un mot qui ressemble à son nom qui a remplacé depuis ce mot malsonnant. Quant à M. Coustans il paraît qu’avant d’être ministre de l’intérieur il était à la tête d’une entreprise de pompes... pas à incendie.
Poznámky
Marie and her companions play a word game of appending syllables to names to create new words: Bojidar + nca → nonsense; Dina + mythe → dynamite; Mari + veau d'âge → marivaudage (coy flirtation). ↩
Marie's aside to future readers: political puns on deputies' names (Marque / merde; Coustans / pompes funèbres — funeral undertakers, literally "solemn pumps"). ↩