Jeudi 17 novembre 1881

Mauvaises nuits remplies de fièvre et de cauchemars, le nouveau ministère me hantait et je voyais Dieu sait à quel propos le général Campenon et son épouse qui paraît-il le gouverne p. être harcelée toute la nuit. Puis je voyais distinctement huit heures à mon réveil et il faisait tout noir, alors des colères impuissantes, c’est ma tante, c’est Rosalie, c’est la fin du monde on me le cache ! Et je sentais tout autour du cou des herbes odoriférantes que ma tante m’avait mises là pour ma santé. Enfin du délire presque, ce qui a fait que hier je ne pouvais pas me traîner ayant mal à la poitrine, à la gorge, au dos, toussant, enrhumée, ne pouvant rien avaler et passant dix fois par jour du froid au chaud.
Je suis un peu remise aujourd’hui mais c’est égal pour quelqu’un qui se soigne chez les plus grands savants du monde !! Et depuis si longtemps ! Car depuis que j’ai eu mes premières extinctions de voix on m’a soignée !.. Oui voilà l’anneau de Polycrate ! que je jette bien malgré moi à la mer. Eh bien puisque ce mal affreux me tient, il devrait suffire comme contre-poids à d’autres bonheurs. On ne dira pas que j’ai tout... Si j’arrive à quoique ce soit. Cela devrait me rassurer...

Poznámky

General Jean-Baptiste Campenon (1819–1891), War Minister in Gambetta's cabinet from November 1881. ↩
The ring of Polycrates: the tyrant of Samos, warned by his ally Amasis of Egypt that his luck was too great, threw his most precious ring into the sea to avert the gods' envy; it came back to him in a fish (Herodotus III.40–43). ↩